DDH 51-53 Oradour, Struthof

INDEX

 

Le règne de la subtilité

par Paul Rassinier

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Ce texte, intitulé “Le règne de la subtilité” a été publié dans la revue Défense de l’homme, n. 51, décembre 1952, p.10-13.

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Cette fin d’année a été fertile en événements qui ont — parfois tragiquement, hélas! — rompu la monotonie des temps. On a voté en Amérique et Eisenhower s’est tout de suite inquiété de la Corée; on a voté aussi en Sarre et, dans le même temps, un soldat français a trouvé la mort dans une querelle de bistrot; on n’a pas voté en Tunisie, mais le secrétaire général de l’U.G.T.T. a tout de même été assassiné, au retour d’une réunion de propagande; on n’a pas non plus voté à Casablanca mais, à la suite d’une grève déclenchée par la C.G.T. et soutenue par l’Istiqlal, il y a eu des dizaines de morts et de blessés; à l’Assemblée générale des Nations Unies, en Amérique, on a discuté longuement du problème colonial, mis la France sur la sellette et, force est bien de reconnaître que personne n’a trouvé la mort autour du tapis vert; le parti communiste a longuement discuté du cas de MM. Marty et Tillon et convoqué à Vienne un congrès des peuples pour la paix, mais c’est à Prague qu’on a pendu les gens avec l’assentiment et les encouragements chaleureux de leurs épouses et de leurs propres enfants; au Palais Bourbon, enfin, M. Pinay a posé une question de confiance qu’on désespérait de voir intervenir dans le débat: le gouvernement n’a qu’un peu de plomb dans l’aile [note 1: On dit que ce vote de confiance n’est qu’un sursis accordé à M. Pinay. C’est probable. On le verra à la discussion des articles de la loi de finances.] et, si des gens meurent de cette affaire, ils sont parmi ceux qui subissent le chômage et attendent toujours la convocation de la commission supérieure des conventions collectives.

 

Les élections sarroises

Bien qu’aucun traité de paix n’ait sanctionné la décision prise à son endroit, la Sarre est maintenant un État politiquement indépendant et, économiquement, dans la dépendance de la France. C’est la solution de fortune apportée au problème plusieurs fois centenaire du fer et du charbon entre lesquels passe une frontière nationale.

Pratiquement, c’est très bien pour les gens qui vivent du revenu des actions qu’ils ont dans les mines de fer et de charbon et qu’ils se transmettent de père en fils: ils réalisent pas mal d’économies sur les droits de douanes et les transports. Pour ceux qui extraient l’un et l’autre du sol, il n’y a rien de changé.

Périodiquement, le peuple sarrois élit donc et réélit une sorte de parlement à sa dimension: 50 députés. Cette opération se déroule sous la haute “protection” d’un ancien colonel français promu haut commissaire, puis, pour faire plus “démocratique”, ambassadeur. Bien entendu, pendant qu’elle se déroule, les troupes françaises qui occupent le territoire se promènent nonchalamment dans les rues. Et, pour se prémunir contre les incidents possibles, on a pris soin d’interdire au préalable trois partis politique (dont le parti social démocrate allemand) suspects de germanophilie: ces sortes d’interdictions ne sont des crimes contre la conscience universelle que si elles se produisent dans les parties de l’Allemagne occupées par les Russes…

Malgré cela, un bon tiers du peuple sarrois s’est, par le moyen de l’abstention ou en votant communiste ou encore en votant pour une opposition assez peu consciente de ce qu’elle veut, déclaré hostile à la situation juridique qui est actuellement celle de la Sarre. Ce résultat est généralement considéré comme un succès pour la politique de M. Robert Schuman. Mais attendons la fin: qu’un jour vienne où la Sarre soit admise à se prononcer à l’abri de toutes les influences qui résultent de l’occupation qu’elle subit et on verra bien…

En outre, dans un petit patelin de la frontière germano-sarroise, une rixe de cabaret a opposé deux soldats français à la population autochtone. L’un d’eux en est mort. Pour savoir exactement ce qui s’est passé – si jamais on réussi à le savoir! – il faudra probablement attendre de nombreuses années encore. Côté allemand, on a dit que les deux soldats français étaient ivres et qu’ils avaient provoqué les civils allemands, mais, côté français, cette version n’a pas plus de valeur que celles qui, à l’occasion de semblables incidents, étaient accréditées dans l’opinion mondiale par l’état-major de l’armée allemande quand elle occupait la France. La version française est donc la suivante: Deux soldats français paisiblement attablés dans un débit de boissons ont été provoqués par les civils allemands qui se sont mis à chanter des hymnes nazis, puis, comme ils protestaient, ont été jetés dehors et lardés de coups de couteaux. Le gouvernement allemand a été prié de retirer sa version, ce qu’il a fait car… que vouliez-vous qu’il fit?

On nous dit que cet incident n’est pas le seul du même ordre: peu de temps auparavant, un sergent français avait été sérieusement blessé. Ce qu’il faut en conclure? Tout simplement que, quelles qu’en soient les raisons, il y a un état d’hostilité qui sévit entre les populations occupées et les troupes d’occupation, c’est-à-dire qu’il y a en Allemagne une résistance contre l’occupation française tout comme il y avait jadis en France, une résistance contre l’occupation allemande.

Il va de soi que cette résistance allemande – doublée elle aussi d’une collaboration – est bien la preuve que l’Allemagne toujours aussi incorrigible est toujours d’aussi mauvaise foi, tandis que la résistance française était une éclatante manifestation d’un patriotisme héroïque qu’il convient de toujours louer.

Vérité en deçà, erreur au delà.

En attendant, des soldats français qui ont le tort d’avoir vingt ans et des Allemands qui ont celui d’avoir perdu la guerre, font les frais de ces subtilités.

 

Le problème colonial

Dans les journaux, on présente les événements de Tunisie et ceux du Maroc sous des titres différents, en caractères différents, dans des endroits différents. Et on leur donne un sens différent. Le seul caractère commun qui leur soit reconnu est celui-ci: il s’agit de troubles. Pour présenter ceux d’Indochine, on change jusqu’à la terminologie: ici, il s’agit d’une guerre.

Cette façon de procéder permet à la France de prétendre que la Tunisie et le Maroc ne relèvent que d’elle seule, tandis que l’Indochine est du ressort de l’organisation des Nations Unies. Ce distinguo est, lui aussi, assez subtil.

Il n’y a pas bien longtemps, l’Angleterre eût maille à partir avec l’Egypte et, très habilement, elle se tira — provisoirement — de ce mauvais pas, en faisant se battre les Egyptiens entre eux. A l’époque, au quai d’Orsay, on s’interrogea: cette affaire concernait-elle seulement l’Angleterre et l’Egypte ou bien l’organisation des Nations Unies? Après réflexion, on pencha en faveur du premier terme de l’alternative: en revanche, l’Angleterre promit de prendre la même position dans les affaires tunisienne et marocaine…

Avant l’affaire d’Égypte, il y eut celle de l’Iran dans laquelle c’est seulement après avoir aussi beaucoup réfléchi que la France se rangea aux côtés de l’Angleterre. Pour les mêmes raisons.

En réalité et bien qu’on présente séparément tous ces incidents à l’opinion, qu’il s’agisse du Maroc, de la Tunisie, de Égypte, de l’Iran ou même des rapports des petits États arabes avec Israël, c’est un seul et même problème qui est posé: celui des peuples colonisés. Et il est clair qu’on ne lui peut apporter qu’une solution d’ensemble. Or, il n’est pas moins clair que cette solution d’ensemble ne peut être envisagée que sur le plan de l’O.N.U. Mais voilà: il faudrait d’abord que l’O.N.U. fût une organisation sérieuse, ce qu’il est impossible d’admettre quand on la voit s’engager avec un tel esprit de décision sur les traces de son aînée la S.D.N.

Il y a donc peu de chances que, dans toutes les chancelleries, on prenne, en même temps, conscience de l’arrivée à maturité de tous les peuples colonisés.

Dans toutes les écoles de France – et probablement de l’Europe colonisatrice – on enseignait autrefois et on enseigne encore que les entreprises coloniales sont justifiées par le souci généreux d’aller porter dans des territoires lointains la liberté, la sécurité et tous les bienfaits de la civilisation à des peuples très en retard et menacés des pires catastrophes s’ils restaient livrés à eux-mêmes. On sous-entendait naturellement que le jour où ils seraient capables de se gouverner eux-mêmes, il était évident que leur volonté serait respectée.

Aujourd’hui, la civilisation au nom de laquelle on parlait a porté ses fruits: dans tous les domaines, ou à peu près, les colonies sont au niveau des métropoles sinon sur le plan matériel, du moins sur le plan moral et intellectuel.

Alors on leur dit qu’elles doivent de la reconnaissance aux métropoles qui les ont portées à ce standing et que cette reconnaissance elles n’ont d’autre manière de la témoigner qu’en restant en l’état de dépendance dans lequel on prétend les maintenir.

Et, pour tenter d’empêcher toutes les thèses contraires d’accéder à la notoriété, on compartimente le problème, on refuse de le discuter sur un autre terrain et sur un autre plan, que ceux des rapports directs qui existent entre une métropole et sa colonie.

Ainsi naît une ligue de toutes les colonies qu’on n’empêchera pas, quels que soient les moyens employés, d’arriver à une apogée menaçante pour le vieux monde.

Ainsi se place-t-elle déjà dans l’obédience du bolchevisme ou est-elle tentée de le faire.

Ainsi n’envisage-t-elle avec le vieux monde qui la tient sous sa férule que des rapports d’hostilité qu’il sera, plus tard, très difficile de transférer sur le plan de l’aménité.

Le problème gouvernemental

Passons sur le procès de Prague – verrons-nous de nouveau toutes les discussions publiques s’axer sur le sionisme et l’antisionisme, c’est-à-dire tourner à l’antisémitisme? – et sur ce congrès des peuples pour la paix au moyen duquel le parti communiste espère surtout sortir du splendide isolement auquel il s’est si bêtement condamné.

En France, non plus, la subtilité ne perd pas ses droits.

Au moment où paraîtront ces lignes, d’autres votes de confiance au gouvernement auront eu lieu et peut-être même serons-nous en pleine crise ministérielle. Je dis peut-être parce que cette hypothèse n’est pas exclue.

De toutes façons, ce 10 décembre, nous sommes déjà en présence des résultats d’un de ces votes de confiance: socialistes, communistes et R.P.F. ont mélangé leurs bulletins. A tort ou à raison ce n’est pas la question: c’est ce mélange seulement qui est en cause. De toute évidence, il sera maintenant très difficile aux socialistes de reprocher aux communistes de mélanger leurs bulletins de vote avec ceux du R.P.F. Ou bien, il faudra admettre que ce droit ne leur sera reconnu qu’avec leur permission et en leur compagnie.

Ceci pour montrer à quel degré de médiocrité en sont tombées les discussions entre les partis.

Bien sûr, le problème posé se situe bien au-dessus de ces menues contingences: à travers le débat centré sur le budget de la nation, c’est la situation économique dans son ensemble qui est sur la sellette.

Or, cette situation économique se caractérise présentement au moyen de deux éléments essentiels: la baisse des prix, réelle pour les privilégiés et factice pour les salariés, le chômage réel pour tout le monde.

Il y a environ deux mois, il avait été question de réunir la commission supérieure des conventions collectives pour examiner le pouvoir d’achat des salariés tel qu’il se définissait par les résultats de l’expérience Pinay.

On sait qu’en conséquence du projet d’échelle mobile, tel qu’il a été adopté par le Parlement au mois de mai dernier, aucune revalorisation des salaires ne peut intervenir tant que l’indice des prix n’a pas atteint la cote 149. Or, il y a différentes manières de calculer cet indice:

— celle du gouvernement qui fait entrer dans ce calcul 216 articles dont plus de 200 sont de ceux que les salariés n’achètent jamais. D’après cette manière de calculer, l’indice des prix tourne autour de 145-146 et une réunion de la commission supérieure des conventions collectives n’est pas urgente…

— celle des syndicats qui ramène la liste des articles à fait entrer dans le calcul à une quarantaine et prétend procéder par confrontation des budgets-types. D’après cette manière de calculer, du début à la fin de cette année, il y aurait une augmentation des prix de l’ordre de 10% selon les uns, de 15% selon les autres, ce qui signifie que l’indice tournerait autour de 165 selon les uns, de 155 selon les autres. Une réunion de la commission supérieure des conventions collectives serait donc urgente car la cote d’alerte fixée par la loi serait de toute manière largement dépassée.

— celle enfin des gens de bon sens laquelle postule que, par les temps qui courent, les salariés dans leur énorme majorité, n’achètent plus guère que du pain, du lait, un peu de viande, le minimum de matières grasses et de vin, des vêtements pour les enfants seulement et le strict nécessaire de chauffage.

Cette dernière manière de calculer n’a rien de mathématique et elle ne conclut pas à un indice impossible à établir. Raisonnant uniformément sur le plan humain, elle prend l’expression “pouvoir d’achat” dans son acception littérale et elle fait intervenir le ralentissement de la production et le chômage consécutifs à l’expérience Pinay: elle en ajoute les effets à ceux de la baisse factice.

Dans l’esprit de ceux qui la prônent, le temps est venu de se rendre compte que les salaires français établis à un taux excessivement bas l’ont été par surcroît dans une période où les horaires hebdomadaires atteignaient une moyenne de 52 heures par semaine (nous étions loin de la loi de 40 heures!) et en fonction de ces heures supplémentaires que l’industrie a utilisé à plein. Aujourd’hui, René Belin, qui ne passe pas précisément pour un esprit disposé à l’exagération, écrit que la moyenne hebdomadaire est tombée à 43 heures et en tire des conclusions optimistes. De toute évidence, il faut en tirer cette conclusion que, si tous les ouvriers français qui travaillaient en moyenne 52 heures par semaine ne travaillent plus que 43 heures, il y a une baisse de 15% de leur pouvoir d’achat, donc, pratiquement une augmentation de 15% de l’indice des prix.

Mais le problème est bien plus grave: en cette matière, on ne peut pas raisonner sur une moyenne. Les industries les plus touchées sont celles dans lesquelles, aux temps du plein emploi qui a suivi la libération jusqu’aux environs de 1949, on n’a jamais travaillé plus de 40 heures. Dans celles-là, les ouvriers travaillent maintenant 24 heures et même 20 heures par semaine…

S’imagine-t-on la situation “économique” du travailleur qui, au salaire minimum, rapporte 2.400 fr. ou 2.000 fr. par semaine à la maison?

Je veux bien que tout le monde ne soit pas au salaire minimum, mais le salaire moyen ne dépasse tout de même pas 115 fr. de l’heure en province et ceci fait qu’avec les 40 heures hebdomadaires on n’atteint déjà pas les 20.000 francs mensuels. Avec 24 heures ou 20, cela fait des mois de 8 à 12.000 fr.!

En vertu de quoi, il est urgent de réunir la commission supérieure des conventions collectives.

Mais nous sommes prévenus: le parlement doit d’abord discuter la loi de finances, puis la politique extérieure, puis la réforme constitutionnelle. Et tout cela figure au programme du mois de décembre.

Dans les sphères officielles, on fait dépendre la stabilité politique et économique de la conclusion qui sera donnée aux débats qui auront lieu sur ces questions.

Elles sont donc urgentes – plus urgentes que la réunion de la commission supérieure des conventions collectives ainsi repoussé aux calendes.

Question d’appréciation.

A résoudre, elle aussi, sur le plan de la subtilité.

 

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A l’Académie de médecine

La peine de mort

par Paul Rassinier

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Ce texte, intitulé A l’Académie de médecine: La peine de mort” a été publié dans la revue Défense de l’homme, n. 52, janvier 1953, p.23-24.

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“Nous sommes tous des assassins”, le film courageux d’André Cayatte dont Gaston Mirigneux rendait compte dans le dernier numéro, a eu, dans l’opinion publique, un retentissement plus grand que, dans certains milieux, on affecte de le penser.

A son tour, l’Académie de Médecine vient de se pencher sur le problème de la peine de mort.

Deux éminents médecins, le Pr Piédelièvre et son collaborateur le Pr Fournier viennent d’y faire une communication dans laquelle ils disent notamment:

 

“La peine de mort nous apparaît comme un acte primitif malsain. Nous croyons qu’il est le reste d’un droit lointain, dépassé dans sa conception, tragique dans sa réalisation, et qui ne repose plus sur aucune base solide. Nous craignons qu’il ne permette à une brutalité calmée et endormie dans les âmes populaires de subir de dangereux réveils en laissant sourdre l’idée de la nécessité de tuer.”

En conséquence de quoi ils se sont résolument prononcés contre ce châtiment, ajoutant au surplus:

1. Que sur le plan médical et biologique, “après une exécution capitale, la conscience est sans doute abolie, mais les tissus continuent à vivre longtemps, et le médecin témoin de ces hautes œuvres a l’impression d’une vivisection meurtrière suivie d’un enterrement prématuré”.

2 . Que sur le plan philosophique, “le condamné que l’on tient pour un isolé dépend en réalité d’ancêtres lointains et innombrables, que son libre arbitre existe d’autant moins qu’il a subi aussi les influences qui ont contribué à le former et à provoquer le meurtre ou l’assassinat.”

Ainsi est enfin posé clairement le problème de la responsabilité individuelle, cet effroyable dogme auquel les événements de la fin de la guerre, les ordonnances de 1944, le procès de Nuremberg et tous ceux qui l’ont suivi jusqu’à celui de Struthof et à celui d’Oradour, ont redonné une si tragique faveur.

La communication des deux professeurs a été accueillie plutôt froidement par le secrétaire perpétuel de l’Académie de Médecine, M. Baudoin et par un de ses membres, le Pr Tanon. Le premier a fait remarquer qu’il ne s’agissait que d’un point de vue personnel et qu’il n’était aucunement dans l’intention de l’Académie d’engager un débat sur ce problème. Parbleu!

Quant au Pr Tanon, “après avoir reconnu l’intérêt de cette communication, il a fait observer qu’il conviendrait en contre-partie de rappeler les raisons d’ordre social et juridique qui justifient la peine de mort.”

C’est précisément tout le problème: il ne peut y avoir de raisons sociales — essentiellement pratiques et par conséquent de classe! — susceptibles de prévaloir contre les raisons de la morale. La société est faite pour l’homme et non l’homme pour la société. La réalité humaniste, c’est l’homme éternel et non la société phénomène conventionnel, artificiel et de circonstance.

Il est symptomatique que les journaux aient, eux aussi, fait un accueil très réservé à la communication des Prs Piédelièvre et Fournier. La plupart ont fait remarquer que “la peine de mort abolie en matière politique depuis 1848, subsiste dans notre pays en droit pénal, et sa légitimité, toujours à l’ordre du jour, a suscité maints débats et une abondante littérature.”

Les tribunaux d’exception institués soit par le gouvernement de Vichy sous l’occupation, soit par le gouvernement provisoire à la libération, les délits sur lesquels ils ont été appelés à statuer et les peines qu’ils ont prononcées font qu’il n’est guère possible d’avoir beaucoup d’estime pour cette distinction jésuitique qu’on essaie de faire encore entre le droit politique et le droit pénal ou commun.

Il n’y a qu’un droit, et c’est le droit bourgeois qui laisse aux tenants du pouvoir la faculté de décider en toutes occasions si un délit est politique ou banalement commun. On l’a vu récemment avec l’affaire Duclos: arrêté, le député communiste a été mis au régime politique, mais les 700 manifestants qui avaient été arrêtés avec lui, pour les mêmes raisons et dans les mêmes circonstances, – pour le même délit! – ont bel et bien été jetés au droit commun.

Au reste, ce n’est pas de cela qu’il s’agit mais, de la peine de mort et, par ricochet, de la responsabilité individuelle.

Nous ne connaissons pas les Prs Piédelièvre et Fournier qui viennent aujourd’hui au secours d’André Cayatte. Nous savons seulement que le premier est le président de l’Ordre national des médecins.

Quelles que soient leurs opinions politiques: Bravo!

 

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Du coq à l’âne

par Paul Rassinier

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Ce texte, intitulé “Du coq à l’âne” a été publié dans la revue Défense de l’homme, n. 53, février-mars 1953, p.5-10.

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L’année 1953 s’est ouverte sur la mobilisation quasi générale de tous les juges de la création.

Vers 1947, à force de réclamer pour tout et pour rien “des juges, des gènes, des potences et des bourreaux”, les trublions qui volèrent au secours de la victoire (sic) avaient tout de même réussi à rendre évident aux yeux d’une opinion d’autant plus indignée qu’elle avait été plus lâche, que les procès de la Libération étaient la réplique exacte de ceux qu’on lui avait offerts en spectacle sous l’occupation allemande. On les vit alors accuser le coup, perdre pied, lâcher du lest puis, finalement, battre en retraite et on se prit à espérer que, le juge mourant de ses excès, (sauf en Russie soviétique où il est la raison d’être du régime), les prétoires pourraient être progressivement abandonnés aux toiles d’araignées.

Grave erreur: il y avait la conjoncture…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses ne sont pas en voie d’arrangement, ni entre le monde bolchévique et le monde américanisé, ni, par voie de conséquence, entre l’Angleterre et l’Europe, la France et l’Allemagne, l’Amérique et l’Asie, l’Europe occidentale et chacun des deux blocs, les peuples colonisés et les métropoles qui prétendent les maintenir sous le joug, etc. Dans chacun des Etats qui sont les centres nerveux de ce gigantesque imbroglio, on a donc, de plus en plus recours à l’autorité de classe ou de caste et on s’engage de plus en plus profondément dans les voies du totalitarisme. Or, qui dit autorité de classe ou de caste dit sanctions et qui dit sanctions…

Le plus logiquement et le plus simplement du monde, par conséquent, on en est venu à reconnaître tacitement la primauté du juge. Le mouvement des idées dans ce sens, qui s’était considérablement affaibli en Europe occidentale, est reparti de la Russie et nous est revenu d’autant plus violent qu’à l’autre bout de l’horizon, en Amérique même, on s’est mis soudain à imiter les bolcheviks: la chasse aux sorcières et le procès Rosenberg ne sont pas autre chose que la réplique des moeurs policières en honneur sous Staline et des procès de Moscou et de Prague.

Comment l’Europe occidentale aurait-elle pu échapper à la contagion et aux tentations de l’exemple qui l’assaillent sur deux fronts? L’Angleterre a donc découvert un complot nazi dans la partie de l’Allemagne qu’elle occupe et la France s’est mise au diapason comme elle a pu en se souvenant — opportunément, croit-elle — du Struthof, de Schirmeck et d’Oradour.

Dans cette atmosphère de roman policier, la crise ministérielle est passée à l’arrière-plan: M. Pinay a chuté, M. René Mayer — c’est-à-dire Rothschild — a pris en main les affaires de la France, sans que personne, hormis ceux qui font, au labeur et dans les taudis, les frais de l’opération, s’attarde trop à ses causes et à ses conséquences.

Bien que cette crise ministérielle soit déjà fort loin de nous, peut-être n’est-il pas inutile d’y revenir avant de s’essayer à dégager le sens et la portée de la mobilisation générale des juges.

Ne serait-ce que pour permettre au lecteur de se faire une idée du prochain changement d’équipe.

On verra d’ailleurs que toutes ces choses sont liées entre elles, découlent les unes des autres et s’inspirent des mêmes préoccupations.

Rothschild au pouvoir

La presse a beaucoup insisté sur les conditions dans lesquelles Pinay s’étant démis de ses fonctions sans attendre le vote sur la question de confiance qu’il avait posée, bien que, prié par tout le monde de se succéder à lui-même, s’y était obstinément refusé. De mémoire de Président de la République, on n’avait jamais vu un homme aussi entêté à ne pas vouloir du poste de Président du Conseil: le gaillard connaissait l’étendue de ses méfaits; il savait par coeur tous les détails de la succession qu’il laissait; en particulier, les difficultés qui seraient celles de la trésorerie à fin février; et il était à bout d’artifices pour masquer les tristes réalités qui perçaient sous les homélies au moyen desquelles, pendant près d’une année, il avait fait louer sa façon de… défendre le franc!

On dressera un jour le bilan complet de cette aventure, mais, dès aujourd’hui, on peut déjà dire:

1. Que la politique de restriction des crédits a fait passer le nombre des chômeurs de 35.000 en janvier 1952 à 54.350 en janvier 1953 et à 64.093 en février. Encore faut-il noter qu’il ne s’agit que des chômeurs secourus et qu’à ce chiffre s’ajoutent 211.000 “demandes d’emplois non satisfaites”. A vous de faire la différence entre le chômeur et celui qui n’a pas d’emploi;

2. Que la balance commerciale avec l’étranger, qui enregistra un déficit de quelques 342 milliards pour l’année 1951, en a enregistré un de 413 milliards en fin d’année 1952. Augmentation du déficit: 71 milliards de francs. Le ralentissement de la production qui a provoqué le chômage a, en outre, provoqué ce déficit supplémentaire;

3. Que, pendant le même temps, la dette intérieure est passée de 3.032 milliards à 3.459, soit une augmentation de plus de 400 milliards;

4. Que, dans le domaine de la reconstruction, pendant le troisième trimestre de 1952, on n’a mis en chantier que 31.835 logements contre 36.000 pendant le trimestre précédent et que cette diminution c’est encore accentuée pendant le 4e trimestre (on n’a pas encore publié le chiffre);

5. Que l’indice de la production a baissé d’environ 10 points;

6. Que le déficit de la France à l’Union européenne des paiements a été augmenté de 15 millions de dollars, soir environ 6 milliards de francs.

J’ai déjà dit dans les précédents numéros quels résultats avaient été obtenus dans le domaine de la baisse des prix et de la revalorisation du pouvoir d’achat: baisse à peine sensible ou maintien des prix, sauf en matière alimentaire où ils n’ont pu être contenus, baisse catastrophique du pouvoir d’achat des classes déshéritées par la diminution supplémentaire de horaires de travail et le chômage…

En somme, toute la politique de M. Pinay a consisté à ne plus faire face aux engagements précédemment pris, à arrêter les investissements sains au profit des investissements malsains et à paralyser toute l’activité économique.

De là cette politique que M. René Mayer nous présente comme nouvelle sous le nom de “politique de relance”: M. René Mayer se croit à une partie de poker!

Qu’une reprise de l’activité économique soit devenue nécessaire n’est pas douteux. Le parlement, placé devant le désastre, a cru bien faire en confiant l’entreprise à M. René Mayer parce qu’il a pensé que, pour trouver l’argent indispensable, il fallait avoir la confiance des banques. On sait qu’en France les banques sont nationalisées, mais ceci n’empêche pas la famille Rothschild d’avoir la haute main sur la principale d’entre elles, la Banque de France. Or, M. René Mayer, petit-neveu des Rothschild est depuis vingt cinq ans leur homme de confiance et le fondé de pouvoir général de leurs nombreuses et fructueuses entreprises. De fait, à peine investi dans les fonctions de Président du Conseil, il obtenait une substantielle augmentation du plafond des avances de la Banque de France à l’Etat: la politique Pinay continue! La politique Pinay, c’est-à-dire l’endettement.

Que fera M. René Mayer avec le montant de ce nouvel endettement? Il a promis de réformer la sécurité sociale et un certain nombre d’autres institutions par le moyen des lois-cadres, ce qui signifie que, plaçant le Parlement dans l’impossibilité de le contrôler, il continuera l’œuvre de destruction de cet organisme commencé par ses prédécesseurs. Il a aussi promis d’investir des sommes importantes dans le renouvellement et la modernisation de notre outillage agricole, de soutenir les prix agricoles, ce qui ne les fera pas baisser dans le secteur alimentaire, et de subventionner quelques gros exportateurs, ce qui ne mettra guère de beurre dans les plats des salariés.

Il est remarquable qu’en cas de crise des affaires, aucune des équipes qui se relaient au pouvoir ne songe jamais à venir en aide directement au salarié! Les exportateurs – et les importateurs parfois – les chefs d’industrie, les distributeurs et même les paysans, sont toujours plus ou moins prévus dans les distributions de manne ou les allégements de charges: les salariés jamais. Depuis peu, quand la fièvre aphteuse sévit chez le paysan ou quand la grêle tombe sur le vigneron, “la calamité agricole” est reconnue et indemnisée, mais quand le chômage s’abat sur le salarié, c’est son patron qu’on dédommage! Ainsi sont les choses et il ne semble pas qu’avant longtemps elles se heurteront à de notables courants de protestation ou d’indignation.

Pour en revenir à Rothschild au pouvoir, son destin sera ce que le fera l’évolution de la situation internationale. On ne risque rien à lui prédire un échec certain. Seule la date de cet échec peut être mise en discussion. Le budget étant voté, un accord circonstanciel et sans doute provisoire étant intervenu sur les problèmes européens, il est raisonnable de penser que la Banque de France fera un effort supplémentaire pour lui permettre de doubler les échéances de février-mars, et que, les vacances parlementaires arrivant de nouveau fort à propos, la préparation des élections municipales en perspective occupera suffisamment les esprits pour lui laisser quelque répit.

Car c’est ainsi: le marasme économique est complet, mais ce qui est important, c’est que n’importe qui ne soit pas maire ou conseiller municipal de Plougastel ou de Quimper-Corentin!

L’homme aux prises avec le juge

Il ne sera pas question ici des procès de Moscou et autres lieux situés de l’autre côté du rideau de fer. Sur ce sujet, on ne peut que rabâcher pour arriver à cette conclusion que, de toutes les formes d’oppression, la stalinienne est indiscutablement la plus perfectionnée. Pas davantage il ne sera question de l’affaire Rosenberg: les Américains qui veulent faire pièce aux Russes en les imitant, n’en sont encore qu’aux premiers balbutiements et ils ont beaucoup à faire pour les rattraper mais, comme ce n’est pas l’envie qui leur en manque, il y a beaucoup à redouter.

Enfin, je ne noterai que pour mémoire les complots nazis découverts en Allemagne occidentale par les Anglais: de la même façon que les troupes allemandes occupant la France se sont heurtées à la Résistance et au sentiment national qui l’inspirait, les troupes d’occupation en Allemagne se heurtent à une Résistance de même nature. C’est la réponse de la bergère. Et, de la même façon que la Résistance française a jeté le pays dans les bras de la réaction sous prétexte de le conduire à la Révolution, la Résistance allemande naissante prendra corps et, habilement exploitée, elle jettera l’Allemagne occidentale dans les bras du fascisme.

Il n’y a pas de raison que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets.

Mais allez dire à nos soudards qu’il faut évacuer l’Allemagne et rendre au peuple allemand la haute main sur ses destinées! Ni Russes, ni Anglo-Américains n’en voudront jamais entendre parler: ils en sont à la guerre qui vient, à la mise en place du dispositif militaire et ils ne peuvent qu’être sourds aux arguments de la raison.

Pour en revenir à nos procès, il ne reste donc plus que celui du Struthof et celui d’Oradour qui sont les dernières séquelles de la guerre.

A leur propos, deux observations liminaires s’imposent qui les visent intégralement:

1. En 1944, on a introduit dans le Droit des gens la notion de responsabilité collective et une nouvelle version des lois de la guerre, qui ne laissaient au juge aucune possibilité de ne pas prononcer les condamnations politiquement nécessaires. A l’époque, de la foule en délire qui approuvait et réclamait vengeance, une seule voix s’éleva pour protester contre cette infamie et l’ironie du sort voulut par surcroît que ce fût celle d’un juge: le juge Johnsson qui démissionna bruyamment de cet étrange tribunal. On passa outre et malgré les protestations plus tardives du professeur Donnedieu de Vabres qui lui firent écho, l’esprit de Nuremberg passa dans la législation de tous les pays dits libérés et particulièrement de la France. Aujourd’hui, on se trouve dans une impasse: on s’aperçoit un peu tard qu’il faudrait condamner les Alsaciens et on croit pouvoir s’en tirer en changeant de nouveau la loi pour permettre aux juges de Bordeaux de ne pas les condamner. Ainsi, on s’achemine peu à peu vers la généralisation de ce qui se produit pour les élections: de même qu’à la veille de chaque élection, le parti au pouvoir fait la loi qu’il espère la plus favorable pour lui de même, à la veille de chaque procès – voire pendant, comme c’est le cas! – on fera une loi qui permettra aux juges de prononcer la condamnation qu’on attend d’eux ou de ne la point prononcer [note 1: Depuis que cet article a été écrit, les juges de Bordeaux ont condamné tout le monde malgré toutes ces précautions. Mais le Parlement a amnistié les Alsaciens, ce qui pose de nouveaux problèmes et notamment celui de la confusion de la Raison d’État avec l’administration de la justice, jusque là confondue avec le besoin de la vengeance…]. Cela s’appelle l’indépendance du pouvoir judiciaire à l’égard du législatif et de l’exécutif;

2. Il y a moins de deux mois, à Bordeaux, deux objecteurs de conscience furent lourdement condamnés par le même tribunal qui s’apprête aujourd’hui à condamner des soldats coupables du seul crime de non-objection de conscience et nous voici précipités dans une autre impasse.

Je n’ai pas peur: le juge sortira de ces deux impasses. Déjà nous avons vu que le même homme chargé par Laval de requérir contre Blum et Daladier à Riom, avait été capable de requérir contre Laval sur ordre de Blum à la libération. Le juge n’est jamais embarrassé et c’est pourquoi, d’ailleurs, il est juge…

Mais ce qui me chagrine, c’est que les plus acharnés à vouloir pousser ces procès jusqu’à leurs plus extrêmes conséquences, à hurler à la mort aux chausses des pauvres diables qui ont eu la poisse de se trouver à Oradour, à Schirmeck ou au Struthof plutôt qu’ailleurs, en un mot à ne pas vouloir passer l’éponge, sont des gens qui, en même temps, continuent à se réclamer des principes philosophiques qui inspirèrent jadis la politique dite de gauche.

Car, voici où nous en sommes déjà: à propos du procès de Nuremberg et de ceux qui lui ont fait cortège, ces gens qui se prétendent de gauche ont laissé à Maurice Bardèche le soin de reprendre, sur la guerre, les idées qui, au lendemain de celle de 1914-18, furent si brillamment illustrées par Mathias Mohrardt, Michel Alexandre, Romain Rolland, Marcel Martinet, etc. Et, à propos d’Oradour, ils ont laissé à un curé, l’archevêque Rastouil, de Limoges, le beau geste qui a consisté à refuser d’aller témoigner pour le compte de l’accusation, en invoquant la charité chrétienne qui lui interdisait de participer de quelque façon que ce soit à cette abominable campagne d’excitation à la haine…

 

Le procès du Struthof

Ici, je dois mettre le lecteur en garde contre moi-même: je suis un non-violent. Pour les raisons qui ont été remarquablement analysées, à la fois par Louis Lecoin répondant aux anarchistes du Libertaire dans le dernier numéro, et par Henri Perruchot essayant, dans l’avant-dernier, de cerner les formes nouvelles que les circonstances actuelles et notamment le rapport des forces semblaient imposer à la Révolution, je ne conçois plus aucune possibilité révolutionnaire au-delà de la résistance passive: Georges Sorel auquel j’ai toujours beaucoup plus pardonné que cru, est mort et, de toutes façons, indiscutablement dépassé maintenant. Si, pacifiste de toujours, je n’ai pas été objecteur de conscience pratiquant, c’est uniquement que je n’en ai pas eu le courage…

Par voie de conséquence, l’expérience aidant, le régime étant ce qu’il est, je professe qu’aucun individu n’est responsable de ses actes; que, comme l’ont récemment remarqué devant l’académie de médecine les professeurs Piédelièvre et Fournier, “l’homme que l’on tient pour un isolé dépend en réalité d’ancêtres lointains, que son libre arbitre existe d’autant moins qu’il a subi des influences – celles de son milieu, de ses éducateurs, des besoins qui l’ont harcelé, des circonstances, etc. – qui ont contribué à le former”; que sont heureux ceux qui ont la conscience tranquille; que personne n’est qualifié pour juger l’homme et le punir, hormis sa propre conscience. Au fond, c’est Cayatte qui a raison: nous sommes tous des assassins, faisons notre examen de conscience et courons tous nous cacher. Que si on veut à toutes forces un responsable dans les délits hors du commun, on se tourne vers la société et qu’on la punisse: en lui en substituant une autre, par exemple, ce se peut très aisément faire sans entraîner l’intervention de la violence et de telle façon que personne n’ait de sang sur les mains. Je suis contre la peine de mort sauf si elle est prononcée contre la société: ce que je requiers, c’est la condamnation des classes qui sauvera l’homme…

Ce raisonnement étonnera probablement quelques lecteurs de cette revue. Je n’y puis rien. Il est très facile de démontrer que ce qui s’est passé au camp de concentration du Struthof est, dans le domaine de l’horreur, au-dessus de tout ce que peuvent imaginer ceux qui n’ont pas connu les camps de concentration. Dans L’ouvrier libre, Marcelle Capy a dit beaucoup mieux que je ne le pourrais dire moi-même, ce qu’il y a lieu de penser des expériences médicales faites sur des hommes qui, au surplus, étaient à la discrétion des expérimentateurs. Cet attentat contre l’individu est inqualifiable. Mais…

Mais ces expériences sont monnaie courante dans les colonies françaises ainsi qu’est venu le confirmer à la barre un éminent professeur de Casablanca qui a raconté avoir essayé un vaccin sur 6.000 noirs d’un seul coup, ce qui entraîna un nombre important de morts. Les Anglais pratiquent de même sur les indigènes de Manille et les Américains sur les détenus de Sing-Sing. Alors, dites-moi, qui a qualité pour juger?

En l’occurrence, le procès du Struthof a surtout mis en évidence, la nécessité – car tout s’enchaîne – de faire un autre procès. En effet, dans ce camp de concentration, des dizaines de milliers de détenus sont morts. Or, si je lis le réquisitoire prononcé par le procureur de la République, contre les médecins allemands, j’y trouve, d’après le journal Le Monde:

1. Qu’à l’un d’entre eux, on reproche, “la mise à mort par Kramer, sur les ordres de Hirt, des quatre-vingt-sept israélites, hommes et femmes, arrivés d’Auschwitz et exécutés dans la chambre à gaz pour être ensuite envoyés à Strasbourg afin de garnir les collections anatomiques du professeur allemand”,

2. Qu’on dit du second, “J’accorde volontiers que la première série d’expériences n’a pas provoqué de mort”;

3. “Il s’agit maintenant de savoir si les expériences sur le typhus ont provoqué des décès. Le capitaine Henriey reconnaît qu’il ne peut peut-être pas en apporter la preuve, mais il pense que le tribunal peut appuyer sa conviction sur des présomptions lorsqu’elles sont suffisantes, comme c’est le cas ici. Ces présomptions, il les trouve dans les témoignages, dans les attendus du jugement de Nuremberg, ainsi que dans les mensonges de Haagen et ses dissimulations au cours des premiers interrogatoires. Il pense que tous ces faits doivent permettre au tribunal de répondre affirmativement à la question posée: “Haagen s’est-il rendu coupable d’empoisonnement?”

Alors, je pose à nouveau la question que je posais déjà dans Le Passage de la Ligne et Le Mensonge d’Ulysse: Si on ne peut mettre que 87 morts au compte des expériences médicales, comment et pourquoi sont morts les autres?

Un jour ou l’autre, il faudra bien répondre à cette question et j’en connais qui, pour parler très haut en ce moment, n’en seront pas moins dans leurs petits souliers.

Je n’accorde aucune autre importance au fait qu’on n’ait pu mettre plus de morts sur la conscience des médecins accusés: cela n’enlève rien à l’horreur de leur comportement. Tout au plus peut-on se demander pourquoi on les a poursuivis eux et pas les autres qui en font autant à plus de frais dans les colonies. Parce que les uns sont allemands, parce que les autres sont français, anglais ou américains? Hélas!

 

Le procès d’Oradour

Ici encore, une campagne de presse savamment orchestrée fait tourner tout le problème autour d’une mesquine question de nationalité: d’une vingtaine de soldats qui ont participé au massacre du millier d’habitants d’un village français, on voudrait que la moitié fût coupable parce que d’origine allemande, et l’autre innocente parce que d’origine alsacienne. Personne cependant ne nie — après ce que les débats ont révélé, ce serait difficile — que le comportement des uns et des autres ait été identique et que si on a pu noter quelques nuances, on le doive beaucoup plus aux circonstances du drame, à la place qui était assignée à chacun des acteurs, qu’aux acteurs eux-mêmes.

Alors, tout le monde coupable?

Justement non: tout le monde innocent, le coupable, c’est la guerre et, au-delà de la guerre, le régime qui l’engendre. L’homme, lui, est toujours innocent. Si je reconnais volontiers que “nous sommes tous des assassins”, cet aveu est à mon sens inséparable de cette conviction profonde qu’en même temps nous sommes tous des innocents. Je laisse aux concierges, aux colonels gâteux et aux juges par tempérament, le “plaisir” de spéculer sur le comportement possible du civil transformé en soldat et jeté dans une opération de guerre. Et je leur laisse aussi le soin d’établir si le massacre d’Oradour a eu lieu par représailles contre ceux, résistants ou non, qui ont fait sauter un viaduc, enlevé un major allemand ou assassiné deux soldats allemands: “C’est pas moi, m’sieur, c’est lui qui a commencé”, disent les enfants qui se querellent. Par ailleurs, il serait relativement facile d’établir que rien ne se serait produit si les soldats allemands ne s’étaient pas trouvés dans les parages d’Oradour, comme il ne se passerait rien en Allemagne si les soldats anglais, français et américains n’y étaient point en occupation. Et que, pour que ces conditions fussent réalisées, il eût fallu qu’il n’y eût point la guerre.

La guerre, toujours on en revient à la guerre et, dès lors, le seul procès qui soit possible en cette affaire, c’est celui de la guerre.

On a voulu me dire que l’horreur de l’acte devait, elle aussi, intervenir – qu’il y avait des manières de tuer, conformes aux lois de la guerre et d’autres qui, ne l’étant pas, entachent l’honneur et appellent d’impitoyables sanctions individuelles.

Je veux bien que les malheureux habitants d’Oradour soient morts dans des conditions atroces. Mais j’ai vu la ville allemande de Nordhausen sous les bombes au phosphore et Curzio Malaparte a raconté le bombardement de Hambourg, dans les mêmes conditions, par les Anglo-Américains. Dans le dernier numéro de Faubourgs, Henri Frossard a repris le témoignage d’un Japonais rescapé du bombardement atomique d’Hiroshima… Les hommes, les femmes, les enfants et les vieillards de Nordhausen et de Hambourg sont morts lentement sous les brûlures du phosphore – torches vivantes qui coururent des heures et des heures à la recherche de l’eau impossible à trouver avant de s’abattre calcinés et hurlant encore – dans des conditions aussi atroces que ceux et celles d’Oradour. Et ceux d’Hiroshima… Mais mieux vaut ne point parler de ceux d’Hiroshima.

Je pose donc encore cette question: est-il moins horrible de tuer d’un seul coup des dizaines et parfois des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards en pressant, à quelques milliers de mètres d’altitude, sur le bouton qui lâchera les bombes phosphorescentes ou atomiques, que de se mettre à vingt ou à cent pour en fusiller deux ou trois cents sur la place publique d’un village et en faire sauter six ou sept cents avec l’église dans laquelle on les avait préalablement enfermés?

Je pense bien que si le sort des armes en avait décidé autrement, allemands ou alsaciens, les quelques vingt soldats actuellement aux prises avec les juges militaires de Bordeaux seraient dans leurs foyers en train de commenter les procès que les vainqueurs n’auraient, eux non plus, pas manqué de faire aux malheureux aviateurs qui ont lâché les bombes sur Hambourg, Nordhausen, Hiroshima et autres lieux. Oradour serait alors relégué au rang d’un banal incident provoqué par des terroristes dont on serait facilement venu à bout…

Car tout est relatif et jusqu’à ce qui se passe actuellement encore en Indochine où, si l’on en croit la presse allemande, il y aurait “au moins un Oradour par semaine”…

Mais, nous laisserons-nous longtemps encore prendre à ces pièges grossiers?

Parlons d’autre chose, maintenant

Autre chose? Si l’on veut!

J’ai dit plus haut que, crise ministérielle ou procès, tous ces événements étaient liés entre eux et relevaient de la conjoncture.

Précisément, elle vient de prendre une tournure assez inquiétante, la conjoncture: le général Eisenhower a donné tout son sens à sa récente élection à la présidence des États-Unis en ressuscitant Tchang-Kai-Chek, ce qui est une manière comme une autre de proclamer la primauté des problèmes asiatiques dans le politique ultérieure des États-Unis.

Abandon de l’Europe?

Ce n’est pas encore absolument sûr, mais il est certain que la lutte sur deux fronts préoccupe le général Eisenhower et l’inquiète beaucoup plus qu’elle n’avait préoccupé et inquiété son prédécesseur.

Toujours est-il que, quelques semaines avant ce haut fait, un autre événement s’était produit auquel ce vieux renard de Churchill semble bien avoir été le premier a accorder toute son importance: la déclaration de Staline sur la coexistence pacifique Est-Ouest. Il n’y avait pas à s’y tromper, c’était une invitation à des conversations à deux: dans les vingt-quatre heures qui ont suivi, Churchill a pris l’avion pour New-York. Supposez, en effet, que, dans un tel tête-à-tête, la Russie reconnaisse la légitimité des intérêts américains en Asie contre la reconnaissance des siens en Europe occidentale, voire en Afrique ou dans le Moyen-Orient…

La suite a révélé que les inquiétudes de Churchill n’étaient pas fondées: la situation n’est pas mûre pour une opération d’une telle envergure si tant est qu’elle puisse être envisagée comme possible.

En dépit qu’ils en aient, les Américains sont économiquement et militairement obligés, pour un long temps encore, à soutenir leur effort sur les deux fronts prévus par Truman. Mais on peut tenir pour assuré que s’ils étaient obligés de décrocher sur l’un d’eux, ce serait de préférence sur le front occidental.

Et c’est peut-être pour échapper à cette éventualité qu’ils paraissent si résolus à brusquer les choses en Asie et à y obtenir rapidement une décision.

Vous comprenez maintenant pourquoi il était nécessaire que triomphât leur point de vue sur l’armée européenne, c’est-à-dire que M. Robert Schuman fût remplacé au Quai d’Orsay par M. Bidault, ce qui est la véritable raison parlementaire de la crise ministérielle.

Et vous êtes mieux à même de mesurer à quel point tous ces procès étaient nécessaires pour maintenir la tension des esprits dans le bon sens: dans les affaires de ce genre, l’excitation à la haine entre les peuples est toujours payante pour ceux qui misent sur elle.

 

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Le “Discours de la dernière chance”

[par Paul Rassinier]

Un Livre capital

Compte rendu d’Alain Sergent

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Ce texte ,, intitulé “Un livre capital ” a été publié dans la revue Défense de l’homme, n. 53, février-mars 1953, p.30-32.

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Dans Défense de l’Homme, n. 53, de janvier 1953, à la p. 32, on pouvait lire cette annonce:

Vient de paraître

 

“Le discours de la dernière chance”

de Paul Rassinier

Dans cet ouvrage de près de 300 pages, qui porte en sous-titre: “Essai d’introduction à une doctrine de la Paix”, notre ami Paul Rassinier rassemble les données historiques, politiques, philosophiques, économiques et démographiques des problèmes de la paix et de la guerre. Alain Sergent rendra compte de cette somme qui justifie à sa manière le pacifisme intégral, notre profession de foi. Dès aujourd’hui, nous avons cru bon, pour en donner une idée générale, d’en publier un extrait pris dans le chapitre où notre camarade s’élève avec force et pertinence contre les slogans au moyen desquels, en dernière heure, ceux qui déclenchent les guerres tentent de les justifier. Paul Rassinier les passe en revue. Nous ne citerons que ce qu’il dit de la légitime défense. Pour les autres, nous renvoyons nos lecteurs à l’ouvrage lui-même.

LA RÉDACTION

 

[suit un extrait intitulé “La légitime défense”]

Dans le numéro suivant on trouvait un compte rendu de l’ouvrage. Le voici:

 

Nul plus que Rassinier ne peut prendre à son compte la phrase de Montaigne “Aux Gibelins j’étais Guelfes, aux Guelfes, Gibelins…” C’est qu’aussi l’homme présente un cas unique. Partisan dans une époque de trouble et de fanatisme, il a rompu avec le pacte, celui de son clan, avec un évident mépris de ses intérêts. Car il l’a fait au moment même où le clan avait le dessus, et où il s’agissait, même pas de crier haro sur le baudet, mais seulement de se taire, pour recevoir sa part des honneurs, voire des prébendes. J’attends (et j’attendrai sans doute longtemps) qu’on me cite une tel cas de conscience et d’honnêteté intellectuelle dans une époque où la note dominante est la falsification de la vérité.

Pour être d’un tout autre genre que ses deux précédents ouvrages, celui dont j’ai à parler aujourd’hui soulèvera sans doute des réactions partisanes. Le Discours de la dernière chance dressera contre lui ceux qui ont choisi soit l’un des grands conformismes de notre époque, soit qui croient jouer la politique du moindre mal.

Paul Rassinier est vraiment le type du “consciencieux de l’esprit”, pour reprendre une expression de Nietzsche! Avant d’entrer dans le vif du sujet, pour indiquer son système de référence, il se livre à un exposé passionnant sur la philosophie de l’histoire. Quelle rigueur d’analyse, mais aussi quelle envergure de pensée, dans cette première partie! Ma foi, gagné par la sincérité contagieuse de l’auteur, j’avouerai que j’ai envié l’étendue de son registre dans cette matière où j’avais la prétention de n’avoir pas grand chose à apprendre. Je m’en suis consolé en constatant que nous étions finalement d’accord. Après avoir démoli la méthode historique banale, mais encore si répandue, Rassinier opte pour celle qui se place “au-dessus de l’Histoire entendue comme une chronologie, une nomenclature ou une fresque”, et qui “choisit les phénomènes de notre temps qui ont été de tous les temps (et qui) les étudie en les replaçant successivement dans tous leurs contextes historiques”.

Rassinier termine ce travail d’exposition, qui donne tout son sens à l’ouvrage, en indiquant le point d’application de la méthode qui s’est imposée à lui: “le système monétaire dans ses rapports avec la production, la circulation et la consommation des richesses créées par le travail des hommes; le budget des sociétés étatisées; la question des populations”. Et il souligne que ces problèmes ont été choisis, non à titre d’exemples parmi d’autres, mais “parce qu’ils rassemblent dans leurs données la presque totalité des dispositions structurales dans le cadre desquelles les facteurs économiques et sociaux se conjuguent et synchronisent d’eux-mêmes un jeu de circonstances qui conduisent à la guerre avec un automatisme qui tient de la fatalité”.

Le Discours de la dernière chance est en quelque sorte une réponse, à la fois aux théories de Sartre et à celles de Raymond Aron, qui prétendent chacun se disputer l’opinion pour le compte respectif de chacun des deux grands blocs antagonistes. A la paix communiste et à la paix américaine, il oppose la paix tout court. Par voie de conséquence, il s’élève au-dessus des notions périmées de nation, de patrie, d’État ou de blocs d’États.

En outre, il tend à démontrer que la paix, si elle relève des impératifs d’un humanisme rajeuni sur le plan moral, n’est pas seulement un problème sentimental. Faisant une large part à l’aspect historique et philosophique de la question, l’auteur du Discours entre dans le détail de ses aspects économiques sociaux et même militants. Pour les mieux rendre sensibles, il articule entre aux les facteurs économiques dont le jeu, à l’écart de tout impératif moral, conduit fatalement à la guerre. Et cette synthèse de l’ensemble des facteurs de guerre, tentée pour la première fois, me paraît profondément originale et absolument remarquable.

Trois chapitres constituent un véritable cours d’économie politique dans un langage accessible, ce dont se soucient généralement assez peu les économistes distingués. Ils sont consacrés aux problèmes économiques selon l’orientation indiquée dans la première partie: une étude de notre système monétaire, une étude des problèmes dits de structure de la circulation des richesses, et une étude sur les possibilités des réformes de structure dans un sens rationnel.

La plupart des pacifistes, s’ils se dressent généreusement contre la guerre et ses horreurs avec une conviction qui force l’estime, méconnaissent généralement trop les problèmes matériels qui la rendent inévitable, et Dieu sait si on le leur a souvent reproché. Par exemple, en 1951, nous apprend Rassinier, le monde a produit 224.700.000.000 de kilos d’acier, soit, en moyenne, 100 kg d’acier par personne. Tout le monde est d’accord pour reconnaître qu’en aucune partie du globe, le consommateur moyen ne peut acheter 100 kg. d’acier. Alors, que faire de cet acier? Arrêter la production, c’est le chômage. Distribuer gratuitement sous forme de charrues et de casseroles, c’est la ruine des marchands d’acier. Il faut donc trouver un joint et, à ce stade de raisonnement, il y a toujours, quelque part sur la planète, un conflit à exploiter pour une raison ou une autre: on en profite, et c’est la guerre. L’acier est distribué sous forme d’armements, on peut continuer à en produire, les marchands les vendent aux États en lutte, ce qui sauve le profit, et les travailleurs les produisent contre la nourriture à la gamelle et les maigres allocations familiales, ce qui sauve la situation. Ainsi est résolu le problème de l’économie distributive, contre le visionnaire Jacques Duboin.

Par exemple encore, il est bien porté de se déclarer contre le réarmement allemand ou japonais, mais l’économie de ces deux pays étant allégée des charges militaires, ils peuvent produire des textiles, des objets manufacturés en fer ou en acier à des prix qui sont de 50% inférieurs à ceux des Anglais; des montres et des bicyclettes à vendre au kilo, etc. L’Angleterre, la France, les Etats-Unis, ainsi concurrencés, ne pensent pas qu’en désarmant à leur tour ils se trouveraient placés dans les mêmes conditions de production que l’Allemagne et le Japon, car de quoi vivraient leurs marchands d’acier? Alors, surgit à point le conflit Est-Ouest qui exige le réarmement de l’Allemagne.

Par exemple, enfin – car on ne peut tout citer – le slogan qui semble avoir la faveur de l’opinion, c’est “exporter ou mourir”. Mais exporter où? Les deux guerres ont renversé la conjoncture mondiale par l’accession des États-Unis sur le marché et une redistribution complète des zones dites d’influence. Et les progrès techniques font que, dans toutes ces zones, on se suffit à soi-même, ce qui signifie qu’en aucun État on n’a besoin d’acheter quoi que ce soit. Pour qu’on puisse vendre, il faut que quelqu’un achète et on ne peut rien vendre, par conséquent rien exporter si personne n’a rien à acheter. Il y a bien des pays sous-développés mais ils sont dans une zone d’influence économique ou dans l’autre. Le problème est donc sans issue sur le plan de la concurrence, et toutes les spéculations sur la productivité pour abaisser les prix de revient sont sans objet. A aucun prix, les Etats-Unis et leurs dépendants économiques ne nous achèteront du blé, des frigidaires, des textiles, etc., car ils ne savent déjà que faire des leurs!

Pourtant, dans chaque pays qui prétend exporter, des masses humaines vivent à un niveau très au-dessous de leurs besoins. D’où la nécessité d’envisager l’écoulement de la production sur le marché intérieur, d’où la nécessité d’augmenter le pouvoir d’achat des classes déshéritées, d’où celle d’amenuiser le profit ou de le supprimer, d’où enfin l’impérieuse nécessité de procéder à une refonte complète des structures, seul moyen de rendre inutile la lutte pour la conquête des marchés extérieurs qui est, à notre époque, la seule raison de la guerre, selon Rassinier.

L’auteur conclut donc, en premier lieu, à la refonte complète du système de distribution et les réformes de ce genre se développant en chaîne, à celle de notre système monétaire universel, à celle de l’État conformément aux principes exposés dans le dernier numéro de Défense de l’Homme par Alexandre Breffort.

On voit l’ampleur du problème posé par cet ouvrage en prenant la paix comme point de départ.

Si l’on interroge ensuite l’auteur sur le gigantesque conflit en perspective, il se livre à une rigoureuse analyse des éléments qui le conditionnent. On y voit alors un monde déchiré par des contradictions internes qui ne sont pas seulement celles du système capitaliste, suivant l’acception marxiste, mais qui ressortissent à une espèce de loufoquerie dont Rassinier donne de savoureux exemples dans un “sottisier” qui laisse l’esprit confondu. En face le gigantesque conflit qui dresse les deux blocs dans une guerre soi-disant froide, Rassinier examine les différentes possibilités d’évolution. Dans n’importe quel cas, c’est la guerre, et c’est l’invasion de l’Europe occidentale destinée à être la Corée du monde, occupée, libérée, conquise, reconquise, ruinée…

On comprend donc l’appel aux forces vives de l’humanité, qui termine l’ouvrage, au rassemblement des bonnes volontés dans le but de réviser toutes les valeurs, de prendre déjà conscience des vrais problèmes de notre temps. Car Rassinier sait bien que ces problèmes, dont il vient de démonter si magistralement les rouages économiques, débordent l’économie. En parodiant la phrase célèbre, on peut dire: “Faites-nous un bon humanisme, et une bonne économie se fera d’elle-même”, tant il est vrai que le principal problème posé à l’homme est l’homme lui-même. Mais ceci est une autre histoire, et Rassinier, en voulant limiter son propos, au moins provisoirement, s’est attaché dans son ouvrage au primum vivere.

Quel peut être le retentissement et l’influence d’un ouvrage aussi remarquable? Je me suis posé la question en m’imposant cette rigueur qui caractérise la démarche intellectuelle de Rassinier, car j’ai trop vite tendance, actuellement, aux conclusions pessimistes. Finalement, si Leval a raison dans son excellent article “La lettre morte ou l’esprit vivant”. Si une véritable élite (c’est-à-dire agissante en même temps qu’intelligente) existe encore au sein du mouvement libertaire, Rassinier lui offre une synthèse d’une importance considérable, adaptée aux grands problèmes de notre époque, et susceptible de convaincre des hommes qui refusent actuellement de jouer la politique du pire sans en avoir pour autant, jusqu’ici, découvert une autre. C’est en cela que le titre de l’ouvrage me semble parfaitement justifié.

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