DDH-37-39

INDEX

Textes de Paul Rassinier dans les numéros 37 (octobre 1951) à 40 (janvier 1952) de Défense de l’Homme.

Variations sur des airs connus…

par Paul Rassinier

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Ces deux premiers textes ont été publiés dans la revue Défense de l’homme, n· 37, octobre 1951, p.4-7 et 7-8

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Vanité des slogans

Si on en croit les statistiques officielles publiées au début de septembre par le Ministère de l’Agriculture et par celui de la production industrielle, la production générale de la France continue à être en progression très nette.

Malgré un temps exceptionnellement défavorable, dans tous les secteurs agricoles (blé et céréales, betteraves, vignes, pommes de terre, lait, etc.) la récolte déjà enregistrée est considérablement supérieure à ce qu’elle fut l’an passé. De plus, on a la certitude qu’il en sera de même de ce qui reste à collecter des fruits de la terre. Dans certains cas, il faut remonter jusqu’à 1939 et même jusqu’à 1931 pour trouver des chiffres aussi élevés que ceux qui sont avancés. Pour n’en retenir qu’un, citons celui du blé qui passe, paraît-il, à 70.280.000 quintaux contre 69.500.000 en 1950. En vertu de quoi, le prix du quintal est passé, lui, de 2.800 à 3.600 fr., pour mieux confirmer, sans doute, que l’accroissement de la production fait baisser les prix.

Dans le secteur industriel, les indices de la production sont passés de 136 en janvier à 143 en août (base: 100 en 1938) après avoir fait un bond de 111 à 136 au cours de l’année 1950. Pendant cette même période, cependant, les prix des matières premières et des produits manufacturés n’ont cessé de monter. En passant, si on a enregistré une baisse depuis mars dernier, il faut noter:

1· Que c’est parce qu’en mai 1950 les prix avaient fait un bond prodigieux et inaccoutumé;

2· Que, malgré cette baisse, ils restent encore très supérieurs à ce qu’ils étaient en mai 1950.

La réalité qui se dégage de l’expérience, c’est donc que l’augmentation de la production, contrairement à ce qu’on n’a cessé de nous dire depuis 1945, ne fait aucunement baisser les prix dont les fluctuations relèvent d’autres facteurs, et notamment du facteur guerre ou paix. Si nous en sommes pas en économie rigoureusement dirigée, nous ne sommes plus en économie libérale et la loi de l’offre et de la demande n’est plus, elle, qu’un souvenir. On s’en est enfin aperçu dans les milieux dirigeants et c’est pourquoi on a mis en avant, depuis quelque temps, un mythe fort ancien en dépit de l’expression nouvelle qui le désigne: la productivité. On ne dit donc plus seulement qu’il faut produire mais encore qu’il faut produire à meilleur prix. Autrefois, on exprimait cette idée en parlant de rendement. Mon propos n’étant pas de discuter dans le détail des avantages et des inconvénients de la productivité, je me bornerai à dire que, pratiquement, son augmentation conduit à l’accroissement de la production et que, sous cet angle, les Américains qui ont fait des miracles reconnus, n’ont cependant pas réussi à empêcher que, chez eux, les prix aient à peu près triplé dans tous les domaines depuis 1945. (Indices du commerce de détail aux E.-U.: 100 en 1937, 115 en 1945, 353 en mai 1951, d’après Le Monde du 23 septembre.)

Peut-être conviendrait-il alors de rechercher les causes exactes d’un phénomène qui étend ses méfaits à toute la planète, car, bien entendu, la Russie des Soviets n’en est point exempte, ainsi que je me propose de le montrer un jour.

 

Technologie de la hausse

Si nous ne sommes plus en économie libérale, nous ne sommes, de toute évidence, pas non plus dans une période où il est permis de rêver à de longues années de stabilité économique ou d’équilibre des antagonismes en présence, et ceci est l’explication de cela. Le spectre de la guerre s’agite en permanence sous nos yeux avec ceci de particulier qu’il n’est plus question ni de guerres pour de quelconques unifications nationales comme au siècle dernier, ni de guerres d’expansion colonialiste comme au début de celui-ci, mais d’un conflit gigantesque mettant aux prises des cartels de nations ou d’Etats pour la domination économique et politique de la planète.

Les centres nerveux de ce gigantesque conflit ne sont plus qu’au nombre de deux: Moscou et Washington. Nous relevons du second qui synchronise les efforts d’armement dans tout le bloc atlantique et, il faut le reconnaître, en assume la part la plus lourde.

Or l’effort de guerre américain se répercute sur les prix intérieurs américains qui commandent les prix mondiaux et, dans chaque nation, les obligent à s’aligner sur eux par l’intermédiaire du fonds monétaire international et du contrôle des changes. On pourrait croire que les différentes économies nationales du bloc peuvent entrer en concurrence avec l’économie américaine en pratiquant la politique des bas prix de revient, mais c’est un leurre: une denrée quelconque ne peut pas plus être vendue sur le marché mondial à un prix inférieur au prix américain que sur un marché national à un prix inférieur à celui qui a été fixé par l’Etat. Il est bien évident que les Américains ne se sont pas amusés, depuis cinq ans, à faire bénéficier un tas de pays de l’aide Marshall pour leur permettre de les concurrencer sur le marché mondial. Pas folle, la guêpe!

Ceci étant posé en principe sur un véritable édifice de lois concernant le contingentements, les tarifs douaniers, les monopoles de fait, le marché des changes, etc., il reste qu’en pratique, quand surgit un événement comme la guerre de Corée où les Américains sont directement intéressés, leur politique des achats massifs intervient par surcroît comme un facteur supplémentaire de hausse des prix sur le marché mondial et, par voie de conséquence, sur tous les marchés nationaux qui s’y approvisionnent.

A ces raisons d’augmentation des prix qui résultent de l’effort de guerre américain (pour avoir une idée de son importance, pensons que cet effort se traduit en 1951 par un budget de guerre égal au budget total de 1950 et qu’il absorbe à peu près la moitié du revenu national des E.-U.) s’ajoutent celles de moindre grandeur, qui résultent, dans chaque nation, de son effort particulier dans le même sens.

Il arrive donc périodiquement que, tout naturellement, les prix ne soient plus en rapport avec les salaires, si tant est qu’on puisse penser qu’ils l’aient jamais été. Des mouvements de revendication se dessinent qui se font plus impérieux et auxquels il faut, tôt ou tard, céder, par quoi nous abordons au deuxième stade de la hausse sous les espèces des augmentations de salaires à incorporer aux prix sur tout le circuit qui conduit les richesses de la production à la consommation.

Ceci pour établir que, contrairement aux thèses que MM. Georges Villiers, Drugbert, Philippe Lamour, Gimgembre, J.-C. Gignoux, etc. essaient toujours de faire prévaloir, ce n’est pas parce qu’on revalorise périodiquement les salaires que les prix montent, mais parce que les prix ne cessent de monter qu’il faut périodiquement revaloriser les salaires.

Et par manière de définir l’importance du problème de la guerre et de la paix comme facteur de la hausse des prix.

Mais il y a autre chose: à l’échelon national intervient la structure du régime, je veux dire le mode de circulation des richesses qu’aggrave encore la situation sous le rapport du pouvoir d’achat.

 

Un mécanisme impitoyable

Tout récemment, on a procédé à l’augmentation du prix du blé qu’en contradiction avec les discours de tous nos hommes d’État, une augmentation sensible, avouée et même proclamée de la production n’avait pas réussi à stabiliser. N’ayant pas suivi l’affaire de très près, je ne sais pas dans quelle mesure les revendications des paysans à ce propos étaient justifiées mais je suppose qu’ils les ont étayées au moyen du bond que les événements de Corée et l’accroissement d’ordre astronomique du budget américain de la guerre avaient, en une année, fait subir aux prix de l’outillage qu’on les invite à acheter pour moderniser leurs entreprises et en accroître la productivité. Dans ce cas, s’ils ont répondu à un argument spécieux, dans un monde où rien ne tourne rond, il n’y a guère lieu de leur en tenir grief.

Toujours est-il que le prix du blé ayant été augmenté de 8 fr. par kg., d’autorité gouvernementale et au petit bonheur, pour cette seule raison, celui du pain l’a été de 14 fr. par kilo. Or, un kilo de blé donne un kilo de pain et, si on peut expliquer ce phénomène de hausse en progression géométrique, c’est seulement en faisant intervenir le profit et les taxes d’Etat qui sont calculées en pourcentage [note 1: Notez bien, j’y insiste, que la quantité de matière première entrant dans la fabrication d’un kilo de pain ayant augmenté de 8 fr., tous les autres facteurs du prix de revient restant inchangés, le kilo de pain a augmenté de 14 fr!…]. Encore y a-t-il lieu de préciser qu’à partir de la matière première qui est le blé, pour arriver au pain, il n’y a qu’un circuit très court à parcourir. On frémit à la pensée de ce que peut devenir sur une casserole de 1 kilo, c’est-à-dire en fin de circuit, une hausse qui aurait pris le départ à 8 fr. sur un kilo de minerai d’aluminium et serait intervenue après toute une série de manipulations et de transactions!

Autre exemple: à la suite du mouvement de revendications de septembre, les salaires ont été augmentés de 15% dans les industries de l’acier sans que rien fût modifié dans les prix des matières premières et les frais généraux. En conséquence, les patrons de ces industries ont décidé, en accord avec le gouvernement, de majorer uniformément de 22,5% tous les produits manufacturés qui sortaient de leurs usines.

A grand renfort de communiqués dans la presse bien pensante, ils ont essayé de justifier ce pourcentage en soutenant qu’une augmentation de 15% sur les salaires se traduisait par 50% dans leur trésorerie en raison des charges sociales afférentes. Or, ceci est faux ainsi que l’établit, sans contestation possible, le tableau, le tableau ci-dessous des dites charges sociales:

 

Sécurité Sociale

cotisation ouvrière
cotisation patronale

6%
10%
Allocations familiales 16%
Accidents du travail 3%
Taxe proportionnelle. 5%
Total…. 40%

Voici donc déjà 10% de l’augmentation qui s’en vont grossir le profit par un tour de passe-passe.

Et ce n’est pas tout.

Car, l’augmentation de 22,5% est appliquée au produit manufacturé, c’est-à-dire, sans raison aucune, à tous les éléments de son prix de revient, ce qui constitue encore une augmentation appréciable du profit capitaliste.

Tout cela se traduit en fait dans cette constatation: chaque fois qu’on augmente de 22 fr. 50 le prix de la marchandise à base d’acier, on ne donne, pour l’acheter, que 15 fr. à celui qui la produit. A force de répéter cette opération, on est arrivé à porter, en mai 1951, l’indice du coût de la vie à 2291 (sur la base 100 en 1938) et celui des salaires à 1194 sans les charges sociales, c’est-à-dire à 1671,6 en les comprenant, c’est-à-dire encore à consacrer une réduction considérable du pouvoir d’achat des salaires, par rapport à 1938.

Dans ce même temps, l’indice de la production est passé de 100 à 143. Si on veut chiffrer l’augmentation parallèle du profit capitaliste, il suffit d’additionner ces deux chiffres: 43% de la production totale de 1938, soit approximativement un tiers de celle de 1951 [note 1: En volume, c’est-à-dire aux prix de vente de 1951!. ], et 27% de la masse globale des salaires de 1951 (différence entre l’indice du coût de la vie et celui des salaires qui définit l’abaissement du pouvoir d’achat. Au minimum!

Il en sera ainsi tant que les augmentations de salaires ne seront pas prises sur le profit, c’est-à-dire tant que ne sera pas solutionné un problème de régime qui, sous cet aspect au moins, est criant d’injustice.

 

Un exemple typique

En juin 1950, les événements de Corée ont fait monter le prix des cuirs dans une proportion voisine de 50%. Mais ce ne fut qu’une flambée de paille. Trois mois après, le prix du cuir était revenu à son point de départ pour ne reprendre sa marche ascensionnelle qu’en février-mars et… pour retomber à nouveau en mai 1951.

Ce qui m’intéresse, c’est ce qui s’est passé en octobre 1950, alors qu’aucune augmentation des salaires n’était intervenue: tous les éléments du prix de revient des chaussures étant les mêmes qu’en mai, les professionnels ont soutenu qu’il était impossible de les ramener à leur prix de mai, au détail.

A titre d’indication, voici, d’après le journal “Le Monde“, le raisonnement qu’ils tenaient:

 

“Depuis la hausse enregistrée, les cuirs bruts ont baissé de 30%, voire de 40%, en France. Comme la matière première entre pour environ 40 à 50% dans le prix de revient des paires de chaussures classiques, on devrait s’attendre à une baisse au détail de 15 à 20%.

 

“Ainsi l’exigeraient les mathématiques. Mais, font observer les professionnels, la matière première n’est pas seule à déterminer le prix de revient. D’autres éléments interviennent: salaires, charges fiscales et sociales. Or, les hausses attendues ici peuvent contrebalancer la baisse constatée là. D’autre part, les détaillants détiennent encore des articles achetés à un moment où les cours des cuirs étaient fort élevés; les prix de vente ne peuvent être automatiquement abaissés.”

Les charges sociales ont bon dos! Et que dire de ce refus d’une baisse, justifié, non par une hausse effective mais par une hausse attendue?

Le capital gagne sur tous les tableaux.

Car, en mai 1951, pour enrayer la baisse qui résulta de la concurrence étrangère à nouveau bien placée, les marchands de chaussures ont obtenu que l’Etat frappe d’un droit de douane de 16% toutes les godasses venant de l’étranger.

Et, dans un nouveau communiqué, ils s’élèvent à l’avance contre sa suppression éventuelle:

“Il est certes possible d’obtenir une baisse du prix de vente de nos articles, disent-ils, mais certainement pas en mettant nos usines en difficulté. Pour rétablir l’équilibre entre nos prix et le pouvoir d’achat de notre clientèle, il faut réorganiser la profession, etc.”

Suivent les considérations habituelles sur le matériel qui a besoin d’être rajeuni et modernisé, la productivité, etc.

Dans le genre bla-bla-bla tendant à faire diversion, il est difficile d’être ou plus ridicule ou de plus mauvaise foi.

Je gage que si, par un impossible miracle, il était possible de ramener le prix du blé et le niveau des salaires de ceux qui le travaillent pour en faire du pain, à ce qu’ils étaient en août, les seigneurs de la farine nous démontreraient, eux aussi, qu’il n’est pas possible de ramener le prix du kilo de pain à ce qu’il était à la même époque!

 

Pour conclure

Je prie le lecteur d’excuser cette longue dissertation chiffrée dont je me rends bien compte à quel point elle peut paraître fastidieuse et même récusable sous l’angle des chiffres sur lesquels elle s’appuie.

A ce sujet, je crois utile de préciser que les statistiques auxquelles on peut se référer sont de trois ordres et en désaccord entre elles. Par exemple, la Statistique générale de la France fait apparaître, de janvier à juillet 1951, une augmentation de 9% du coût de la vie; l’Institut d’observation économique chiffre cette hausse à 11,8% et le Bureau du Conseil supérieur de la Fonction publique à 19,7%. Cependant, et c’est ce qui importe, ces trois honorables organismes sont unanimes à reconnaître implicitement ou explicitement “une disproportion criante par rapport [à] 1938” entre le coût de la vie et le pouvoir d’achat des salaires.

Pour ma part, je m’en suis tenu aux données peut-être un peu modérées de la Statistique générale de France, dans le dessein à la fois de suivre l’adversaire sur le propre terrain qu’il a lui-même choisi et de répondre par avance à ceux qui pourraient être tentés de me taxer d’exagération.

Et si je l’ai fait avec cette minutie qui peut aller jusqu’à l’ennui, c’est parce que je professe qu’il est impossible à un militant de prendre position sur l’ensemble du problème social sans contredit possible, si ses raisonnements n’atteignent pas à la précision jusque dans le détail.

 

Paul Rassinier.

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INFORMATIONS ECONOMIQUES

 

 

Du producteur au consommateur

A l’occasion de la grève de bouchers, nous avons appris qu’un boeuf de 550 kg., acheté pour la somme de 76.500 fr. à un producteur du Morvan ou du Massif central, ne pouvait être vendu au détail au-dessous de 114.625 fr.

Les distributeurs de richesses ont donc perçu exactement la moitié du prix payé au producteur.

Quelle meilleure condamnation de notre système de circulation des richesses?

 

L’aide américaine

Depuis la mise en vigueur du Plan Marshall, le 3 avril 1948, les dix-huit pays membres de l’O.E.C.E. ont reçu de l’Amérique, environ 11 milliards de dollars dont 10 à titre gracieux et un au titre de prêt.

Pour sa part, la France a reçu 2.413 millions de dollars, soit le quart du total, soit encore 800 milliards de francs.

On se demande à combien se monterait notre déficit budgétaire, si l’aide Marshall nous avait fait défaut.

C’est-à-dire ce qu’il sera l’année prochaine, date à laquelle il est prévu qu’elle sera supprimée.

 

Notre charbon

Les charbonnages de France viennent de rendre publlic leur rapport de gestion pour l’année 1950 et les huit premiers mois de 1951.

En 1951, la production de charbon est une des plus fortes qui aient jamais été atteintes, — plus forte que ce qui avait été obtenu en 1930, année record.

Par rapport à 1949, voici ce qu’il en est:

janvier-août 1950: 34.651.000 tonnes,

janvier-août 1951: 36.191.000 tonnes, soit près de 2 millions de tonnes de plus.

C’est pourquoi, sans doute, le bulletin de la Statistique générale de la France, publié au début de ce mois, enregistre une hausse de 19,8% sur le prix de gros des charbons!

 

Quelques indices

Le 2 août, le Commissariat général du Plan Monnet a publié une statistique destinée à définir l’évolution économique de la France depuis 1938. En voici les données essentielles:

 1938

 1946

 1950

 1951

 Production d’énergie.

 100

 101

 132

 148

 Production industrielle

 100

 79

 117

 138

 Production agricole.

 100

 88

 108

 Productivité………….

 100

 78

 100

 Importation………….

 100

 115

 105

 Exportation………….

 100

 50

 174

 213

 Disponibilités nationales.

 100

 85

 107

 Consommation privée

 100

 83

 103

 

De son côté, l’Institut national de la statistique et des études économiques près les Conseils de Prud’hommes a publié une autre statistique concernant l’évolution des indices de salaires pendant la même période et à partir de la base 100 en 1938:

 Octobre 1949  Avril 1950  Octobre 1950  Avril 1951
 Ouvrier qualifié
 Paris.  874  924  997  1.210
 Province  1.089  1.129  1.167  1.349
 France entière.  1.037  1.081  1.127  1.315
 Manoeuvre
 Paris  870  946  1.084  1.233
 Province  1.122  1.162  1.344  1.481
 France entière.  1.067  1.116  1.289  1.428
 Ensemble  1.042  1.087  1.154  1.334

 

Le lecteur est invité à rapprocher ces deux tableaux et à en tirer les conclusions.

 

Économies comparées

La production française s’élève à 30 millions de dollars, paraît-il. Et il y a 40 millions de français (30 milliards de dollars: 10.857 milliards de francs).

La production américaine s’élève à 300 milliards de dollars (soit dix fois plus) pour 160 millions d’habitants (soit seulement quatre fois plus).

La valeur de la production américaine excède de 11% le revenu national. Et celle de la production française, de 20%.

Conclusion: en Amérique, on distribue beaucoup plus de richesses à ceux qui les produisent. Je laisse à chacun le soin de faire les calculs…

Si, comme on le prévoit, la production française est augmentée d’une tiers dans les années qui viennent, comment fera-t-on pour ce supplément si on continue dans la même voie?

Car ce n’est pas tout que de prévoir l’augmentation de la production: encore faut-il prévoir aussi son écoulement.

 

A la cour du roi Pétaud

Le récent mouvement de grève des fonctionnaires de l’enseignement a montré à quel point l’Etat ne tenait pas ses engagements.

Il en est de même dans le secteur ouvrier.

Par exemple, une loi du 22 août 1946 prescrit que les allocations familiales doivent être calculées sur une base égale à 225 fois le salaire horaire minimum de la région parisienne. Si on l’appliquait…

Dans un autre domaine, pour reclasser le prix du blé par rapport à celui des céréales secondaires, on l’a porté à 3.600 fr. par quintal. Mais un décret du 26 juillet 1947 oblige à payer le quintal de graines de colza, le double du quintal de blé!

La maison de fous, on vous dit!

 

Pauvre franc!

Si l’on s’en tient aux définitions légales, il valait 290 milligrammes d’or fin en 1914. Une série de dévaluations en a réduit la valeur dans les proportions et aux dates suivantes:

 Poincaré en 1928  58 mmg. 95
 Reynaud en 1938.  24 mmg. 75
 Pleven en 1945  7 mmg. 46
 Mayer en 1948.  3 mmg. 75
 Petsche en 1949  3 mmg. 26
 idem en 1949 (fin)  2 mmg. 57

Au moment où nous mettons sous presse, il est fort question de lui faire subir une nouvelle amputation.

Quant il ne contiendra plus d’or fin, peut-être conviendra-t-on qu’à l’image de notre système économique général, notre système monétaire est, lui aussi, incohérent et sans commune mesure avec les réalités.

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Sous le signe du serpent qui se mord la queue

suivi de

L’hydre

par Paul Rassinier

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Ce texte a été publié dans la revue Défense de l’homme, n· 38, novembre 1951, p.4-8. Il était suivi d’un court appendice intitulé “L’hydre”, p. 8.

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La politique du ricanement

A Londres, au début de septembre, lorsqu’il fut acquis que les exigences de l’Anglo-Iranian Company avaient à peu près définitivement compromis les possibilités d’un arrangement amiable dans l’immédiat, entre l’Angleterre et la Perse, le Lord du Sceau privé de Sa Majesté se replia sur sa superbe et, dédaigneusement, déclara

— Le monde libre peut se passer su pétrole persan.

La veille, un porte parole du gouvernement persan avait annoncé que son pays étudiait la conclusion d’accord de troc avec la Russie, — au sujet du pétrole, précisément.

On ne sait pas où en est actuellement la conclusion de ces accords. Il est probable que le départ de M. Mossadegh à Washington en a remis le principe en cause, puisque les raffineries d’Abadan sont officiellement toujours aussi encombrées.

Plus perspicace que le Lord du Sceau privé de Sa Majesté, M. André Fontaine écrivit dans Le Monde du 4 octobre :

 

“La perte du pétrole est réparable sans doute ; mais il serait fâcheux pour l’occident que deux ans de réarmement intensif aboutissent à abandonner sans coup férir au communisme un des plus grands pays du Proche-Orient, dont les ressources seraient pour le camp soviétique, tout bonnement inappréciables.”

 

Mais M. André Fontaine, qui est un esprit distingué et n’a sûrement pas peur de férir des coups, ne voit cependant, de l’affaire, que les conséquences à sa hauteur. Les petits détails…

Les petits détails, c’est M. Gaitskell, le grand financier du Royaume-Uni à l’époque, qui nous en a donné une idée :

 

— Le déficit de notre balance commerciale est de l’ordre de 598 millions de dollars auxquels vont s’ajouter, pour le prochain exercice, 300 autres millions de dollars, montant des dépenses supplémentaires qui résultent, pour la Grande-Bretagne, de l’obligation dans laquelle elle se trouve d’aller acheter ailleurs ( aux Etats-Unis, parbleu ! ), le pétrole dont elle a besoin.

Cette dernière déclaration est sensiblement différente de celle du Lord au Sceau privé. Elle est aussi singulièrement plus proche de la réalité et elle définit exactement la cause du conflit. Pour ce qui est de sa solution, les événements qui ont suivi disent clairement que, pour faire plaisir aux actionnaires de l’Anglo-Iranian Company, le gouvernement travailliste de Sa Majesté, refusant de se contenter du tarif préférentiel et du fret, n’avait hésité, ni à risquer de faire sortir la Perse de la zone sterling, ni à faire peser sur la classe ouvrière anglaise la lourde charge de 300 millions de dollars de nouveaux impôts indirects. Indépendamment de l’inappréciable renforcement du bloc soviétique dont parle M. André Fontaine, du “Monde”.

Les choses dans ce secteur, s’arrangeront probablement. Peut-être le seront-elles au moment où paraîtront ces lignes, par le compromis que M. Mossadegh est actuellement en train de négocier à Washington. Mais l’Angleterre ne semble pas avoir tiré grand profit de la leçon si on veut bien se reporter à ce qui se passe en Egypte.

En Egypte, il y a une Anglo-Egyptian Company. Celle-ci exploite un canal et non des puits de pétrole. Le contrat qu’elle avait avec l’Egypte est expiré depuis 1946 et, depuis cette date, les Egyptiens n’ont pas réussi à obtenir du gouvernement britannique un nouveau contrat sur d’autres bases. Un jour, ils ont été fatigués de parler dans le désert et ils ont pris, au sujet de leur canal, une décision semblable à celle que les Perses avaient précédemment prise au sujet de leurs puits de pétrole. Ca n’a pas traîné : on leur a envoyé des divisions aéroportées que, aux dires du Foreign Office, les populations égyptiennes ne cessent de provoquer insolemment malgré l’extrême gentillesse avec laquelle elles manient le fusil atlantique, la grenade et la mitrailleuse.

Le Lord du Sceau privé de Sa Majesté n’a pas déclaré que le monde libre pouvait se passer du coton égyptien que le gouvernement du roi Farouk vient d’offrir à la Russie des soviets en échange du matériel de guerre tchécoslovaque, du pétrole roumain, des bois, des machines et du blé russes.

Le nouveau ministre des finances n’a pas encore déclaré que le déficit en dollars de la balance commerciale anglaise s’augmenterait de quelques centaines de millions en raison de l’obligation qui résulte des événements d’aller acheter ailleurs aussi (aux Etats-Unis encore !), le coton dont l’Angleterre a non moins besoin que le pétrole.

Mais on peut avancer sans crainte aucune d’être démenti par les faits que les choses ici s’arrangeront moins facilement qu’avec l’Iran.

Et se demander par quel insondable mystère le gouvernement travailliste de M. Clement Attlee, si souple avec les Indes et par ailleurs si net et si catégorique avec d’autres trusts, s’est soudain senti une si grande et si coûteuse bienveillance à l’égard des seigneurs du pétrole et du Suez, en même temps que pris d’une si provocante frénésie dans deux domaines où la paix du monde et le bien-être de ses électeurs sont en jeu.

La perspective d’élections malheureuses sans doute.

Le lion devenu vieux, après s’être métamorphosé en un vulgaire chat de gouttières, est mort fou !

 

De la dernière…

Voici le tonnage des bombes qui furent jetées sur l’Allemagne au cours de la dernière guerre :

 En 1940. 10.000 tonnes
 1941   30.000
 1942 40.000
 1943  120.000
 1944  600.000
 1945 jusqu’en mai.  500.000
 Total 1.300.000

 

En moyenne 260.000 tonnes par an, 750 tonnes par jour !

En regard, d’après un économiste britannique, les pertes de production annuelle du Reich qui en résultèrent furent seulement de 2,5 % en 1942, 9 % en 1943, 17 % en 1944, c’est-à-dire hors de toutes proportions avec l’effort fourni en face.

Mais, en revanche, dans 61 villes de plus de 100.000 habitants, 3.600.000 habitations furent détruites, soit 70 %. Aucune statistique n’a encore été publiée quand au nombre des victimes civiles et à celui des objectifs militaires réellement atteints. Peut-être n’ose-t-on pas et cela se conçoit : il faudrait réviser complètement la notion du crime de guerre et refaire le procès de Nuremberg !

 

A la prochaine.

Le brigadier-général Olmsted a annoncé à la Chambre américaine des représentants, qu’au cours de l’année budgétaire 1951-52, les pays européens du pacte atlantique participeraient pour 11.380 millions de dollars à la défense commune. La part de la France dans ce total est de 3.000 millions de dollars, dont on se demande bien où on les prendra… ( 3.000 millions de dollars = 1.035 milliards de francs ).

Voici maintenant la proportion des hommes sous les drapeaux à la date du 30 juin, toujours d’après le brigadier-général Olmsted : Etats-Unis, 21,2 % de la population ( 4 millions ) ; Angleterre, 17,7 % ( 700.000 ) ; France, 17,8 ( 700.000 ) ; Italie, 6,5 % ( 350.000 ) ; Pays-Bas, 9,7 % ; etc… Pour l’Europe occidentale, la proportion moyenne est de 12, 8 %, soit près de 4 millions d’hommes.

Voici enfin la traduction de cet état de fait en langage économique, c’est-à-dire, pour chaque pays, le pourcentage de la production nationale consacrée à la préparation à la guerre : Grande-Bretagne, 9,6 % ; France, 9,3 % ; Italie, 6,3 % ; Grèce, 7,6 %, etc…

Comme on le voit, le rapport du brigadier-général Olmsted est complet. Il ne reste plus maintenant qu’à comparer ces chiffres avec ceux de l’articulet précédent qui donnent, eux, une idée précise des résultats qu’on peut obtenir grâce à cet immense effort !

 

Le plus terrible !

Froidement, le chroniqueur financier du journal Le Monde écrivait, le dimanche 28 octobre :

“Les circonstances exceptionnelles créées par la guerre de Corée nous avaient permis de grossir nos avoirs en or et en devises. La situation a commencé à se renverser au printemps dernier…”

Au printemps dernier, c’est-à-dire au moment où la guerre de Corée a commencé à se stabiliser et à se transformer en un incident moitié militaire, moitié diplomatique.

Vite qu’on revienne à la guerre de mouvement avec grandes offensives, va-et-vient genre Tobrouk-El Alamein de la dernière, grande consommation de matériel humain et de matériel tout court, etc…

Les circonstances redeviendraient “exceptionnelles” et le niveau de “nos” avoirs en or et en devises recommencerait à monter.

Production et productivité

Notre système de production a une tendance naturelle à s’aligner sur les progrès scientifiques. S’il ne les épouse pas exactement, c’est que la structure du régime et notamment le mode de circulation des richesses produites s’y oppose

A ce système de production qui porte la marque de 1951, correspond, je l’ai maintes fois fait remarquer, un système de distribution à base d’étalon or et de salariat qui n’est autre que celui des Phéniciens et des Crétois mis à jour pour la dernière fois à la fin du moyen âge. La production l’embouteille à jet continu de la même façon que, sur notre réseau ferroviaire à la mode de 1832, la mise en service de quelques milliers de machines américaines dernier modèle embouteilleraient toute la circulation.

S’il est probable — parce que l’Etat est gros gagnant dans l’affaire — que notre système ferroviaire se modernisera progressivement, il y a peu de chances qu’il en soit de même de notre système de circulation des richesses, pour la raison bien simple que l’Etat et les grandes compagnies industrielles et financières y perdraient trop. Toute modernisation dans ce domaine suppose la disparition du profit et, par conséquent, du salariat. Or, les seules modernisations acceptables par les tenants du régime sont celles qui augmentent le profit et aggravent les conditions déjà dures du salariat.

Conséquence : le déséquilibre entre la production et la consommation est de plus en plus florissant. Quand il est trop florissant, on dérive vers la préparation à la guerre et vers la guerre elle-même les surplus de production dans les proportions ci-dessus chiffrées.

Il arrive que la guerre ne suffit pas ou n’arrive pas à temps. Exemple : la Corée.

Dans “La Grande Relève”, Jacques Duboin remet sur le circuit de l’actualité, une histoire de charbon qui confirme cette thèse d’éclatante façon.

A force d’améliorer la productivité dans les mines, on est arrivé à produire 30 à 35 % de charbon de plus qu’en 1938-39. L’an dernier, bien que la moitié de la population française ait été dans l’impossibilité de se chauffer à suffisance, on s’est aperçu que la production dépasserait de 1 million 300.000 tonnes ce qui était prévu comme nécessaire et que le prix du charbon ne manquerait pas de baisser. Au printemps, donc, on a fermé quelques mines dans le Nord et à Saint-Étienne pour sauver les bénéfices des marchands de charbon.

En juin, guerre de Corée.

Dans la suite, intensification de la préparation à la guerre.

Au printemps de cette année, il nous manque du charbon.

Pas question de rouvrir les mines fermées : M. René de Mayer est allé aux Etats-Unis où il a négocié l’achat d’un million de tonnes de charbon. Comme on le félicitait des heureux résultats de sa mission :

– Ce charbon coûte fort cher, dit-il, et il est d’assez mauvaise qualité.

Tout autre commentaire serait superflu, disent dans ces occasions nos confrères de la presse accréditée.

 

Parallélisme.

En Angleterre, on soutient les marchands de pétrole contre les contribuables et on sacrifie le coton égyptien aux appétits des actionnaires de Suez. En France, on n’hésite pas entre les intérêts des marchands de charbon et ceux des mineurs et même de toute la population laborieuse. L’histoire du charbon se répète à peu près dans les mêmes termes sur les marchés du vin et du sucre qu’on transforme en alcool invendable, quitte à importer après coup. Elle se répète sur celui du blé, de la viande, etc…

Et le prix de la vie ne cesse de grimper.

Le tableau suivant donne une idée des répercussions de cette politique sur les indices du coût de la vie en Allemagne, en France, aux Etats-Unis, en Belgique depuis 1939 :

 1939

 1945

 1951

 France ….

 100

 2291

 Allemagne..

 100

 195

 247

 Etats-Unis..

 100

 115

 353

 Belgique…..

 100

 377

 416

 Suisse…….

 100

 151

 161

 

De ce tableau, il résulte que la France est le pays où le coût de la vie a le plus monté et la Suisse le moins. Coïncidence: c’est en France que les charges de la guerre passée et à venir sont les plus lourdes par rapport aux possibilités de production et c’est en Suisse qu’elles le sont le moins. Le cas des Etats-Unis est particulier : c’est aux Etats-Unis qu’on fait l’effort de guerre le plus grand mais, d’une part leur économie mieux au point a de plus grandes possibilités et, de l’autre, grâce à la maîtrise du marché mondial, ils réussissent, en dépit des apparences, à faire partager cet effort par tous les pays du monde dit libre. Ainsi s’explique que le prix de la vie n’y a que triplé tandis qu’il a été multiplié par 22 en France. Mais, voyez l’Allemagne où il n’est multiplié que par 2,5 malgré la défaite et ses conséquences économiques, l’occupation, le démantèlement, les contingentements qui lui sont imposés, etc.

Les meilleures références.

A force de triturer les indices, il est arrivé que ceux qui les calculent s’y perdent. Dans le dernier numéro de cette revue, je signalais le désaccord qui existe sur ce point entre la Statistique générale de la France, l’Institut d’observation économique et le Conseil supérieur de la fonction publique.

Pour remédier à cet inconvénient, M. G. Albert, du mouvement abondanciste, vient de produire un nouveau mode d’estimation du coût de la vie en prenant pour base le temps nécessaire à un ouvrier pour gagner un quelconque des éléments nécessaires à sa subsistance.

Partant de cette donnée que le salaire horaire moyen calculé à 11,90 pour l’année 1938 en France était passé à 121,20 en 1950, il a établi un tableau comparatif dont j’extrais les renseignements suivants :

 Pour gagner :   En 1938  En 1950
 1 kg. de pommes de terre

 6 minutes

9 minutes

 1 litre de vin

17 minutes

30 minutes

 1 kg. de gruyère

1 h. 55′

4 h. 28′

 1 kg. de bifteck

2 h. 40′

5 h. 13′

 1 kg. de charbon

3 minutes

5 minutes

 Un costume

46 heures

99 heures

 une bicyclette

75 heures

115 heures

 Etc

.Dans tous les domaines, aux tarifs horaires officiels, il fallait plus de temps à un ouvrier pour gagner sa vie en 1950 qu’en 1938. Il va de soi que cette disproportion s’est encore aggravée à la suite des diverses manipulations sur les salaires auxquelles on a procédé en 1951.

Cette méthode de calcul est celle qui donne l’idée la plus exacte de la baisse du pouvoir d’achat dont la guerre est la cause. Elle est aussi la plus simple et la moins discutable.

Mais il y a peu de chances qu’elle soit prise en considération par les statisticiens officiels parce qu’il est très difficile de faire dire ce qu’ils ne veulent pas dire aux résultats qu’on obtient et parce que sa simplicité même la défend contre toute tentative de trituration.

 

Le malheur des uns…

Dans certains cas, le pouvoir d’achat dit excédentaire atteint des proportions qu’on a peine a imaginer.

Précisément toute la presse a rendu compte, le mois dernier, du bal Beistegui à Venise. Dans le monde des journalistes, ce fut à qui en dirait le plus de bien.

Beistegui (Charles de), c’est le nom d’un milliardaire américain qui possède à Paris un appartement où les escaliers disparaissent quand on presse un bouton, à Monfort l’Amaury, une somptueuse villa et à Venise un palais qu’il a acheté pour la modeste somme de 150 millions (de francs). Le bal qu’il y donna et qui réunit tous les grands de ce monde, de l’Aga Khan (venu dans un fauteuil à roulettes) aux Rothschild et à Barbara Hutton, lui a coûté 35 millions de francs selon les uns, 175 millions selon les autres.

Il y a quelques Beistegui, de par le vaste monde.

C’est pour qu’ils puissent vivre dans des palais de 150 millions et bazarder 35 ou 175 millions dans une seule soirée qu’on se bat en Corée et en Egypte, qu’on discute aux Iraniens leurs droits sur leurs pétroles, qu’on ferme les mines en France et qu’on y distille le vin ou les betteraves.

Et, aussi impudemment qu’ils étalent leur pouvoir d’achat excédentaire, — la formule est jolie ! — personne ne songe à le leur discuter sérieusement parmi ceux qui n’en ont pas ou presque.

 

Le coup de pied de l’âne

En France, il y a quelqu’un qui bat les records de M. Pleven [note 1 : La statistique générale de la France annonce 93.158 demandes d’emploi non satisfaites pour octobre, en précisant que 28.577 chômeurs sont secourus. a Marseille, au congrès de l’U.D.S.R., M. Pleven a annoncé seulement 50.000 chômeurs, tous secourus… et de M. René Mayer sur le chapitre de l’honnêteté de l’information, et c’est M. René Mazedier (Vous ne connaissez pas ? Moi non plus.) de l’hebdomadaire Carrefour.

Sous le titre “Les fonctionnaires ont-ils raison ?”, ce René Mazedier nous informait, le 16 octobre, que :

“En 1914, le fonctionnaire le moins payé, le gardien de bureau, gagnait 1.000 francs-or par an, soit 135.000 francs d’aujourd’hui.”

Or, ce jour-là, le louis d’or était justement coté 4.450 fr. à la bourse de Paris, ce qui portait à 222.500 fr. les 1.000 francs-or annuels du plus petit fonctionnaire en 1914 ?

Dans ce régime où il n’est possible d’éviter une catastrophe qu’en en provoquant une autre plus grave, sous le signe du serpent qui se mord la queue et pense pouvoir s’en repaître indéfiniment, il faut des Mazedier pour faire passer les Beistegui.

Paul Rassinier.

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L’HYDRE

 

Voici, d’après les journaux, comment se décompose le prix d’un litre d’essence à Paris :

 Prix à la sortie de la raffinerie 14 fr. 07
 Frais de mise en place ( transport de la raffinerie à la pompe ).   2 fr. 66
 Marge de distribution   2 fr. 1973
 Rémunération du pompiste   2 fr. 4075
21 fr. 3343
 Taxe intérieure 37 fr. 5185
 Redevance au fonds de soutien des carburants nationaux   1 fr. 6817
 Redevance à l’institut des pétroles.   0 fr. 08
 Taxe de transaction et taxe locale sur la vente au pompiste  1 fr. 4925
 Taxe sur la vente au consommateur.   1 fr. 5925
 Supplément de taxe municipale.   0 fr. 30
42 fr. 6652
64 fr

 

L’essence n’est pas un produit à partir de la vente au détail duquel on peut bâtir des raisonnements généraux sur notre impensable système de perception des impôts. On nous dit que c’est exceptionnel. D’accord, mais c’est pousser l’impudence un peu loin.

Si on cherche à comprendre ce prélèvement massif, on lui trouve deux raisons : pour absorber, dans une certaine classe de la société, un pouvoir d’achat d’origine inflationniste que l’Etat fait tout pour maintenir excédentaire, et pour ne point mettre en trop mauvaise posture l’exploitation du réseau ferroviaire.

Le malheur est que tout se tient. En France, le réseau routier intervient surtout comme complément du réseau ferroviaire pour toutes les localités – et elles sont nombreuses ! — qui ne sont pas desservies par le rail. Le prix du transport par la route s’ajoute donc à celui du transport par fer.

Et les commerçants reportent automatiquement sur le consommateur l’augmentation du prix de l’essence.

Comme ils calculent leurs marges sur les prix de revient, transport compris, l’opération permet d’augmenter leur pouvoir d’achat déjà excédentaire.

Et de diminuer celui de leurs clients !

P.R.

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On trouve, dans le même numéro, à la page 35, l’interpellation suivante:

 

Qu’attendent les écrivains pour empêcher cela ?

 

Si la justice à Paris est en train de réparer une erreur en innocentant Georges Dumoulin, à Lyon la Cour d’appel vient d’en commettre une de taille en frappant Paul Rassinier et Albert Paraz — l’auteur et préfacier de Mensonge d’Ulysse— à 15 et 8 jours de prison avec sursis, à chacun 100.000 francs d’amende et à 800.000 francs de dommages et intérêts, alors qu’ils avaient été acquittés par un tribunal correctionnel.

Notre collaborateur Paul Rassinier et Paraz se sont pourvus en Cassation et tout n’est pas encore dit, car l’on veut croire qu’il y aura des juges pour apprécier sainement la cause et se prononcer en conséquence.

Mais, en attendant, il y a les écrivains qui se doivent d’agir et de former vite un comité qui prendra la défense de la liberté de la presse et celle de Rassinier et de Paraz, d’abord devant l’opinion publique et ensuite devant le tribunal appelé à en décider en dernier ressort.

Tout espoir n’est donc pas perdu.

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Comptes de Noël

par Paul Rassinier

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Ce texte intitulé “Comptes de Noël” a été publié dans la revue Défense de l’homme, n· 39, décembre 1951, p.34-36.

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Aux Folies-Bourbon, la saison a ramené la discussion du budget. L’an dernier, je m’étais imposé une analyse méthodique et chiffrée de celui de 1951. On dit bien que la répétition est l’art d’enseigner, mais il y a des limites: pour celui de 1952, le lecteur voudra bien se reporter à notre numéro de décembre 1950. Ce sera d’ailleurs pour lui un jeu très amusant: dans l’article qui s’y trouve sous ma signature, il verra que seuls les chiffres sont à retoucher, c’est-à-dire à mettre à jour.

Il était alors question d’un budget de 2.600 milliards, d’une ardoise de 135 milliards en reliquat l’année 1950 et d’un déficit prévu de quelques 547 milliards. Aujourd’hui, on parle d’un budget de 3.600 milliards, d’une ardoise de 200 et quelques milliards au titre de l’année 1951, et d’un déficit prévisible de l’ordre de 700 milliards.

Impôts nouveaux: 170 milliards. M. René Pleven vient, dit-il, de créer 35 milliards de pouvoir d’achat nouveau sous forme d’augmentation des salaires et traitements. Alors, il le reprend. Avec un peu d’usure!

Pour le reste, rien n’a changé: l’optimisme de nos ministres et la sérénité de nos députés résistent à toute épreuve, ce qui se conçoit très bien puisqu’ils n’ont pas faim, eux.

On m’excusera donc si je reste à mon tour sur mes positions.

“Tout finit par se résoudre, en dernière analyse, disais-je, devant la planche à billets de l’Hôtel des monnaies: au cours de l’année 1950, le montant des billets en circulation a augmenté d’environ 300 milliards, c’est-à-dire, approximativement du déficit initialement prévu et artificiellement comblé. Faut-il en déduire qu’il augmentera de 547 milliards en 1951?”

Au début de janvier 1951, il y avait 1314 milliards de billets en circulation. Au moment où paraîtra cet article, le lecteur consultera le communiqué de la Banque de France par curiosité et pour voir de combien je me suis trompé.

Après quoi, la seule question qu’il se pourra poser pour 1952 est la suivante: faut-il déduire du déficit qu’on cherche à combler que, d’ici la fin de l’exercice, le montant des billets en circulation augmentera de 700 milliards environ?

Ceci dit, passons aux choses sérieuses.

 

La première alerte

Jusqu’à ces tout derniers temps, on nous présentait les mouvements revendicatifs aux Etats-Unis comme des manifestations anodines. On nous disait, par exemple, que le guerrier américain, rentré chez lui, y avait trouvé une extraordinaire prospérité, qu’il revendiquait sa part du bénéfice et que c’était bien naturel. Nous soupçonnions, nous, qu’il y avait autre chose et nous ne nous en cachions pas: la préparation de la guerre qui faisait monter le coût de la vie. Dans le “Figaro”, M. Raymond Aron, qui passe pour être l’historiographe le moins conformiste de notre temps, nous rétorquait que les Etats-Unis étaient capables de supporter sans à-coups leur effort militaire pendant un minimum de dix ans. Naturellement, c’était lui qu’on croyait…

Soudain, et peut-être le doit-on à M. Beuve-Méry — si ce mérite lui revient, il n’y a pas de raison de ne pas lui rendre hommage, après tout! — dit Sirius, du Monde, le ton de la presse a changé.

“Pour réarmer l’Europe, nous dit-on maintenant, les États-Unis augmentent sensiblement leurs impôts”. (Les journaux, 2 novembre 1951.) On va même jusqu’à nous donner des précisions: 12% d’augmentation moyenne de toutes les taxes. Comme en France, ces 12% sont payés à la fin du circuit des produits de consommation, par le consommateur lui-même et uniquement par lui. Que ceci ne soit pas du goût du docker, de l’employé du téléphone, de celui des chemins de fer ou de l’ouvrier de Detroit n’a rien d’étonnant. On veut bien ne plus nous cacher que la politique du canon restreint les quantités de beurre, non pas sur les marchés, mais sur la table du consommateur et que le salarié, pour manger du beurre quand même, réclame de plus en plus nerveusement “un relèvement de son pouvoir d’achat qui dépasse les plafonds fixés par la loi.”

L’Amérique, à son tour, doit choisir entre le beurre et les canons.

Plus tôt qu’elle ne le pensait ou qu’elle ne le faisait dire par M. Raymond Aron.

Parmi ceux qui commencent à déchanter figurent des gens qui vont jusqu’à dire que ce choix n’est pas né seulement des circonstances actuelles: en 1947 déjà, le problème était posé et seuls le plan Marshall et les événements de Corée ont pu empêcher que les termes de l’alternative fussent évidents pour tout le monde.

Nous sommes bien de cet avis: la politique de préparation à la guerre, si elle est la condition de la prospérité pour les classes dirigeantes, est absolument incompatible avec la prospérité des classes dirigées. Pour que ceux qui vendent des canons ou des bombes atomiques aient du beurre plus qu’en suffisance, il faut que ceux à qui on les fait fabriquer en manquent [note 1: L’exemple de l’Amérique est gratuit: dans son dernier conseil national, le Parti socialiste a décidé qu’il fallait réarmer la France sans toucher au pouvoir d’achat…]. Sans quoi, dites-moi, qui paierait?

Il y a longtemps que les pays d’Europe subissent cette loi dans toute sa rigueur. Jusqu’ici, l’Amérique, pays jeune, avait pu y échapper grâce au “volant économique” qu’elle avait eu la sagesse de se constituer avant son entrée sur la scène mondiale. En 1942 déjà, le volant semblait épuisé: 20 millions de chômeurs, disait-on. A ce moment, elle est entrée en guerre et on n’a jamais su exactement le point où elle en était.

Aujourd’hui, les temps semblent à nouveau révolus: l’Amérique, à son tour, fait ses premiers pas dans la ronde infernale des salaires et des prix.

Qui l’en sortira?

Pas Truman assurément. Surtout s’il est exact, comme le prétendaient les journaux du 1er décembre, qu’il ait dit ou à peu près aux sénateurs: “Donnez-moi les pouvoirs de contrôle étendus que vous m’avez toujours refusés jusqu’ici et faites comprendre à vos électeurs la nécessité de se restreindre sur le beurre.”

Car ceci nous annonce un effort militaire encore plus grand.

 

Répercussions

“En faisant monter les prix des matières premières, le réarmement américain a contribué à aggraver notre déficit en devises.” (Les journaux, 16 novembre.)

Est-ce l’approche de Noël qui nous vaut cet accès de franchise? Décidément, je trouve que les journaux nous gâtent.

Nous n’étions pas habitués à nous entendre dire ces choses qui sont “nos” vérités de la Palice, en termes aussi peu diplomatiques. Il n’y a pas si longtemps, il fallait encore se battre pour faire admettre par la presse bien pensante qu’en raflant tout sur tous les marchés pour faire face aux besoins de la guerre de Corée, les Américains avaient fait monter les prix en flèche. Félicitons-nous donc d’abord que ce soit maintenant chose communément admise.

Mais ceci me fait rêver. J’ai, en effet, lu dans un de ces journaux, qu’outre-Atlantique, une discussion homérique mettait aux prises M. Foster Dulles, le sénateur Johnsson et le brigadier général Olmstedt. Le sénateur prétend que, malgré cette rafle sans précédent, l’économie de guerre américaine est en retard sur les objectifs prévus: de 34% pour la fabrication des avions, 70% pour les engins radio-guidés, 40% pour les tanks, 30% pour les appareils électroniques, et tout à l’avenant.

Si on accorde au président Truman les pouvoirs étendus qu’il réclame, on n’en a pas fini avec la rafle des matières premières!

Et les prix n’ont pas fini de monter!

Et notre déficit en dollars d’augmenter!

Bon, disent les Etats-Unis, on va vous envoyer les dollars qui vous manquent. Et ils en consentent 600 millions à M. René Mayer…

En Angleterre, le même phénomène se produit: sans sourciller, ils octroient 1000 millions de dollars au ministre des finances de M. Churchill.

Les Espagnols sont déjà servis. Mais, instruits par l’exemple, les Italiens, les Yougoslaves et les Allemands de l’ouest ne vont sans doute pas manquer de taper aussi l’Oncle Sam.

On vient justement d’augmenter l’assiette des impôts de 7.328 millions de dollars en Amérique et d’y faire ainsi passer l’indice du coût de la vie à près de 400 par rapport à 1939. Bien sûr, on n’en est pas encore à 2.400 comme en France. Mais, à ce rythme, on ne saurait tarder d’y arriver.

Et, si les dockers, les employés des téléphones ou des chemins de fer, les ouvriers de Detroit, etc. trouvent un peu forcée l’addition qu’on leur présente, M. Truman demandera de nouveaux pouvoirs plus étendus.

Car M. Truman ne désespère de rien.

 

Autres répercussions

Bien entendu, les millions de dollars que les américains ont envoyés aux Espagnols, aux Anglais et aux Français, comme ceux qu’ils enverront probablement aux Allemands, aux Italiens, etc., ont une affectation toute trouvée: le budget de la guerre. Ils coûtent cher en sueur et en austérité aux ouvriers américains, mais s’ils dédommagent quelqu’un de la hausse des matières premières, ça n’est pas les ouvriers des pays qui les reçoivent ou les recevront.

En France, on vient de nous informer que le programme des restrictions envisagées se trouvait provisoirement reporté à une date ultérieure. Mais en Angleterre…

En Angleterre, le nouveau gouvernement est en train d’étudier dans quels domaines il fera porter le gros de ses réductions d’importations: tissus, viande, matières grasses, légumes, vins, spiritueux ou parfums?

Voilà qui va bien arranger la balance commerciale de la France, car, tout cela, c’est en France que les Anglais se le procuraient. Notre déficit en dollars à peine comblé risque fort de reprendre de plus belle.

Croyez-moi: avant longtemps on nous reparlera du programme de restrictions.

Déjà on nous dit que nous allons être obligés d’importer du blé. Il va de soi que, ce blé, c’est avec la monnaie que nous attendions des Anglais que nous nous proposions de le payer aux américains.

 

A propos de blé

Au cours de l’année 1951, nous avons exporté 14 millions de quintaux de blé. Un peu partout: en Egypte, en Suisse, en Finlande, en Italie, en Espagne. Jacques Duboin prétend que nous en avons même exporté en Argentine, un des greniers du monde, ce qui serait un véritable tour de force. Pour l’instant, nous en exportons encore en Allemagne occidentale.

Or, au début du mois de novembre, on nous a informé que nous allions être obligés d’en importer des quantités appréciables: 9 millions de tonnes, paraît-il.

Pratiquement, voici comment l’opération se traduit: M. Pflimlin, ministre du commerce, vend du blé partout où il peut en placer à un prix inférieur d’environ 30% au prix intérieur; et M. Mayer, ministre des finances et des affaires économiques, en achète aux Etats-Unis à un prix de 30% environ supérieur. Le premier pour faire rentrer des dollars, le second pour faire la soudure. Et c’est probablement le même blé qui fait la navette!

On ne fera croire à personne que ces petites opérations ne profitent pas à quelqu’un. Mais chut: je ne voudrais pas retourner en correctionnelle!

 

Enfin, une bonne nouvelle!

Les laiteries de France sont encombrées: pour empêcher le prix du lait de baisser, et pour en faciliter les hausses périodiques, on l’a, procédé classique, raréfié sur le marché. Pour le raréfier, on a fait, depuis trois ou quatre ans, des quantités considérables de boîtes de lait condensé liquide ou en poudre. L’Etat a subventionné ces opérations autant qu’il l’a pu. Les industries, ou plutôt, les industriels du lait condensé ont prospéré. Les voici menacées d’une crise terrible: si le lait condensé liquide arrive à s’écouler, le lait en poudre ne trouve pas facilement preneur.

Que faire de tout ce lait en poudre?

Un malin vient de trouver la solution: on va l’incorporer au pain.

“M. Bréart, directeur du S.P.E.L., nous disaient les journaux du 25 novembre, défend un projet qui, en incorporant 2% de poudre de lait dans la farine, ne relèverait le prix du pain que de 1 franc par kilo. Les avantages de cette solution sont de trois ordres: amélioration de la qualité nutritive du pain ordinaire, qui est pauvre en protéines et en sels minéraux; goût agréable, la présence de lactose permettant d’obtenir la présence d’une croûte légèrement caramélisée; écoulement de la production laitière.”

La voilà bien, la brioche proposée au peuple de Paris par Marie-Antoinette. On va enfin pouvoir s’en régaler…

Félicitons-nous, cependant: par les temps qui courent, il aurait pu se trouver un ministre pour décréter l’incorporation du trop-plein de poudre de lait dans l’essence.

Et, pour ce qui est du tout petit franc d’augmentation du prix du pain par ce procédé, à toutes fins utiles, prenons date.

 

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A la cour du roi Pétaud

par Paul Rassinier

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Ce texte intitulé “A la cour du roi Pétaud” a été publié dans la revue Défense de l’homme, n· 40, janvier 1952, p.2-4.

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Toujours la productivité

En 1951, les charbonnages de France ont remonté au jour 55.300.000 tonnes de charbon.

Ce résultat bat tous les records, y compris celui de 1930 qui n’avait jamais été atteint depuis.

En 1930, on n’avait en effet réussi à produire que 55.100.000 tonnes. Encore avait-il fallu le concours de 209.000 ouvriers du fond travaillant 300 jours par an. En 1951, pour 200.000 tonnes de plus, on n’a employé que 169.000 ouvriers du fond qui n’auront travaillé que 225 jours dans l’année.

Il s’agit donc là d’une amélioration de la productivité minière, dans l’acception même que les autorités gouvernementales donnent au mot: diminution de la main-d’œuvre, augmentation de la production, diminution des prix de revient.

Que je sache, le prix du charbon n’en a pas moins augmenté dans une proportion beaucoup plus grande que le salaire des mineurs.

Alors?

 

Nous ne manquons pas d’acier!

D’après la revue américaine Iron Age”, la production de l’acier s’est élevée à 224,7 millions de tonnes, soit 224.700.000 de kilogs pour l’année 1951.

Ceci fait à peu près 100 kg d’acier pour chaque habitant du globe. En admettant qu’on procède à une répartition égalitaire, chaque famille française moyenne, c’est-à-dire de quatre personnes, a droit à ses 400 kg. d’acier sous forme d’outils de travail ou d’ustensiles de ménage. L’année prochaine, elle aura droit à encore plus puisque la production va sans cesse en augmentant et que tous les Etats du monde s’attachent à atteindre ou à battre le record de l’Amérique, lequel a été, en 1951, de 200 tonnes d’acier à la minute et sera de 230 en 1952, disent les spécialistes.

Mais on ne procède pas à une répartition égalitaire. Alors, notre famille française moyenne de quatre personnes n’a pas les moyens d’acheter les 400 kg. d’acier qu’on fabrique à son intention. Les familles arabes, nègres, polynésiennes ou lapones non plus d’ailleurs et plutôt moins encore.

Alors, on fait des canons, des fusils, des bombes, etc. avec tout cet acier qui ne trouve pas de clients usuels particuliers.

Et ce sont les Etats qui l’achètent.

Bien entendu, en le faisant payer sous forme d’impôts par leurs contribuables respectifs auxquels ils le distribueront gratuitement un jour ou l’autre sous forme de projectiles.

Bien entendu encore, il ne peut être question de le transformer en charrues, en tracteurs, en lignes électriques, ou turbines pour produire du courant, etc. après en avoir financé l’achat par les mêmes moyens.

Ce serait trop beau.

 

De grappe en cuve…

A l’automne dernier, nous avions fait la soudure avec 20 millions d’hl. de vin bloqués dans les caves des producteurs.

Fort heureusement, la récolte de 1951 n’a pas dépassé les prévisions. Mais on peut prévoir que nous ferons la prochaine soudure avec 25 à 30 millions d’hl. qui n’auront trouvé preneur ni pour la distillation, ni pour la consommation familiale.

Bien sûr, on distillera des quantités appréciables et on bloquera tout ce qu’on pourra pour empêcher le cours du vin de baisser.

Mais dans ce domaine, il y a des limites qu’on ne peut absolument pas dépasser sans provoquer des catastrophes budgétaires ou des embouteillages dans les chaix.

Alors, le ministre de l’agriculture, en désespoir de cause, vient d’envisager de limiter la culture de la vigne à certaines régions seulement.

But poursuivi: en quinze ans, réduire la surface du vignoble français de 20 à 25% par rapport à ce qu’elle est actuellement.

Pour fabriquer des canons et des munitions, il faut à tout prix augmenter la production par une amélioration de la productivité.

Quand il s’agit de permettre à tout le monde de boire du vin à bon marché, c’est évidemment une tout autre question.

 

Angleterre-Allemagne-Japon

L’Angleterre se tient à l’écart de la Fédération européenne style Schuman-Philipp. Elle a ses raisons.

Tous récemment, le “New Chronicle” laissait échapper qu’au cours de l’année 1951, tandis que les produits sidérurgiques anglais trouvaient de moins en moins preneur sur les marchés mondiaux, 30.000 ouvrière et ouvrières du textile avaient été mis en chômage partiel, 25.000 tailleurs, et que, dans les grands magasins de confection, 8.000 employés étaient réduits pour longtemps à quatre jours de travail par semaine.

C’est que l’Allemagne vend exactement les mêmes produits que l’Angleterre. Or, jusqu’ici, l’Allemagne n’ayant pas de charges militaires à supporter, pouvait les mettre sur le marché à un prix de 30 à 40% inférieur à celui des Anglais.

L’économie anglaise et l’économie allemande étant concurrente, c’est presque tenter de résoudre la quadrature du cercle que de vouloir les fédérer.

Il ne peut pas être question d’empêcher l’Allemagne de produire les mêmes articles que les Anglais. C’est pourquoi, en France et en Amérique, histoire d’arrondir un peu les angles, on a mis sur pied l’affaire du réarmement allemand. Si on oblige les Allemands à fabriquer intensivement du matériel de guerre, ils ne pourront plus produire à si bon compte dans le textile, ni l’industrie sidérurgique usuelle et ils concurrenceront moins les Anglais…

Il suffisait d’y penser.

Mais la concurrence japonaise n’en serait pas pour autant éliminée.

Qu’à cela ne tienne: on en fera autant pour le Japon, un peu plus même de telle sorte qu’il ne puisse plus rien mettre sur le marché à des prix inférieurs de 50% à ceux des Anglais.

Pour sauver la bourgeoisie anglaise et l’amener à se fédérer à l’Europe, on fera crouler le monde entier sous les armes.

Après quoi, il faudra s’en servir.

 

La représentation nationale

Les informations parues dans la presse pendant la discussion du budget, nous ont appris que nos 624 députés nous coûteraient trois milliards 709 millions 615.000 francs pour l’année 1952, soit approximativement le millième du budget national.

Chaque député coûte donc environ six millions de francs au trésor public.

Si chaque citoyen de notre république démocratique et sociale réclamait autant pour son entretien, il faudrait un budget total de: 6 millions fois 45 millions =270.000 milliards.

Sans commentaires.

 

Payez vos impôts

Dans cette revue, nous avons souvent protesté contre les impôts en général et contre les impôts indirects en particulier.

A ce dernier titre, voici ce que la ménagère paie sur son marché, pour quelques denrées de première nécessité:

 

Sur un litre d’huile…………………………..64 fr. 35

Sur un litre de vin…………………………. 16 fr.

Sur un kg. de sucre………………………. .24 fr.

Sur un kg. de viande……………………… 70 fr.

Sur un kg. de chocolat…………………… 94 fr. 25

Sur un kg. de beurre……………………. 146 fr.

Sur un kg. de café………………………. 199 fr.

Sur un kg. de pain………………………. 18 fr.

 

Encore ne s’agit-il que de l’impôt perçu au dernier stade chez le détaillant. A ces sommes, il faut ajouter les différentes taxes de transactions, les taxes à la production et les impôts perçus à la production et chez le grossiste. En règle générale, il convient de multiplier, dans chaque cas, les prix ci-dessus indiqués par 2,5 pour avoir le montant approximatif de l’impôt total.

Ceci revient donc à dire que, dans notre meilleur des mondes, une somme qui varie entre les deux tiers et les trois quarts du prix de vente au détail de toutes les marchandises est affectée à l’impôt.

Si les services que l’Etat rend à l’individu ne tombent pas facilement sous le sens, il y a une chose qu’on ne peut pas ignorer et c’est qu’ils coûtent fort cher.

 

Malgré cela…

Malgré cela, le budget de la nation est toujours en déficit. A tel point qu’on ne peut plus en avoir aucune idée chiffrée.

En 1949, pour dissimuler ce déficit, le ministre des finances décida que les impôts directs seraient payés non plus comme le voulait la tradition à la fin d’un exercice sur les revenus de l’exercice précédent, mais avec une année d’avance.

Cette année-là, le budget absorba les ressources de deux années.

Ca ne suffit encore pas. De nouveau on est à court.

Alors, en 1952, il faudra payer les impôts de l’année 1953. En partie, tout au moins.

A ce rythme, on arrivera bien à récupérer en 1953 la totalité des impôts de 1955!

Et, progressivement, à payer ceux des générations futures!

 

Evolution de la formule de l’impôt

Intervenant sur le chapitre des dépenses militaires, M. Mendès-France a révélé que “dans l’ensemble des ressources fiscales, l’impôt sur le revenu figurait pour 25%, l’impôt sur la fortune pour 6% et les impôts de consommation pour 69% alors qu’en 1938, ces différentes têtes de chapitres figuraient respectivement pour 28%, 17% et 55%”.

M. Mendès-France n’a pas été démenti.

Le pourcentage d’allégement au profit de la fortune acquise a donc été reporté sur la consommation.

Les riches paient moins et les pauvres un peu plus.

Encore une guerre et la consommation supportera, toute seule, tout le poids des impôts.

 

Évolution des dépenses budgétaires

Sur le chapitre des dépenses militaires, M. Mendès-France a encore révélé qu’en 1952, Indochine comprise, on ne pourrait pas s’en tirer à moins de 1.600 milliards, si on suivait le gouvernement.

Et il a précisé:

“En 1950, nos dépenses d’investissements étaient doubles de nos dépenses militaires. En 1951, elles leur ont été inférieures. En 1952, elles ne seront guère supérieures à leur moitié”.

A ce rythme, il est évidemment à craindre que les dépenses militaires arrivent très rapidement à absorber à elles seules toutes les ressources du budget!

 

La guerre d’Indochine

Toujours d’après M. Mendès-France, elle en est arrivée à nous coûter 500 milliards par an, soit 1 milliard et demi par jour.

“… 500 milliards d’inflation et de misère qui sont, sous tous les rapports, un aliment de choix pour la propagande communiste…”

Et M. Mendès-France conclut qu’il faut de toute urgence rechercher des possibilités de traiter avec le Viet-minh pour arrêter enfin cette guerre criminelle.

Certes, les raisons de l’interpellateur ne sont pas les nôtres avec lesquelles elles sont en contradictions formelles sur beaucoup de points souvent essentiels. Mais nous sommes entièrement d’accord avec lui lorsqu’il s’écrie:

” On me répond qu’on ne peut pas traiter avec le Viet-minh parce que traiter avec le Viet-minh c’est traiter avec les agents de Moscou. En Corée, cependant, c’est bien avec les agents de Moscou qu’on traite!”

Pour avoir la paix, pour la sauver ou pour la ramener, on peut traiter avec n’importe qui, jusques et y compris avec le diable.

 

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Russie 1951 – Confusion des termes

par Paul Rassinier

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Ce texte de Paul Rassinier, intitulé “Russie 1951… Confusion des termes” a été publié dans la revue Défense de l’homme, n· 40, janvier 1952, p.32-35.

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De même qu’il y a un hémisphère nord et un hémisphère sud mitoyens par l’Équateur, sur un autre plan, il est communément admis qu’il y a un monde occidental dit capitaliste et un monde oriental dit communiste, mitoyens par le Rideau de Fer. Pour les tenants du capitalisme traditionnel comme pour ceux de son succédané le bolchevisme, les deux appellations sont l’une et l’autre, également et rigoureusement contrôlées. C’est que la confusion des termes qui identifie le bolchevisme et le communisme profite également aux uns et aux autres: les premiers sont, en effet, fort à l’aise pour reporter sur le communisme ou l’économie socialiste en général tous les péchés du bolchevisme et, quant aux seconds, ils ne le sont pas moins pour rétorquer qu’un régime communiste est forcément, par principe, innocent de tout ce dont on l’accuse.

Entre les deux camps, cependant, le nombre des gens ne cesse de croître qui font la nuance. Leur mérite n’est pas moindre car, depuis 1950 surtout, la Russie soviétique fait systématiquement la nuit sur son évolution politique et économique et les documents publiés par ses services ne réussissent à franchir le Rideau de fer et à nous parvenir que dans la mesure où la propagande des partis communistes du monde entier peut en tirer un bénéfice certain. Par surcroît, on ne les tient jamais que de seconde main, c’est-à-dire interprétés et dénaturés soit par les amis, soit par les adversaires, soit par les deux. Enfin, beaucoup d’entre eux, ou bien ne sont pas très probants, ou bien ne tombent pas facilement sous le sens d’une opinion désaxée par les événements avec lesquels elle est aux prises, ou bien perdent leur caractère d’authenticité dans les mouvements de propagande systématiquement favorables ou systématiquement défavorables qui les accueillent et les retransmettent. Tel fut le cas notamment des campagnes de David Rousset, du réquisitoire de Krawchentko, des mémoires du Campésino, etc. révoqués en suspicion avant la lettre par les changements de camps aussi mystérieux que spectaculaires de leurs auteurs. Tout cela sentait l’arrangement de comédie et faisait d’autant moins sérieux que, dans chaque cas, les arguments produits par l’accusation pouvaient, un à un, être retournés contre elle, et qu’aucun d’entre eux ne visait ni l’Histoire, ni la structure du régime bolchévique dans leurs principes directeurs ou fondamentaux.

Aux yeux de beaucoup de braves gens, il reste donc toujours à prouver que le bolchévisme n’a rien de commun avec le communisme et cela n’a rien d’étonnant. Dirai-je qu’on n’a de chances de rencontrer quelque crédit dans cette entreprise qu’en se plaçant d’abord et avant tout sur le terrain économique et social?

 

Le niveau de vie

A lui seul, il ne peut être dirimant: dans l’Antarctique, en Polynésie et dans l’Afrique du Sud, des tribus primitives vivent dans un état très proche du communisme mais dont le standing est bien inférieur à ce qu’il est pour les plus basses classes de la société en Amérique, en France, en Russie ou en Espagne qui en sont cependant très loin. Si donc on me dit que le niveau moyen de la vie se traduit par la mise à la disposition du travailleur russe, d’environ 600 roubles par mois, cela signifie que c’est beaucoup moins qu’en France, en Amérique, ou même en Espagne, mais nullement que le régime n’est pas communiste.

En conséquence, c’est seulement à titre d’indication que je traduis les roubles en temps de travail nécessaire pour se procurer, en U.R.S.S., en France et en Angleterre: 1 kg des produits de consommation suivants:

 U.R.S.S  FRANCE  ANGLETERRE
 Pain, 1 kg

 0 h. 21 m.

 0 h. 14 m.

 0 h. 9 m.

 Beurre, 1 kg.

 25 h.

 6 h.

 5 h. 40 m.

 Pommes de terre, 1 kg

1 h. 6 m.

 0 h. 30 m.

 0 h. 20 m.

 Sucre, 1 kg.

 7 h. 30 m.

 1 h. 30 m.

 0 h. 28 m.

 Viande, 1 kg. (pot-au-feu)

 3 h. 40 m.

 1 h. 42 m.

  1 h. 20 m.

 

D’autres arguments sont plus péremptoires et notamment le salariat.


Le salariat

Le régime communiste se différencie du régime capitaliste par la suppression du salariat.

On peut certes soutenir qu’une réforme de cette importance peut n’avoir pas encore été réalisée après 34 années d’exercice du pouvoir. Dans ce cas il peut alors déterminer si le régime s’est vraiment orienté progressivement dans le sens de sa suppression.

Sous cet angle, on peut distinguer quatre périodes dans l’évolution de la Révolution russe:

— De 1917 à 1920, le communisme de guerre caractérisé par la suppression de la monnaie, la répartition égalitaire par voie d’autorité, première étape vers la prise au tas;

— De 1920 à 1928, la N.E.P. (Nouvelle économie politique), caractérisée par le rétablissement de la monnaie et du salaire individuel sous une jurisprudence hâtive mais sensiblement conforme aux revendications syndicales dans les pays plus évolués aux environs de 1900 (salaires au temps, à travail égal salaire égal, etc.);

— De 1928 à 1939, les trois premiers plans quinquennaux pendant l’exécution desquels on adapte la formule du salaire aux nécessités de la production sans considération d’aucun principe, avec pour corollaire la domestication du syndicalisme;

— De 1939 à ce jour, retour progressif à l’économie esclavagiste par le truchement des camps de concentration qui prolifèrent: une quantité sans cesse croissante de la population touche pour tout salaire le litre de soupe et le quignon de pain des prisonniers en régime capitaliste (15 à 20% de la population sont à ce régime…)

 

Le salaire actuel

Ainsi donc, depuis longtemps et tandis que dans presque tous les pays du monde le salaire avait une tendance à devenir social, à prendre des formes susceptibles, en dépit de son taux maintenu relativement bas, de libérer le travailleur de l’emprise du patronat et de l’Etat, en Russie soviétique, l’évolution se faisait en sens inverse.

On ne sait pas exactement combien il y a de catégorie de salariés dans ce paradis par prétérition mais on ne doit pas être très loin de la vérité si on affirme que du dernier des oudarniks au premier des bureaucrates, il y en a une soixantaine. (En passant: en France, il y en a une douzaine.) Et cette ouverture excessive de l’éventail est encore un signe que le régime au lieu de se rapprocher du communisme, ne cesse de s’en éloigner

Dans chaque catégorie, le travail aux pièces a remplacé progressivement le travail aux temps; les primes à la production sont la partie essentielle du salaire; le stakhanovisme est la condition du maintient dans l’emploi; les normes de production augmentent sans cesse: les zones de salaires sont multiples; etc.

Et, avec tout cela, le salaire moyen russe ne permet toujours de se procurer, à 3 roubles 40 le kg que 190 kg de pain blanc par mois. Le salaire moyen, c’est-à-dire, 600 roubles quand on sait qu’un tiers de la population ne gagne encore que de 300 à 600 roubles…

 

Le pouvoir d’achat

La plupart des économistes soutiennent que, de 1943 à 1950, malgré et surtout en raison de diverses manipulations des salaires et des prix, l’apport de la Révolution d’octobre en matière de pouvoir d’achat a été rigoureusement nul.

Vraie ou fausse, voici exactement ce qu’il en est de cette assertion, en 1951, en ce qui concerne les principaux produits de consommation avec les possibilités correspondantes du salaire moyen en France:

 U.R.S.S  FRANCE
 Prix
(en roubles)
 Quantités
corresp
 Prix
(en francs)
 Quantité
corresp
 Pain blanc

 3,4

 190 kg

 50

 700 kg

 Farine

 3,4

 190 kg

 70

 500 kg

 Pâtes……….

 6,4

 101 kg

 175

 200 kg

 P. de terre…

 1

 647 kg

 18

 1944 kg

 Lait………….

 3,15

 205 lit.

 38

 921 lit.

 Oeufs……….

 16

 40 dz.

 216

 162 dz.

 Beurre………

 33

 19 kg, 6

 690

 52 kg

 Fromage……

 35

 18 kg, 5

 560

 62 kg, 5

 Sucre……….

 11,5

56 kg

 110

 318 kg

 Boeuf……….

 18,7

 34 kg

 473

 74 kg

 Porc……….

 28,9

 22 kg

 484

 72 kg

 Veau……….

 21,2

 30 kg, 5

 525

 66 kg, 5

 Poulet…….

 17

 38 kg

 576

 60 kg, 7

 Riz………….

 13,6

 47 kg, 5

 130

 269 kg

 Café……….

 72

9 kg

 800

 43 kg, 7

 Harengs….

 10,8

 60 kg

 102

 343 kg

 Pétrole…….

 1,75

 370 lit.

 50

 700 lit.

 

Encore faut-il tenir compte qu’en France il n’y a plus qu’un seul marché, tandis qu’en Russie, il y en a trois:

— le marché contingenté, où on ne trouve naturellement rien à le taxe;

— le marché parallèle ou noir, où l’on trouve tout mais où n’ont le moyen d’acheter quelque chose que les fonctionnaires du régime dont le salaire est fonction non de leur rendement effectif mais de leur utilité à la vie du système;

— et le marché kholkozien ou paysan, où en peuvent s’approvisionner que les organismes chargés de la répartition collective.

Les prix mentionnés au tableau s’entendent au marché contingenté, ce qui signifie qu’ils ne définissent encore qu’un pouvoir d’achat très théorique.

 

Une mesure significative

Il va de soi qu’une telle formule de salariat assortie d’un tel marché conduit directement à l’inflation, en ce sens que, périodiquement, les signes monétaires en circulation sont sans commune mesure avec les possibilités d’absorption des trois marchés réunis. En France, nous avons connu cela pendant le dirigisme et le nom de M. René Mayer reste attaché à la mesure d’échange des billets à laquelle l’Etat fut finalement contraint pour enrayer l’inflation consécutive. Mais, en comparaison de Staline, M. René Mayer n’est qu’un drôle: à peine réussit-il à récupérer quelques dizaines de milliards en pratiquant l’échange à égalité. En 1947, le maître du Kremlin, lui, ramena d’un seul coup la circulation monétaire de la Russie de 420 milliards de roubles à moins de 40 en échangeant de la manière suivante:

— à un contre dix pour les particuliers;

— à 4 nouveaux contre 5 anciens pour les kolkhozes, coopératives, organismes d’Etat, etc.;

— à égalité pour les détenteurs de comptes en banque jusqu’à 3000 roubles, à 2 contre 3 jusqu’à 10.000 et à un contre 2 pour le surplus;

— à un contre trois sur la valeur nominale de tous les titres d’emprunt émis antérieurement à 1947.

Cette opération monétaire qui est la plus brutale que l’histoire ait jamais enregistrée, s’est donc faite notamment sur le dos de ceux qui ne possédaient pas de comptes en banque, c’est-à-dire de la population laborieuse et pauvre.

Pendant la guerre déjà, on avait pu observer en Russie les mêmes phénomènes que dans l’ensemble des pays aux prises, avec ceci de particulier qu’ils étaient plus démesurés encore et plus lourds à supporter: allongement de la durée du travail, blocage des salaires, restrictions massives de la consommation, montée des prix, contingentements draconiens, dualité des marchés officiel et parallèle, inflation incoercible, etc.

 

Pour conclure

J’ai délibérément négligé tout ce qui se rapporte à l’Etat soviétique lui-même et à sa politique générale. On remarquera notamment qu’en ce qui concerne les camps de concentration, je me suis gardé d’appuyer sur la chanterelle: ils sont à coup sûr, le résultat de l’effroyable tyrannie qui pèse sur le peuple russe, mais il se peut aussi qu’ils soient, pour des raisons de production, de prix de revient ou de transfert obligatoires de certaines populations, une des tragiques nécessités de cet impensable régime, la solution d’un des problèmes vitaux que sa structure générale lui impose de résoudre à n’importe quel prix…

C’est par souci de la mesure et de l’objectivité que je me suis cantonné dans l’examen de la formule du salariat, de son évolution manifestement rétrograde et de ses conséquences à la fois sur le niveau de vie et la politique financière de l’Etat dans leurs aspects les plus significatifs.

Mon propos visait seulement à établir que, dans ce domaine, les règles de conduite et les réactions des maîtres de la Russie, loin de se référer aux principes généraux de la doctrine communiste et de se guider sur elle, étaient celles d’un capitalisme autoritaire que l’Histoire n’avait jamais connu et même pas avec Hitler et Mussolini.

Et que, dès lors, il serait beaucoup plus simple, au lieu de parler de capitalisme et de communisme ou de capitalisme et d’anticapitalisme, de ne plus faire état que d’un seul capitalisme étendant une sorte de toile d’araignée géante sur toute la planète et dont les nuances vont, au gré des latitudes, du despotisme éclairé au despotisme le plus absolu et le plus insoucieux des droits et de la dignité de l’individu.

Plus simple, – bien plus simple.

Et comme tout serait clair!

 

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