DDH-44-1

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L’actualité poli…cière

par Paul Rassinier

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Ce texte, intitulé “L’actualité poli… cière a été publié dans la revue Défense de l’homme, n. 44, mai 1952, p.23-24.

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De son vivant, M. Durand était cocu: ces choses-là sont de celles qui arrivent…

Un beau jour, il mourut. Pas de cela, bien sûr, car on n’en meurt généralement pas. De quoi, on ne sait pas bien, ou plutôt, on ne sait plus. Bref, il mourut.

Quand un homme meurt, ça ne fait ordinairement pas d’histoires: on le pleure plus ou moins sincèrement, on l’enterre avec ou sans curé, les proches suivent le cercueil en pensant à l’héritage et gardent le deuil durant tout le temps qu’il faut pour régler les droits de succession. Après, on oublie le mort. Ainsi le veut l’étiquette. Dans la bonne société s’entend. Dans l’autre, nous sommes beaucoup plus discrets.

Quand un cocu meurt, c’est une autre affaire.

D’abord, la veuve se remarie.

Huit fois sur dix au moins, elle se remarie avec son amant et c’est ici que tout se complique.

Le mort ne dit rien: il continue à ne rien savoir.

Mais les voisins savent. Ils savent toujours beaucoup de choses, les voisins. Naturellement, leurs langues se délient et ils en disent encore plus qu’ils n’en savent.

Mme veuve Durand, elle…, en sait quelque chose!

Car elle s’est remariée, Mme veuve Durand.

Avec M. Dupont qui était précisément son amant du vivant de feu M. Durand.

Et il est arrivé ce qui devait arriver: les langues des voisins se sont tellement déliées qu’avant la fin de la lune de miel, le nouveau couple s’est retrouvé en prison.

Un commissaire de police doux comme un agneau a d’abord interrogé la nouvelle Mme Dupont: avec quoi l’as-tu empoisonné?

Elle a nié. Farouchement.

Voyant qu’il n’en tirerait rien, le commissaire de police doux comme un agneau s’est alors tourné vers M. Dupont: il a avoué car, je l’avais déjà observé au camp de concentration, les hommes supportent moins bien que les femmes, la douceur de la police.

Trente-six heures après, la nouvelle Mme Dupont laissait échapper dans un souffle: avec de la poudre à doryphores. Ensuite de quoi, un médecin appelé décréta qu’il fallait la transporter d’urgence à l’infirmerie de la prison.

Un juge d’instruction commit un expert à l’examen des restes de feu M. Durand: cet expert y trouva de l’arsenic, — quarante fois la dose mortelle, dit-il.

A l’audience et hors de portée du commissaire de police doux comme un agneau, le coupable Dupont se ressaisit. Comme on avait retrouvé les restes du produit au moyen duquel Mme Dupont avait soit-disant empoisonné son premier mari, l’analyse en fut demandée et obtenue d’un second expert.

— La poudre qui m’a été confiée ne renferme ni arsenic ni plomb. C’est du D.D.T., dit celui-ci.

Par ailleurs, voici le récit que fit M. Dupont de son interrogatoire:

“On m’a amené au deuxième étage, dans une pièce de quatre mètres sur deux. Il y avait deux inspecteurs. L’un d’eux m’a dit tout de suite: “Tu vas nous dire que c’est ta femme qui a empoisonné Paul Durand.” J’ai dit: “Non, messieurs, je ne peux pas vous dire ça, ça n’est pas vrai.” Alors ils ont commencé. Le plus grand était d’un côté et s’est mis à me donner des coups de poing dans le foie, dans l’estomac, contre le coeur. L’autre, de l’autre côté, frappait dans les reins, dans les côtes. “Tu vas nous dire que c’est ta femme! — Non, messieurs, je ne peux pas vous dire ça.” Ils ont enlevé leurs vestes, retroussé les manches de leurs chemises, ôté leurs montres. Ils m’ont dit: “Tu vois, Dupont, l’heure tourne, si tu ne parles pas tu seras encore là demain matin à cinq heures.” Et ils tapaient encore plus fort. Je voltigeais à gauche, à droite. Ils jouaient à la balle. Cela a duré deux heures. Puis, brusquement, le grand a ordonné: “Déshabille-toi!” Je commençai à quitter mon veston. Ils me l’ont arraché. Ils m’ont fait quitter ma chemise, mon pantalon. Ils m’ont fait mettre en slip, les pieds nus, à genoux sur une règle, les bras en l’air. Ils me marchaient sur les doigts de pieds. Et les coups de poing continuaient. “Dis-nous que c’est ta femme. — Non, messieurs, je ne le peux pas. Je n’en sais rien. J’ai une maladie de cœur, vous allez me tuer. — On se f… de ta maladie de coeur.” Mes bras tombaient. Ils me les faisaient relever. Ils disaient: “Écoute, Dupont, si tu ne nous dis rien on va te faire faire du vélo (? )”Ils frappaient toujours.”Allez, dis-nous tout, et on te laisse tranquille.” Et ils tapaient toujours plus fort. A la fin, j’ai senti que mon cœur allait lâcher: j’ai dit: “Oui.” (D’après Le Monde.)

Vous croyez peut-être que j’ai voulu vous raconter une histoire de cocu.

Et, comme elle se termine tragiquement, vous m’en voulez probablement de l’avoir fait sur le ton humoristique.

Rassurez-vous: je ne suis pas un vicieux. Et, sur ce qu’on appelle “les cocus”, j’ai une opinion qui relève d’une doctrine très étudiée.

Mais j’ai, tout récemment, écopé de 15 jours de prison avec sursis, 100.000 fr. d’amende et 800.000 fr. de dommages et intérêts pour avoir écrit que ces mœurs policières n’étaient pas le fait des seuls Allemands sous Hitler.

Alors vous comprenez, maintenant, j’y mets les formes.

D’autre part, le couple Dupont reconnu innocent, a finalement été acquitté.

Et tout est bien qui finit bien.

 

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