DDH-71-74

INDEX

Défense de l’Homme, numéro 71, septembre 1954, p. 9-1

L’Actualité politique

L’EXERCICE DU POUVOIR

 

par Paul Rassinier

*******

C‘est entendu : M. Mendès-France est le meilleur des chefs de gouvernement que la France ait connus depuis la fin de la guerre. Il est aussi le plus intelligent et même, si on le veut à tout prix, le seul qui soit : je ne suis pas contrariant.

Et puis après ?

L’Histoire ne manque pas de chefs de gouvernements qui, au moins dans leurs débuts, ont été considérés comme meilleurs que leurs prédécesseurs et soutenus par la sympathie, voire l’enthousiasme populaires. Le Léon Blum de 1936 était bien meilleur que Laval, Tardieu ou Daladier : en 1938, on considéra cependant généralement que Daladier prenant le train pour Munich était meilleur que Léon Blum, lequel n’y serait sans doute pas allé. Daladier ayant déclaré la guerre à l’Allemagne le 1er septembre 1939, Pétain qui l’arrêta en 1940, fut à son tour considéré comme meilleur que lui et que tous ceux qui la voulaient continuer : on sait son comportement ultérieur. Après quelques années d’occupation, dans l’ordre du meilleur, la vedette était tenue par de Gaulle qui fut, à la libération, porté au pouvoir dans un enthousiasme populaire soutenu voire excité par les meilleures plumes. Il me souvient d’avoir écrit, aux environs de juin 1945, un article intitulé ” Comment en un plomb vil l’or pur s’est-il changé ? ” et qui tendait à modérer cet enthousiasme : j’ai reçu de gens qui pensent aujourd’hui comme moi, un nombre considérable de lettres qui allaient de la protestation à l’injure…

Tout ceci pour dire que les hommes de gouvernement, les meilleurs comme les pires, — devenant souvent les pires au hasard des circonstances — passent et que le gouvernement reste.

Dans une situation ainsi définie, si l’homme et particulièrement le travailleur dont la vocation historique semble d’être gouverné, avouant son impuissance à apporter quelque modification que ce soit à l’ordre des choses, préfère un gouvernement meilleur à un gouvernement pire, Mendès-France à Bidault ou Laniel, un bon patron à un mauvais ou vivre sous le régime de l’Ouest plutôt que sous celui de l’Est, je le comprends d’autant mieux que c’est mon cas personnel. Mais comme je regrette cet aveu d’impuissance que je fais avec lui !

En privé, Charles Rappoport, que j’ai bien connu, déchaînait les rires en nazillant avec humour que le meilleur des régimes étant celui dans lequel on recevait le moins de coups de bâton, il s’était mis à sa recherche et avait quitté la Russie où on en recevait beaucoup pour l’Europe centrale où on en recevait moins, puis pour l’Allemagne où on n’en recevait presque pas et enfin pour la France où il se fixa définitivement parce qu’on en recevait moins encore.

Charles Rappoport avait raison : entre deux ou plusieurs maux, il faut toujours choisir le moindre, j’en suis bien d’accord et si c’est dans ce sens que l’entendent ceux qui voient en M. Mendès-France le meilleur des chefs de gouvernement que la France ait connus depuis la fin de la guerre, ils ont ma bénédiction. Si je les mets en garde contre un excès de confiance ou d’enthousiasme, c’est une simple réminiscence historique : Brutus ne cessa de surveiller César qu’il avait contribué à porter au pouvoir et même, il fut amené à l’assassiner…

Sur l’intelligence d’un chef de gouvernement et de M. Mendès-France en particulier, je ne suis pas compétent : l’intelligence d’un homme politique se mesure généralement à sa capacité d’utilisation des circonstances. Il est de fait que, jusqu’ici, M. Mendès-France les a excellemment utilisées pour rester au pouvoir tout en ménageant le sentiment populaire. C’est donc incontestablement un homme intelligent. Il reste seulement à savoir si l’intelligence d’un homme politique est un article sur lequel on puisse faire fonds. Aujourd’hui encore, les philosophes s’inclinent bien bas devant celle de Platon dont la République n’était pas autre chose que celle de… Staline-Malenkow !

De toute manière, on conviendra — aisément, je suppose — qu’il n’était pas très difficile à M. Mendès-France de paraître à la fois meilleur et plus intelligent que des Pinay, des Pleven, des René Mayer, des Queuille ou des Laniel, lesquels figuraient déjà au palmarès des médiocres sous la 3e République. Dans le royaume des aveugles, les borgnes sont rois et le mouvement ouvrier souffre visiblement d’une tendance un peu trop marquée à comparer les borgnes entre eux ou avec les aveugles seulement.

Cette méthode conduit à s’emprisonner dans le monde réel, à peu près exclusivement fait de borgnes et d’aveugles, à composer avec lui, à rechercher dans son sein des aménagements d’ordre individuel surtout, et à renoncer progressivement à l’idéal. Elle est aussi néfaste que la méthode inverse qui consiste à raisonner en fonction de l’idéal sans tenir compte du réel et qui conduit à l’intransigeance voire au sectarisme. Dans cet ordre d’idées, Jaurès a formulé en termes clairs une règle qui a gardé toute sa valeur : aller à l’idéal et comprendre le réel, c’est-à-dire aligner son comportement et ses jugements non pas sur des comparaisons des choses du réel entre elles, mais de ces choses avec l’idéal, — de ce qui est avec ce qui devrait être.

Surveiller M. Mendès-France au pouvoir avec les yeux que Brutus avait pour César.

Car c’est tout le problème du pouvoir, de sa prise et de son exercice, qui est posé à travers sa personne — de ce pouvoir qui fait ce qu’il veut des hommes les meilleurs, les plus intelligents et les plus sincères à partir du moment où il les a séduits.

Comme au temps de César ou peu s’en faut.

Or, il semble bien déjà…

Ceci dit, bien plutôt pour dissiper certains malentendus possibles sur mes prises de position personnelles que pour alimenter ou tenter de ressusciter sur le moindre mal un débat qui me paraît épuisé depuis fort longtemps, passons aux choses sérieuses, c’est-à-dire au point où nous en sommes au seuil de cet hiver et, M. Mendès-France régnant, aux perspectives qui s’ouvrent devant nous.

 

Sur le plan intérieur

 

Le meilleur des chefs de gouvernement possibles serait celui qui décréterait la suppression du profit en matière économique et l’attribution à chaque travailleur du produit intégral de son travail. Il serait aussi le plus intelligent possible car, rétablissant du même coup un équilibre approximatif entre la production et la consommation, il écarterait à la fois les risques de troubles intérieurs dans un pays où les classes se trouveraient abolies et, pour ce pays au moins, la nécessité d’entrer en compétition sur le plan extérieur pour l’écoulement des produits excédant le volume de la consommation intérieure, c’est-à-dire la guerre. Les besoins de la consommation intérieure étant satisfaits, le volume de ces produits excédentaires serait considérablement réduit : il se limiterait à quelques secteurs dans le domaine agricole et il serait suffisant pour se procurer ce que le sol national ne produit pas, notamment le pétrole et ses dérivés à propos desquels il serait facile de trouver un mode pacifique d’échange avec le Moyen-Orient, l’Amérique centrale ou l’Amérique du sud.

Les mesures à prendre pour obtenir ce résultat sont relativement peu nombreuses. Le profit peut être considéré comme étant composé de deux parties essentielles : le profit proprement dit prélevé directement sur le travail par le patronat et l’impôt prélevé principalement sur les prix à la consommation pour faire vivre l’appareil d’État qui assure et garantit le bon fonctionnement du système. On voit par là que, dans ses deux formes, le profit est, directement ou indirectement, entièrement payé par ceux qui travaillent, même s’il s’agit de cet impôt proportionnel à l’importance du privilège qu’on appelle l’impôt sur le revenu et qui est en voie de disparition précisément pour exonérer au maximum le privilège.

Je ne suis point assez ingénu ou assez sot pour croire qu’un Président du Conseil qui priverait ainsi, sans espoir de retour, les classes dirigeantes de leurs moyens d’existence, ouvrirait de telles possibilités à la décentralisation du pouvoir et, par voie de conséquence, orienterait l’évolution sociale vers un système fédéraliste de type Proudhon, est pensable : sous ses dehors démocratiques et égalitaires — verbalement ! — le régime est protégé contre une telle aventure jusque par son système électoral.

Il ne manque certes pas d’hommes politiques qui réussissent à se donner les allures de ce Président du Conseil impensable et qui, parfois, les ont sans arrière-pensées : M. Mendès-France est de ceux-là. Millerand, Briand, Viviani — j’en passe et non des moindres — en étaient eux aussi : inattaquables tant qu’ils ont consenti à rester dans l’opposition, ils sont sans exception devenus insoutenables à partir du moment où ils ont accepté d’exercer tout ou partie du pouvoir.

M. Mendès-France veut refaire leur expérience.

En mieux ? Ce qu’il disait dans l’opposition et particulièrement depuis 1952, les résultats qu’il a obtenus dès son accession à la présidence du gouvernement et notamment la fin de la guerre d’Indochine à l’extérieur, ont permis de l’espérer.

Il était alors question de la transformation des structures dans le sens d’une meilleure répartition du revenu national et de l’orientation de la production dans le sens de la paix.

Maintenant, il n’est plus question que de la reconversion de l’économie dans le sens de la rentabilité.

Je repose donc ma question : comment en un plomb vil l’or pur s’est-il changé ?

J’ai, moi aussi, considérablement remanié et atténué dans leur intransigeance, les jugements de ma jeunesse. Je sais que les transformations de l’ordre de celles qui sont nécessaires ne se feront pas comme sous l’effet d’un coup de baguette magique, et qu’elles seront la conséquence non pas d’une seule mesure qui serait radicale et décisive, mais de tout un ensemble de mesures, chacune n’apportant qu’une légère modification aux structures mais dont les effets conjugués ou additionnés seront la transformation totale. Ayant depuis fort longtemps abandonné la politique du tout ou rien, je serais reconnaissant au chef de gouvernement qui prendrait la première, fût-elle des plus minces, et ne serait-ce que, non pas la suppression mais la réduction des impôts indirects, persuadé que dès lors, rien ne pourrait empêcher les autres de se produire en chaîne, la nation étant préservée de la guerre. J’étais prêt à accorder à M. Mendès-France le préjugé favorable qu’après l’issue heureuse du conflit indochinois, dans les milieux populaires, à peu près personne ne lui refusait.

Depuis la publication de son plan de redressement économique, l’opinion est partagée : les uns me disent qu’il n’a pas voulu, les autres qu’il n’a pas pu.

Qu’on se souvienne… Il avait fait publier à son de trompe que son ministre de l’Éducation nationale serait le laïc Billières : on lui a imposé M. Berthoin, beaucoup moins dangereux pour l’Église et, de bon ou de mauvais gré, il a accepté. Il avait également l’intention de prendre M. Mitterand comme ministre des Colonies : on lui a imposé M. Christian Fouchet beaucoup plus nuancé et, que ce soit là encore de bon ou de mauvais gré, il a accepté. Comme ministre des Finances et des Affaires économiques, il a encore dû accepter M. Edgar Faure dont la doctrine est exactement le contre-pied de la sienne.

Car telles étaient les exigences du pouvoir.

Il eût pu refuser, bien sûr, mais alors, c’était le pouvoir qu’il refusait.

Or, le pouvoir il voulait le garder et tant de gens souhaitaient de très bonne foi qu’il le gardât que ces petites concessions dans le choix de ses collaborateurs passèrent à peu près inaperçues.

Après les concessions sur les hommes d’autres se sont à leur tour imposées sur les idées et c’est ainsi que la transformation des structures dans le sens d’une meilleure répartition du revenu national qui était le thème favori de l’opposant Mendès-France est devenue la reconversion de l’économie dans le sens de la rentabilité, c’est-à-dire une traite tirée sur les nuages [ note 1 : Voir dernier numéro. ] du même devenu Président du Conseil.

To be or not to be.

C’est humain mais c’est tout de même une autre histoire.

 

Sur le plan extérieur

 

La paix a été ramenée en Indochine. Par surprise plutôt que par calcul. Avec le recul du temps, on a un peu l’impression qu’elle a été cueillie par M. Mendès-France comme un fruit mûr et qu’il s’agit d’une de ces décisions comme il y en a parfois, même dans la carrière des hommes d’État réputés mauvais et qui vont dans le sens des voeux populaires parce que les circonstances les y poussent : ainsi Daladier partit à Munich, ainsi Pétain signa l’armistice… Quoi qu’il en soit, elle est là et elle est heureuse. On aurait cependant tort d’oublier qu’elle a été obtenue par un abandon à terme de toute l’Indochine et qu’étant donné le partage du pays en deux zones par un parallèle, des incidents peuvent survenir qui seraient de nature à inciter le gouvernement qui prendra la suite de M. Mendès-France — ou même celui de M. Mendès-France, qui sait — à manquer à la parole donnée. Une dernière et toute petite question maintenant : j’ai lu quelque part que la fin du conflit indochinois se traduisait par une économie de 4 à 500 millions de francs par jour (?) pour les finances publiques et je n’ai pas entendu dire que cette économie avait provoqué un allègement correspondant en matière d’impôts. Sans doute en est-il d’elle comme de l’abaissement du prix du blé qui n’a pas été suivi d’un abaissement correspondant du prix du pain…

Dans le domaine colonial, il y a encore l’affaire tunisienne où la discusssion a pris un tour beaucoup moins spectaculaire et beaucoup plus réservé que pendant les premiers jours du règne de M. Mendès-France et l’affaire marocaine à propos de laquelle le Président du Conseil semble avoir mis passablement de l’eau dans son vin.

Enfin, il y a la fantasmagorie de la C.E.D.

Tout le monde est depuis fort longtemps d’accord pour convenir que les oppositions cruciales d’intérêts entre les États ou groupes d’États se situent, depuis la dernière guerre mondiale, non plus entre la France et l’Allemagne, le continent et l’Angleterre, les Occidentaux et les Russes, mais entre les Russes et les Américains, les deux colosses que cette dernière guerre a mis face à face. Toutefois, cela, on le sent confusément et intuitivement beaucoup plus qu’on ne le réalise par les voies du raisonnement et de la prise de conscience : le nombre des gens qui sont fixés sur la nature exacte de ces oppositions cruciales d’intérêts est, par exemple, très limité.

Il y aura bientôt quatre ans, à l’occasion d’un commentaire de la guerre de Corée, j’écrivais en substance dans cette revue que le risque le plus grave d’un prochain conflit mondial était constitué par l’Asie bêtement perdue comme client par Roosevelt au prix de la guerre en Europe, c‘est-à-dire au prix fort pour le monde entier et que, de par sa situation géographique et son extraordinaire potentiel industriel, l’Amérique ne pouvait manquer d’être tentée de la reconquérir. J’ajoutais que la supériorité de la diplomatie soviétique sur toutes les autres et particulièrement sur celles de l’Europe occidentale était d’avoir décelé le danger presqu’avant la lettre et orienté ses efforts vers des conversations à deux avec l’Amérique en vue d’un éventuel partage du monde. On n’y prit pas garde et, au début de cette année, cette idée qui n’a cessé d’inspirer à peu près tous mes articles, m’a valu avec Roger Hagnauer qui la récusait, une controverse dont peut-être le lecteur se souvient.

Aujourd’hui les faits sont là : de l’aveu d’un peu tout le monde, le centre de gravité de la guerre possible est nettement localisé en Asie. La C.E.D. apparait clairement comme n’étant plus qu’une tentative des Américains de créer, en cas de conflit entre eux et l’U.R.S.S. un second front de puissances non intéressées à l’affaire et qui prendrait à revers leur ennemi juré.

C’est, à l’échelle du monde, l’histoire de la guerre de 1939 qui recommence et, de la même façon que jadis avec l’Allemagne, il faut, en cas de conflit avec la Russie, placer l’ennemi dans l’obligation de se battre sur deux fronts.

En France, les gouvernements qui ont précédé celui de M. Mendès-France, ont d’enthousiasme accepté cette doctrine dont la guerre d’Indochine avait fini par être une simple application.

Le mérite de M. Mendès-France dans l’opposition est d’avoir annoncé qu’il romprait avec le cercle infernal, — le mérite ou le calcul. Au gouvernement sa chance est, comme donnant un commencement de preuve qu’il tiendrait ses promesses, d’avoir pu ramener la paix en Indochine.

Il n’est pas possible de ne pas noter que, dans la suite, lorsque le projet de C.E.D. vint en discussion devant le Parlement :

1· il se déclara pour un projet auquel il n’apportait que quelques modifications de détail non susceptibles de le dépouiller de son caractère dangereux ;

2· il refusa de prendre position soit pour soit contre le projet non amendé parce que, dans l’un et l’autre cas, il eût suffi de ce simple geste, aussi bien pour que contre, pour que son gouvernement fût mis en minorité devant l’Assemblée nationale.

Aujourd’hui 15 septembre, il n’est pas possible de se prononcer sur l’attitude qu’il adoptera dans les conversations en cours provoquées par les Anglo-Américains dans le dessein de reprendre à une plus grande échelle le projet de C.E.D. dans une forme aussi proche que possible de l’original. On peut seulement déduire de ses propres déclarations qu’il se montre déjà moins ferme et moins intransigeant qu’à Bruxelles où il s’était déjà montré beaucoup plus souple qu’à Genève.

En attendant, son gouvernement était représenté à la conférence de défense du Sud-Est asiatique qui se tint à Manille et M. Guy La Chambre y multiplia les assurances aux Américains.

La politique de bascule ? Accusé d’avoir joué la carte russe à Genève, et d’avoir troqué la paix en Indochine contre la C.E.D., M. Mendès-France espère-t-il se maintenir au pouvoir en jouant, tout en s’en défendant, la carte américaine à Manille ou ailleurs ?

Ce sont là des situations de danseur de corde auxquelles sont généralement condamnés les chefs de gouvernement lorsqu’ils le veulent rester.

L’expérience prouve que la plupart s’en sont accommodés.

Si M. Mendès-France fait exception à la règle, je serai des premiers à souligner la pertinence des propos qu’il tenait dans l’opposition.

Je demande seulement au lecteur qui me trouverait ou trop sévère ou trop méticuleux voire trop pointilleux dans l’analyse de sa politique, la permission de continuer à penser que les faits, aussi bien en politique intérieure (Plan de redressement économique) qu’en politique extérieure (attitude d’expectative sur la C.E.D., conférence de Manille) définissent jusqu’ici une évolution qui incite à la méfiance.

Chat échaudé craint l’eau froide !

Et ne juge que sur pièces.

 

++++++++++++++++++++++++++

Défense de l’Homme, numéro 71, septembre 1954, p. 9-13.

 

 

 

//////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////

 

TOUT RENTRE DANS “L’ORDRE”

par Paul Rassinier

**********************************


Défense de l’Homme, numéro 72, avril 1954, p. 7-10 et 10-12.

 

Le lecteur de ” Défense de l’Homme ” a maintenant sûrement compris qu’il n’y avait plus, qu’il ne pouvait plus y avoir d’expérience Mendès-France. En moins de quatre mois d’exercice du pouvoir, l’homme s’est vidé de sa substance et, comme la Nature a horreur du vide, progressivement empli d’une autre, faite de tout ce qui était commun à tous ses prédécesseurs à la présidence du Conseil. Son nom n’est plus qu’une étiquette et si cette étiquette a encore sur celles qui ont tour à tour porté ceux de Pinay, de Laniel, de Bidault, etc… l’avantage d’avoir été dorée dans l’opposition, à quelques imperceptibles nuances près, la politique qu’elle désigne est la même sur tous les plans.

A l’extérieur, nous n’avons pas la C.E.D., c’est vrai. A ceux qui ont fait à M. Mendès-France un titre de gloire d’avoir fait échouer ce projet, je veux seulement dire que nous avons quelque chose de pire et que, sans entrer dans le détail de ce qui a été décidé à la conférence de Londres, les coups de clairons du président Eisenhower sur l’unité enfin retrouvée du monde occidental, suffisent à le prouver. Par surcroît, je connais des anticédistes toujours à la recherche du moindre mal qui se demandent avec angoisse s’ils n’eussent pas mieux fait d’être cédistes et s’il n’y a pas lieu de le devenir de toute urgence… L’accord s’est en effet réalisé à Londres, non pas sur la voie qui conduit au désarmement mais sur celle qui conduit au réarmement à partir de celui de l’Allemagne. Et il est garanti dans ses termes par l’Angleterre qui l’a signé alors qu’elle se tenait à l’écart de la C.E.D. De l’épreuve de la C.E.D. le monde occidental sort plus uni et à une plus grande échelle qu’il ne l’était avant le débat et là est le danger. En définitive, M. Mendès-France, qui a si bien réussi à faire accroire qu’il se battait sur le fond ne se battait que sur la forme et, en admettant qu’il ait agi en pleine conscience de ce qu’il faisait, s’il a réussi à prouver quelque chose, c’est que de deux formes d’organisation de l’Europe occidentale, d’inspiration également belliciste, il a préféré la pire.

Libre à qui voudra de s’en féliciter : très peu pour moi.

Si encore on pouvait mettre quelque chose à son actif dans le domaine de la politique intérieure, peut-être pourrait-on espérer que ce qui a été compromis d’un côté est largement compensé par ce qui a été gagné de l’autre et qui ne peut manquer de ramener un heureux et, à la longue, favorable équilibre. Mais le malheur veut que la politique intérieure d’un gouvernement soit la conséquence de sa politique extérieure et qu’à partir du moment où un gouvernement accepte de s’associer à d’autres dans un dispositif de guerre il ne lui soit plus possible de faire le moindre pas dans le sens du progrès en matière économique et sociale. Les deux choses sont incompatibles et ne peuvent aller de pair : il va de soi que tout est toujours subordonné aux besoins incommensurables du dispositif de guerre.

 

Adieu donc aux réformes de structures.

J’ai déjà montré comment M. Mendès-France était passé de “la répartition plus équitable du revenu national” à la “transformation de l’économie dans le sens de la rentabilité”.
Le Conseil des ministres qui s’est tenu aux environs du 28 septembre est venu à point mettre en évidence à nos yeux les exigences de la “rentabilité” recherchée : on arrachera des vignes et des pommiers pour que les entreprises du secteur de l’alcool soient non pas rentables, mais moins déficitaires. Pour que les gros minotiers puissent continuer à exploiter leurs sinécures en toute tranquillité, c’est-à-dire pour que le prix du blé ne baisse pas trop, on en dénaturera le plus possible et on le fera manger par les cochons. Et pour que les gros du secteur industriel ne soient pas trop jaloux de ceux du secteur agricole, on leur fera aussi quelques menues faveurs par l’intermédiaire des acheteurs comme dans le cas des fabricants de tracteurs.

Résultat : à l’annonce de ce mirifique programme, ceux qui détiennent les moyens de production et d’échange ont pris par avance leurs précautions et, en septembre, tandis que les prix de gros baissaient de 0.9 %, les prix de détail augmentaient de 0.6 % à la consommation familiale.

Mise en application de la taxe à la valeur ajoutée ( cette augmentation des impôts indirects qui n’ose pas dire son nom ), approche de l’hiver, etc…, disent les uns. Je sais bien que ces facteurs ne sont pas étrangers au phénomène, mais il n’empêche que tout se passe comme sous un vulgaire Laniel et que c’est toujours le consommateur qui paie les ” politesses ” faites aux spadassins de l’industrie et de la finance par le gouvernement.

En l’occurrence, d’ailleurs, rien n’est plus clair.

Dans le cas des pommes, par exemple, le problème se posait ainsi : la récolte de 1954 atteint 30 millions de quintaux, soit 3/4 de quintal par tête de Français. Or, trois têtes de Français sur cinq n’ont pas les moyens de s’offrir 3/4 de quintal de pommes par an et les deux autres se satisfont de beaucoup moins, car le Français n’est pas mangeur de fruits. Il était cependant possible d’encourager la consommation de pommes et d’investir, au profit de ceux qui n’ont pas les moyens d’en manger leur content, les sommes qui seront consacrées à l’arrachage des pommiers. Ce remède n’avait certes rien de révolutionnaire en ce sens qu’il n’entraînait, au préalable, aucune réforme dans la structure du système de distribution. Il était seulement plus humanitaire : tout au plus eût-il été une cause de perturbation dans les prix à la production, ce par quoi il avait contre lui tous les détaillants en fruits et légumes qui ont besoin de prix très bas à la production. Et un manque à gagner certain pour les distillateurs dont les subventions qu’ils perçoivent de l’État, par un ingénieux système, sont fonction des quantités de pommes qu’ils distillent. Ils en distilleront le plus possible, donc. Mais comme malgré tout, ils ne pourront pas distiller plus de la moitié de l’extraordinaire récolte de 1954, le reste, qui ne peut être acheté par les consommateurs aux prix imposés par les distributeurs ( faute d’argent ! ) pourrira sous les pommiers.
Et pour que le phénomène ne se reproduise pas l’an prochain, on arrachera les pommiers contre subvention de l’État. Si, l’année prochaine, il y a pénurie de pommes pour une raison ou pour une autre et ne serait-ce que parce que les intempéries en seraient la cause, on aura oublié qu’un mauvais plaisant a payé pour faire arracher les pommiers et un autre mauvais plaisant pourra décider de payer aussi pour les replanter. Ne riez pas, ça s’est vu : l’abondance des pommes en 1954 est le résultat d’une propagande gouvernementale très coûteuse mais extrèmement bien menée depuis dix ans dans tout le pays.

Ça s’est vu aussi pour la vigne : sous l’occupation, Pétain fit, à grands coups d’indemnités d’Etat, replanter des vignes que, dans les années 30-35 Tardieu avait fait arracher au même prix et qu’à nouveau Mendès-France fait arracher… Là encore, il était possible d’investir le coût de l’arrachage dans une entreprise destinée à favoriser la consommation du raisin dont le bon sens indique qu’il est criminel de le distiller. Mais là encore, et pour les mêmes raisons que dans le cas des pommes, ni les distillateurs ni les détaillants de fruits et légumes ne l’ont voulu. Et Mendès-France, lui, n’a pas voulu leur faire de peine.

On le comprend d’autant moins qu’apparemment M. Mendès-France a esquissé une solution de bon sens dans l’affaire du lait. Car de notre production record de 170 millions d’hectolitres — 4 hectolitres par an, plus d’un litre par jour et par personne ! — le gouvernement ne sait non plus que faire. Il y a bien un peu partout des sociétés dites régularisatrices du marché du lait, du type ” France-lait “, qui ont mission d’absorber les trop pleins et de les transformer en une infinité de produits et jusqu’à de la nourriture pour le bétail en mélangeant judicieusement la farine et le lait : mais elles n’arrivent pas à endiguer ce fleuve de lait menacé de baisse dans le secteur des prix. On n’a pas osé proposer des indemnisations aux paysans qui tueraient leurs vaches comme à ceux qui arracheraient leurs pommiers ou aux vignerons qui arracheraient leurs vignes : parce que, une fois tuées, les vaches sont de la viande de boucherie et que toute tentative de dérivation du fleuve de lait vers les abattoirs se fût heurté à l’hostilité des chevillards et des bouchers, because les prix de la viande, — les prix, toujours les prix ! — qui eussent été menacés d’une baisse sérieuse. ( Par quoi on voit que l’abattage des vaches était beaucoup plus gros de conséquences que celui des pommiers ou que l’arrachage des vignes ).

La distribution gratuite de lait sucré aux enfants des écoles dont les parents se voient périodiquement refuser des salaires assez décents pour leur permettre d’en acheter en suffisance est donc la solution de moindre mal — pour les privilégiés ! — à laquelle s’est arrêtée M. Mendès-France.

Sa mise en application fera même d’une pierre trois coups, — théoriquement tout au moins : elle décongestionnera en sus le marché du sucre et celui de l’alcool. Car on pourra ainsi soustraire à la distillation une quantité appréciable de betteraves qu’on acheminera vers les sucreries, étant entendu que l’association betteraviers-distillateurs-sucriers continuera de percevoir les mêmes subventions pompées sur les impôts indirects.

J’ai dit théoriquement parce que le prix de revient du sucre français baissera seulement de 2 francs par kilo, ce qui le ramènera aux environs de 70 francs le kilo, alors qu’en aucun autre pays du monde il ne dépasse 32 francs. Encore cette baisse n’est-elle obtenue que grâce à un abaissement de 200 francs par tonne que les distillateurs-sucriers-betteraviers ont accepté en échange de la promesse qu’il ne serait touché ni à leurs subventions ni aux principes fondamentaux sur lesquels repose leur association.

Ne disons cependant trop rien : on distribuera gratuitement du lait sucré aux enfants et si ce n’est un pas, c’est au moins le nez mis à la fenêtre dans la bonne direction. Regrettons seulement qu’on n’en distribue pas aussi aux vieillards, aux économiquement faibles et, d’une manière générale, à tous ceux qui n’ont pas les moyens d’en acheter autant qu’ils le voudraient. Regrettons aussi qu’on n’ait pas prévu de distribuer à tous ces gens des pommes, des raisins et… pourquoi pas, du pain ?

Car, avec les 115 millions de quintaux de blé que permet d’espérer la récolte de 1954 — 24 millions de quintaux de plus qu’en 1953 ! — nous sommes également aux prises avec un problème aussi ardu que celui du vin, de l’alcool, de la betterave, du sucre et du lait.

A propos des quelque 40 millions de quintaux de blé qu’il ne pourra vendre ni sur le marché extérieur parce qu’il est trop cher, ni sur le marché intérieur parce qu’il refuse à la classe ouvrière les moyens d’acheter du pain, on ne sait encore pas bien ce que le gouvernement décidera. Il est question de les dénaturer pour les rendre propres à la consommation du bétail, de préférence des cochons.

Ici, pas de problème : quand on aura tant de cochons qu’on ne les pourra plus vendre, on les tuera pour en faire de l’engrais que les paysans utiliseront pour faire pousser du blé qu’on dénaturera et qu’on donnera aux cochons…

Ne riez pas non plus : le système tient.

Et il est ” rentable “… pour les privilégiés.

Pour donner tout son sens à cette belle opération, on la fera, par tranches les dimanches après-midi, comme les représentations de cinéma des patronages, étant entendu que seront invités à y assister les millions de pauvres gens auxquels on refuse les moyens de manger à leur faim de ce pain qu’ils ont pourtant “semé”.

Je demande maintenant au lecteur de faire un effort de mémoire et de se demander si les choses se passaient très différemment sous Laniel ou Pinay. Très différemment, c’est-à-dire que cela va beaucoup mieux maintenant.

Il y a la guerre d’Indochine ? Oui bien sûr et elle sert encore de drapeau à M. Mendès-France qui l’exploite à fond pour faire “avaler” n’importe quoi à une opinion d’une crédulité trop souvent prise en défaut. Mais, à ce compte, Pétain et Thiers qui ont eux aussi ramené la paix à un peuple tout aussi criminellement jeté dans la guerre seraient également de grands hommes dont nous n’aurions qu’à nous louer.

Il y a le programme social ? Oui mais le remaniement des salaires — annoncé en même temps que la question de confiance, petit malin, va ! — est envisagé dans les mêmes formes que sous Laniel et Pinay : ne touchant ni au profit, ni aux structures, il ne peut manquer d’avoir les mêmes conséquences sur les impôts indirects.

La réalité c’est que, comme le disait Guesde avec lequel je suis pour une fois d’accord, il y a une certaine continuité dans la politique des gouvernements qui se succèdent au pouvoir, qu’ils soient de droite ou de gauche.

Et que, tout en se donnant l’air de vouloir rompre avec elle, tant sur le plan extérieur que sur le plan intérieur, M. Mendès-France s’est à son tour inscrit dans cette continuité.

OOOOOOOOOOOOOOOOOO

 

Notes économiques

REALITES A MEDITER

 

par Paul Rassinier

Crise ou pas crise ?

“Il ne semble pas que les États-Unis soient menacés d’une crise profonde comme celle de 1924 : nous sommes plutôt en présence d’une réadaptation de notre économie “, telle est la conclusion du rapport semestriel du président Eisenhower sur la situation économique, rendu public à Washington le 13 août dernier.

En suite de quoi, le rapport précise que :

1· Pendant le premier semestre de 1954, la production a fléchi de 2,7 % par rapport à la période correspondante de 1953 ;
2· La main- d’oeuvre a baissé ( autrement dit que le chômage a augmenté ! ) de 2,6 % ;
3· Les commandes du gouvernement ont baissé de 2 % en prix.

Par manière de consolation, il admet que ces chiffres traduisent une augmentation de la production nationale d’environ 4,4 % par rapport à 1952, le chômage étant toutefois plus important que pendant la guerre de Corée.

Un certain M. Istel, qui se dit économiste et qui suit, depuis plusieurs années, à New-York même, l’évolution de la situation américaine, commentant ce discours, trouve qu’il n’y a pas de sujet d’alarme et écrit :

Bien entendu, les perspectives économiques américaines seraient profondément modifiées par une forte aggravation ou une forte diminution de la tension internationale. Dans le cas où une véritable guerre — ou bien, éventualité encore plus improbable, une véritable paix [ note 1 : c’est nous qui soulignons ] — viendrait à éclater, toutes les conceptions seraient à réviser.

On se souvient que l’économiste australien Clarke avait prévu, pour mai 1954, une crise américaine de l’importance de celle de 1929. Cette crise ne s’est pas produite, du moins à la date prévue.

On fait remarquer que la préparation du formidable raid aero-naval, préparé par Eisenhower en accord avec M. Bidault [ note 2 : Dénoncé à la Tribune du Parlement français par M. Mendès-France, le 8 mai 1954 ] et amorcé en date du 28 avril, n’a pas peu contribuer à l’écarter momentanément.

Depuis, l’économie américaine est en récession et, le rapport du président Eisenhower, portant sur le premier semestre seulement, ne peut pas faire état de cette récession.

Attendons le rapport sur le second semestre. Et, s’il est caractérisé, non pas par ” la véritable paix ” que redoute M. Istel, mais par une diminution de la tension internationale…

Dès aujourd’hui, on peut déjà noter que le Département d’État ne fait pas grand’chose ( voir conférences de Manille et de Londres ) pour diminuer cette tension.

La production agricole mondiale

Il n’est pas que la France qui ait des difficultés avec sa production agricole.

Dans la première quinzaine d’août la F.A.O. ( Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture ), a publié son rapport annuel.

Ce rapport analyse la situation de la production pour les principaux produits :

BLE. — L’excédent de la production mondiale par rapport à la consommation a continué à se manifester, malgré la réduction des emblavures aux États-Unis et au Canada. Le commerce international du blé a subi un nouveau déclin ( 16 % de baisse par rapport à 1952-1953 ), du fait de l’augmentation de la production dans plusieurs pays importateurs. Les stocks mondiaux sont évalués à 49 millions de tonnes, dont 80 % en Argentine, au Canada, aux U.S.A. et en Australie.
RIZ. — La production a augmenté de 8 % par rapport à 1953, qui était déjà une année record.
SUCRE.- On prévoit un ralentissement de l’augmentation de la consommation.
CAOUTCHOUC. — Le rapport prévoir l’élimination des surplus au cours du prochain exercice, en dépit de la diminution des importations américaines et soviétiques.
FIBRES TEXTILES. — La production et la consommation sont restées stables. Les stocks de coton sont estimés à huit mois de consommation. La consommation de la laine a diminué de 3 %.

La F.A.O. est à la recherche de moyens susceptibles d’écouler tous ces ” surplus “.

Ils s’écouleront d’eux-mêmes le jour où ceux qui en ont besoin pourront les acheter — et il ne manque pas de gens qui en auraient besoin !

De toutes façons, la F.A.O. ne peut pas compter sur la France pour absorber les excédents de la production agricole mondiale !

Le charbon européen

Malgré les prix d’été consentis par les charbonnages, les stocks de houille ont atteint, le 15 août dernier, le niveau record de 14.882.000 tonnes, dans les six pays du ” pool “, soit 4 millions de plus que l’an dernier à pareille époque.

Depuis, ils n’ont pas baissé.

Pour la France et la Belgique, ils atteignent 10 millions de tonnes dont 7,5 pour la France seule.

La Commission économique des Nations Unies qui s’est penchée sur cette question estime que cet accroissement est dû à deux causes principales :

1· la concurrence croissante du Fuel-Oil ;
2· la récession de la siderurgie.

Ici, nous pensons que la cause par excellence est la récession de la siderurgie, laquelle est due à la diminution de la tension internationale particulièrement à la fin des guerres d’Indochine et de Corée. Car le secteur de la sidérurgie qui est en crise est plus particulièrement celui des industries de guerre.

Signalons seulement en passant que, malgré ceet accroissement des stocks, les six pays du “pool”, ont, pendant l’hiver 1953-54, acheté quand même 31 millions de tonnes de charbon aux États-Unis.

A leur décharge : la politique de M. Bidault, qu’ils croyaient irréversible, ne pouvait pas les inciter à prévoir une diminution de la tension internationale.

Autrement dit, pour les six pays du ” pool ” comme pour les États-Unis, le cher et dévôt ivrogne était la clef de voûte de la politique mondiale ( côté occidental ) de reprise économique.

Maintenant, c’est peut-être le buveur de lait Mendès-France.

La productivité

Dans l’avant-dernier numéro, je signalais un des aspects particuliers de la productivité en ce qui concerne les houillères du Nord et du Pas-de-Calais. La doctrine officielle veut que l’augmentation de la productivité fasse automatiquement baisser les prix. Or, d’après leur rapport de gestion pour l’exercice 1953, les Houillères du Nord et du Pas-de-Calais ont réussi, au cours de l’année, à faire passer le rendement de 1,227 à 1,277 kg. par mineur de fond et de 806 à 839 par employé “fond et jour ” ensemble ).

Or, ce résultat a été obtenu grâce à une baisse de volume de la production et au licenciement de 9.000 mineurs sur 144.700 [ note 1 : L’amélioration de la productivité s’est, phénomène inattendu, accompagnée d’une baisse de la production ! ]. Et le prix de revient du charbon a augmenté de 201 francs par tonne (!). Si le prix du charbon a un peu baissé au détail, c’est grâce aux subventions gouvernementales qui se répercutent sur les impôts de préférence indirects.
Depuis, un autre événement est venu infirmer encore la doctrine officielle de la productivité : les renseignements qui nous sont parvenus sur la situation économique allemande.

On a fait grand état des 10 % d’augmentation de la production industrielle allemande de 1951 à 1953 par l’amélioration de la productivité. Or ce résultat ayant été obtenu, les prix allemands ont, pendant la même période, augmenté de 12 à 14 % — nous dit Match du 14 août dernier, qui prétend avoir puisé ses renseignements aux sources officielles.

On attend qu’un économiste distingué nous explique ce mystère ou décortique le mythe de la productivité.

La guerre et les problèmes économiques

M. Mendès-France ayant pris le pouvoir le 30 juin, un ancien ministre de Laniel, le général Corniglion-Molinier, écrivait dans Paris-Presse des choses comme celles-ci qu’on m’excusera de mettre bout à bout :

Cette guerre, comme toute guerre moderne, a créé des courants d’échanges durables, alimenté les carnets de commandes de nombreuses industries ; la contribution en dollars qu’elle a provoquée a financé le déficit de notre balance des paiements. La poursuite du conflit entretiendrait une activité sans doute malsaine mais réelle. Son arrêt posera le même ordre de problèmes que l’abandon d’une drogue pour un intoxiqué

…………………………………..
Deux conflits mondiaux nous ont cependant appris à nous méfier des illusions que toute perspective de paix ne manque pas de susciter.
………………………………..
L’Indochine était devenue, grâce à la protection douanière et aux moyens de paiement que la guerre lui procurait, un de nos principaux clients.
…………………………………
Quoi qu’il en soit la cessation de la guerre d’Indochine sera un sérieux facteur de récession économique.

Il y avait d’autant plus de quoi faire dresser les cheveux sur la tête que les intentions du général étaient des intentions de général.

Cependant, tout n’était pas faux dans ces propos hallucinants.

Dans une intention exactement contraire, la minorité du Parti travailliste anglais vient de définir sa position sur le réarmement allemand au congrès du Labour, qui a tenu ses assises à Brighton, à la fin du mois de septembre.

Voici, d’après ce document qui porte les signatures d’Aneurin Bevan, Barbara Castle, Richard Crossman, Tom Driberg, Ian Mikardo, Harold Wilson, les sept conditions qui préludent à la solution du problème allemand :

1· L’Allemagne doit être unifiée avec des institutions libres et il faudra en persuader la Russie ;
2· Il sera impossible d’en persuader la Russie si la puissance militaire d’une Allemagne unifiée s’ajoute à celle des puissances atlantiques ;
3· On ne peut neutraliser l’Allemagne d’une manière permanente, ce qui serait incompatible avec sa souveraineté nationale ;
4· L’Allemagne ne saurait être exemptée du fardeau économique que représentent pour ses voisins les dépenses d’armement ; d’autre part l’armement d’une Allemagne unifiée ne doit pas dépasser le niveau au-delà duquel elle deviendrait l’arbitre de l’Europe ;
5· Il n’y a donc pas de solution au problème allemand avant qu’ait été amorcé un désarmement général et progressif ;
6· Le plan de désarmement devra éviter de créer une crise industrielle ou un chômage massif ;
7· Le réarmement limite actuellement les ressources disponibles en vue du relèvement des contrées sous-développées ; il faudra rendre ces ressources disponibles.

Il y a, évidemment, beaucoup à dire sur ces sept conditions. En particulier, je me méfie du point “7·” qui pourrait bien être conçu de telle sorte que, dans les échanges mondiaux, le profit des classes privilégiées fût, une fois de plus, sauvé.

Les points “5” et “6” sur lesquels je voulais seulement attirer l’attention du lecteur, rejoignent les préoccupations du général Corniglion-Molinier et les privent de leur sujet : posant en principe qu’il n’y a pas d’autre solution que le désarmement général au problème allemand, ils préviennent en même temps que le plan de désarmement général devra être mis en oeuvre de telle sorte qu’il n’en résulte pas “une crise industrielle ou un chômage massif ” c’est-à-dire la récession économique redoutée par le général Corniglion-Molinier à propos de la fin du conflit indochinois et qui se produit actuellement si on en croît les récents propos de M. Mendès-France à un journal américain.

C’est tout le problème de la transformation des structures dont la nécessité est ainsi proclamée, si on veut vraiment la paix.

Car le problème du désarmement général est inconcevable dans les structures actuelles lesquelles ne perdurent plus que par la politique des armements et la guerre — P.R.

OOOOOOOOOOOOOOOOO

 

A propos du ” Mensonge d’Ulysse “

 

Notre ami Paul Rassinier nous informe que, malgré la décision de justice qui frappe ce livre d’interdit, il est décidé à rééditer lui-même Le Mensonge d’Ulysse, si 700 camarades sont, au départ, intéressés par cette entreprise.
On sait qu’acquitté en correctionnelle, Rassinier a été condamné à 15 jours de prisons avec sursis, 100.000 francs d’amende et 800.000 francs de dommages et intérêts par la Cour d’Appel de Lyon et que l’affaire est en instance devant la Cour de Cassation.
Dans ces conditions, aucun éditeur ne veut risquer de se voir à nouveau traîner devant les tribunaux et le livre est introuvable.
Cette nouvelle édition comprendrait deux volumes, tous deux épuisés, en un seul,
Le Passage de la Ligne (ou l’expérience vécue par l’auteur ) et le Mensonge d’Ulysse proprement dit ( ou l’expérience telle que les autres prétendent l’avoir vécue ), le tout précédé d’une introduction inédite par laquelle l’auteur répond aux accusations portées contre lui dans la presse, à la barre des tribunaux et à la tribune de l’Assemblée nationale.
Réalisée dans ces conditions, elle prend le caractère d’un acte individuel de courage accompli par un homme qui maintient, contre un courant d’opinion et la décision d’un tribunal, un témoignage vécu, injustement, voire iniquement condamné.
Prix de l’exemplaire : 855 fr. port compris.
Retenez votre exemplaire chez l’auteur, 45, rue de Lyon, à Mâcon, mais n’envoyez l’argent que le jour où, si l’entreprise peut réussir, vous en serez individuellement prévenu.

++++++++++++++++++++++++++
Défense de l’Homme, numéro 72, avril 1954, p. 7-10 et 10-12.
A propos… p. 25.

 

 

///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////

 

Défense de l’Homme, numéro 74, décembre 1954.

L’actualité

EXPLICATION D’UNE POLITIQUE

 

par Paul Rassinier

 

Dans les milieux politiques et syndicaux qui se réclament encore de la classe ouvrière, l’accession au pouvoir de M. Mendès-France a faussé toutes les discussions.

La première raison en est que, même dans les plus claires, on a un peu trop perdu de vue un principe qui, au début de ce siècle semblait s’être dégagé d’une longue et douloureuse expérience, à savoir l’impossibilité absolue d’exercer le pouvoir conformément aux aspirations de la classe ouvrière sans rien changer dans la structure du régime.

La seconde, qu’on y est peu, pas ou mal informé.

Il en est d’autres : ces deux là sont essentielles en ce qu’elles trahissent, chez nous, un abaissement du niveau à la fois dans le domaine de la culture prolétarienne et dans celui de la connaissance.

C’est grave : l’abaissement du niveau de la connaissance conduit à l’abandon des principes qui l’accentue encore, et, à travers le goût du savoir, tue jusqu’à la simple curiosité.

Le cercle est vicieux et nous savons fort bien comment nous y sommes entrés : par la Révolution russe qui, après avoir semé la division dans nos rangs, a multiplié les sectes, donc les sources d’une information de plus en plus contradictoire et de plus en plus tendancieuse, et, probablement dans le dessein de sauver la face, ramené toutes les discussions idéologiques au niveau du mythe de l’unité d’action.

Résultat : personne ne se dérange plus pour ” agir “.

Et très peu de gens lisent autrement que d’un oeil distrait, les monceaux de papier imprimé qui arrivent à domicile, venant de toutes directions : on est à peu près assuré à l’avance que, d’où qu’il vienne, ce papier ne contient ni un conseil judicieux, ni une explication acceptable d’une situation à laquelle on ne voit aucune issue, et on ne se trompe guère.

L’accélération sans cesse croissante du rythme de la vie, le temps consacré à la recherche de ” la matérielle ” qui diminue chaque jour davantage celui de la réflexion, font le reste.

Ainsi s’explique qu’on ne voie plus venir les événements et qu’on ne les comprenne qu’après coup.

Ce fut le cas de l’expérience Mendès-France dont le sens et la portée ne commencèrent à se dégager aux yeux du plus grand nombre qu’après les décisions gouvernementales concernant les salaires ouvriers et les traitements des fonctionnaires. Les événements d’Afrique du Nord eux-mêmes n’intervinrent que pour corroborer une opinion déduite, non pas du raisonnement mais de l’effet produit par une politique dans le filet à provisions de la ménagère.

Aujourd’hui, on comprend aisément que M. Mendès-France n’a amélioré (sic) les conditions de vie de la classe ouvrière et augmenté les traitements des fonctionnaires que par des procédés rigoureusement semblables à ceux qu’avaient employés M. Laniel en février dernier pour les premiers et en juin pour les seconds.

On comprend aisément aussi que les réformes de structures promises se sont finalement résumées dans la modification de quelques articles de la Constitution dans le sens où M. Laniel et, avant lui M. Pinay, avaient demandé qu’ils le fussent.

On comprend enfin que les discussions parlementaires ont repris leurs train-train coutumier, en marge des réalités de la vie sociale.

Et on voit que M. Mendès-France s’en accommode fort bien.

***

 

Il y a une chose, cependant qu’on ne comprend encore pas bien : les événements d’Afrique du Nord.

Le bon peuple se rend bien compte que M. Mendès-France adopte ici une attitude très sensiblement différente de celle qu’il avait adoptée en Indochine et, soit qu’il ait espéré mieux, soit qu’il redoute de voir l’Afrique du Nord en venir au point de l’Indochine, n’en croit pas ses yeux.

C’est que le bon peuple ne sait pas. Comment, d’ailleurs, pourrait-il savoir ? La plupart de ceux qui l’endoctrinent ne savent pas eux-mêmes et ceux qui savent ne le lui ont jamais dit.

Pour bien comprendre ces événements, il faut, en effet, savoir que, depuis la fin de la dernière guerre, trois grands groupes financiers se livrent, dans l’arêne parlementaire, un combat sans merci :

1· L’Union des banques américaines, dont l’agent en Europe est M. Monnet, M. René Pleven qui débuta dans la carrière comme secrétaire de M. Monnet, étant son représentant au Parlement.

2· Les banques — européennes surtout — Rothschild dont le représentant au Parlement est M. René Mayer ;

3· Un groupe de banques plus particulièrement françaises ou dont les ramifications à l’étranger sont assez ténues, parmi lesquelles on relève les Gradis, les Servan-Schreiber — ces journalistes propriétaires de L’Express dont l’encrier est un coffre-fort — et, depuis peu, les Lazard. L’homme politique qui défend les intérêts de ce dernier groupe au Parlement est présentement M. Mendès-France agrégé à lui par des affinités avec les Servan-Schreiber, lesquels sont liés aux Gradis par un mariage (une fille d’Emile Servan-Schreiber est l’épouse d’un Henri Gradis) et aux Lazard par des intérêts communs en Indochine.

Les raisons pour lesquelles ces trois groupes financiers se trouvent en opposition au Parlement sont claires : la politique d’expansion économique des États-Unis exige que leurs banques absorbent celles des pays qu’ils visent. Leurs banques donc, attaquent et les deux autres groupes cherchent à échapper à leur emprise : il faut reconnaître qu’avant même l’entrée en scène de M. Mendès-France, M. Maurice Petsche (mari de Simone née Lazard, actuellement Jacquinot ) et René Mayer, agent de Rothschild, arrivèrent assez bien à tenir en échec M. René Pleven par la méthode aussi efficace que souple du “je plie mais ne romps pas”.

A cette époque, il ne venait à l’idée, ni des Rothschild ni des Lazard, que l’Indochine dût, un jour, être abandonnée et ce défaut de perspicacité qui leur était commun, maintenait entre eux une certaine unité de vue.

Seuls les Gradis et les Servan-Schreiber tremblaient pour les intérêts qu’ils y avaient et qu’ils sentaient très compromis. S’ils s’ouvraient de leurs craintes dans les milieux financiers, on ne les entendait pas et leur journal Les Échos, dont la formule ne s’y prêtait d’ailleurs pas, n’arrivait pas à les faire prendre en considération.

Alors, ils fondèrent L’Express qui prit nettement position pour la paix en Indochine à partir de… considérations humanitaires !

Au préalable, ils s’étaient assurés le concours de M. Mendès-France qui cherchait justement sa voie dans les eaux parlementaires et n’arrivait pas à la trouver.

 

Deux autres événements presque concomitants servirent les desseins de M. Mendès-France au-delà même de tout espoir : la mort soudaine de M. Maurice Petsche époux Lazard et la guerre d’Indochine qui se mit soudain à justifier les craintes des Gradis-Servan Schreiber.

La mort de M. Maurice Petsche fut à l’origine du premier dissentiment sérieux entre les Rothschild et les Lazard : la politique financière des premiers se mit à donner aux seconds l’impression qu’elle allait profiter de se qu’ils étaient privés de tout appui politique au Parlement, sinon pour les absorber, du moins pour les placer dans leur dépendance. Ils ripostèrent aussitôt en cherchant un autre époux politique pour la Veuve Petsche et ils le trouvèrent en M. Jacquinot dont l’influence au Parlement se mesurait à ce qu’on parlait de lui pour la présidence de la République. Mais M. Jacquinot n’était pas de la taille de M. Petsche…

C’est sur ce premier dissentiment que se greffa le second, né de l’allure de défaite à peu près certaine qu’avait prise la guerre d’Indochine : les Rothschild, qui ne croyaient pas à la défaite et dont le point de vue rejoignait en cela celui des banques américaines, la voulait poursuivre jusqu’au bout et ceci explique à la fois la position parlementaire de M. René Mayer et celle de M. René Pleven : les Lazard pour qui les Cogny, les Ely, les Navarre et les de Castries n’étaient que des toquards, jugeaient plus prudent de traiter et rejoignaient par là le point de vue des Gradis et des Servan-Schreiber. On dit aussi, et cela semble résulter de la lecture des journaux financiers, que, tandis que les intérêts des Rothschild en Indochine se trouvaient principalement dans le Nord, destiné à passer aux mains de Ho Chi Minh en cas de compromis, ceux des Lazard, des Gradis et des Servan-Schreiber se trouvaient principalement dans le Sud que le compromis pouvait sauver.

Et c’est ainsi que, contre René Pleven ( alias l’Union des banques américaines ) et René Mayer ( alias Rothschild ) les suffrages des députés amis de M. Jacquinot ( alias Lazard depuis son mariage avec la Vve Petsche ) se portèrent sur M. Mendès-France (alias Gardis- Servan Schreiber) et en firent un Président du Conseil.

***

Il n’a échappé à personne qu’après s’être apparemment beaucoup avancé dans une direction qui semblait bonne en ce qui concerne le règlement des problèmes d’Afrique du Nord, M. Mendès-France a brusquement fait machine arrière : c’est qu’il y a eu, ici, la période antérieure et la période postérieure à l’armistice indochinois.

En Afrique du Nord, il y a deux régions bancaires : la Tunisie et l’Algérie où les Rothschild commanditent à peu près tout sous la haute surveillance de M. René Mayer que, pour les besoins de la cause, ils ont fait élire député de Constantine, c’est-à-dire sur place, et le Maroc où presque toutes les commandites sont entre les mains des Grandis-Lazard-Servan-Schreiber.

Avant l’armistice indochinois qu’il cherchait à négocier conformément aux intérêts de ces derniers, M. Mendès-France ne trouva rien de mieux pour faire pression sur les Rothschild et venir à bout de l’hostilité de M. René Mayer sur le plan parlementaire, que de les menacer en Tunisie et en Algérie. Après, il s’est aperçu qu’il avait fait se lever en Tunisie un vent d’espoir qui menaçait de balayer toute l’Afrique du Nord, Maroc compris, ce qui n’est sûrement pas du goût du groupe financier qui l’a porté au pouvoir. A propos, avez-vous remarqué que sur les problèmes qui concernent le Maroc, M. Mendès-France s’est toujours montré remarquablement discret ?

Comment les choses se termineront en Afrique du Nord, on ne le voit pas bien quoiqu’on puisse s’attendre à ce qu’un jour ou l’autre les événements y prennent la même tournure qu’en Indochine. Mais une chose est sûre : pendant tout le mois de novembre, s’y comportant comme il reprochait à Bidault de se comporter en Indochine, M. Mendès-France a fait tirer sur des gens dont le seul tort était d’avoir eu trop confiance en lui.

Parce qu’entre-temps, la concorde était revenue entre les trois groupes de banques.

On dit qu’ayant accepté l’armistice indochinois comme un fait acquis et passé l’éponge, les Rothschild de Paris n’en renâclent pas moins encore un peu. C’est possible et l’intervention de M. René Mayer dans le récent débat parlementaire sur les problèmes d’Afrique du Nord semble le confirmer.

Peut-être, après tout, cet homme trouve-t-il que M. Mendès-France n’a pas tiré sur les Fellagas des salves assez nourries pour justifier que Rothschild passât l’éponge !

***

On croit généralement que le Parlement est un lieu où les représentants du peuple rassemblés se penchent sur son destin dans un sens conforme à des désirs qu’il aurait clairement exprimés et qu’ils ne font qu’interpréter : en réalité, c’est un champ clos où s’affrontent les représentants des Conseils d’administration de divers groupes de banques. Actuellement, et depuis la fin de la guerre : MM. René Pleven, René Mayer et Pierre Mendès-France.

D’autre part, il peut arriver que les intérêts d’un groupe de banques soient parallèles à ceux du Peuple : trop de gens en déduisent qu’ils coïncident. Ce fut le cas de la guerre d’Indochine à l’arrêt de laquelle le groupe Lazard-Gradis-Servan-Schreiber avait, sans qu’ils fussent les mêmes, autant d’intérêts que la classe ouvrière, de part et d’autre de la ligne de feu.

On pouvait aller jusqu’à souhaiter le triomphe de ces gens qui voulaient mettre fin à cette guerre sur ceux qui la voulaient continuer et même s’en réjouir après coup.

Mais il fallait garder les distances : point n’était besoin de leur prêter des sentiments humanitaires, de les porter au pinacle, de les pomponner, de les bichonner et de leur faire a priori confiance pour la réalisation de tout ce qu’ils avaient promis d’entreprendre.

Car maintenant que les banquiers sont de nouveau d’accord, à quelques petites nuances près, la politique séduisante derrière laquelle s’abritaient ceux qui l’ont emporté dans la querelle est, d’un commun accord, mise en sommeil.

Et il faut déchanter.

Mais les espoirs déçus qui sont nés dans la classe ouvrière de ces concerts de louanges, ont augmenté le désarroi.

C’est seulement sur ce double aspect des choses que cet article se proposait d’attirer l’attention. Il explique la politique de M. Mendès-France par ses raisons profondes et il est dédié à ceux qui ont pris pour un tribun du peuple… l’avocat d’un groupe de banques au Parlement !

OOOOOOOOOOOOOO

 

Débat entre Rassinier et Fontaine:

PROPOS sur la liberté des échanges

 

par J. Fontaine

 

Personne ne doute que la liberté de circulation des biens et des personnes serait chose heureuse pour l’humanité tout entière. Mais tout le monde, y compris pas mal de camarades qie se disent révolutionnaires, doute qu’un pays puisse seul passer du protectionnisme à l’échange libre sans que tous les autres pays en fassent autant. Le libre échange unilatéral passe pour être intolérable. On oublie ce fait, cependant universellement connu, qu’au siècle précédent, l’Angleterre a pratiqué le libre échange unilatéral. Et, de l’avis de beaucoup d’historiens, cette pratique a été à l’origine de la puissance économique de l’empire anglais ; l’affaiblissement sinon la décadence de l’Angleterre commence précisément au moment où elle est devenue résolument protectionniste.

Aujourd’hui, plus encore qu’autrefois, on peut affirmer qu’une nation qui, forte de son unité, de sa discipline et de ses qualités créatrices et bravant toutes difficultés et tous risques décideraint de pratiquer le libre échange, entrerait dans une ère de prospérité sans précédent. Ceux qui soutiennent le contraire ne comprennent pas le mécanisme du commerce international. Ou bien s’ils le comprennent, c’est qu’ils sont au service d’intérêts particuliers que favorise le protectionnisme. J’ajoute que, bien mieux et bien plus sûrement que par la bombe atomique, une puissante nation comme les U.S.A. ou l’U.R.S.S., qui déciderait d’ouvrir toutes grandes ses frontières à la libre circulation des biens et des personnes, ferait rapidement la conquête du monde. Ce serait la victoire de l’impérialisme du bien-être et de la liberté.

Que se passerait-il si un pays, sans s’occuper de l’avis de ses voisins, décidait de supprimer toutes les barrières qui gênent l’entrée et la sortie des marchandises. Il y a des gens se croyant même très savants qui supposent que les importations dans les pays du libre échange augmenteraient sans mesure, par exemple, sans que les exportations puissent aussi augmenter. Ainsi la balance commerciale serait perpétuellement et de plus en plus déficitaire. Ils croient ce phénomène possible : le pays de l’échange libre serait condamné à ne plus pouvoir qu’acheter sans jamais pouvoir vendre. Est-ce imaginable ? N’est-ce pas absurde ! Et quand cela serait, où serait le mal ? Ce serait vraiment une bénédiction pour un pays si l’étranger assumait tout d’un coup la charge de l’approvisionner sans rien recevoir en échange, c’est-à-dire sans payer. La réalité est tout autre, car, selon un axiome important de la science économique basée sur l’échange, on ne peut pas vendre sans acheter, et vente et achat ne constituent qu’une seule et même opération, vue de deux côtés, et le total de l’acheté ne peut jamais être ni plus ni moins grand que celui vendu. C’est précisément par là que la liberté unilatérale de l’échange n’est pas un danger, mais une bonne affaire non seulement pour le pays qui en use mais pour tous les pays qui font du commerce avec lui.

Comme preuve de cette affirmation, il faut dissiper des erreurs et des malentendus concernant les balances commerciales. D’abord qu’est-ce qu’une balance commerciale ? C’est la comparaison statistique des marchandises exportées, tout au moins de façon visible. Quand la valeur des marchandises importées est supérieure à la valeur des marchandises exportées, on dit que la balance commerciale est déficitaire, dans le cas contraire on dit que la balance est favorable. On dit qu’elle est en équilibre quand exportations et importations sont d’une valeur égale. Et tout le monde à peu près sans exception croit que toute balance passive, c’est-à-dire déficitaire, est un danger pour un pays, que là est la cause de son endettement. On y croit comme on croit à Dieu, au diable et à quantité d’autres slogans. Nos dirigeants, bien sûr, y croient aussi ou plutôt font semblant d’y croire, car cette croyance sert merveilleusement les intérêts des importateurs et des exportateurs dont ils sont les dévoués serviteurs. Ils font tout pour équilibrer notre balance commerciale ou la rendre favorable, alors qu’en réalité l’équilibre d’une balance commerciale, lorsqu’il existe, est un pur hasard sans aucune importance.

Le commerce entre pays ne diffère pas de celui de village à village, d’individu à individu. Quand vous achetez un beef-steak chez votre boucher, un pain chez votre boulanger, une paire de chaussures chez votre cordonnier, vous préoccupez-vous de savoir si votre boucher, votre boulanger, votre cordonnier est en mesure d’acheter chez vous quelque chose de valeur égale ? Le principe qui dirait : je n’achète chez toi qu’autant que tu achètes chez moi est une absurdité dans notre économie à base d’argent, de monnaie. D’autre part, le déficit de la balance commerciale d’un pays n’est nullement la preuve d’une conjoncture défectueuse ou le signe d’une mauvaise santé économique. Je connais dans mon voisinage deux viticulteurs. L’un d’eux vient d’acheter pour plus d’un million de matériel agricole : cuve en ciment, machines, engins motorisés. Si un douanier avait été posté devant sa porte, il aurait pu constater, en comparant entrées et sorties de marchandises, que ce viticulteur avait une balance commerciale fortement déficitaire. Et cependant, tout le village sait ici que son exploitation est une des plus prospère de la région. Par contre, le même douanier aurait, chez l’autre exploitant agricole, enregistré une sortie inusitée de marchandises, du vin, du matériel agricole, même des meubles. Sa balance commerciale est fortement active, c’est-à-dire favorable. Et, malgré cela, chacun sait bien qu’il est en difficulté, que son exploitation est déficitaire et qu’il est sur le point d’être ruiné.

Ce qui est vrai pour les entreprises et les activités individuelles l’est aussi pour les nations. Il est de gens pour qui une balance commerciale passive est un avantage. C’est la cas, par exemple, d’un médecin, d’un hôtelier, d’un professeur, etc. C’est le cas d’un peuple chez qui le tourisme est florissant, le cas d’un peuple qui est assez riche pour jouir des revenus de son capital, le cas aussi des peuples qui peuvent obtenir des crédits ou des emprunts. Pour ces gens, pour ces peuples, l’excédent des importations sur les exportations est avantageux. Plus grand est le passif, mieux cela vaut.

On peut me répondre que les hommes politiques qui dirigent les relations entre Etats savent tout cela et depuis longtemps ne s’inquiètent pas du déséquilibre des balances commerciales qui sont actives ou passives en vertu de la nature du genre d’activité qui est en cause, et qu’ils s’attachent essentiellement à la balance générale et plus particulièrement à la balance des paiements. Cela est exact. En effet, jetez un coup d’oeil, si cela ne vous casse pas trop la tête, sur les statistiques de l’O.C.D.E. et de l’U.E.P. ( Organisation européenne de Coopération économique — Union européenne des paiements ). Vous y lirez, pour chaque pays, la situation débitrice ou créditrice dans la balance générale des paiements.

Cependant, malgré la clarté que devrait jeter sur les relations économiques entre nations, les opérations comptables de ces organismes, presque tous les politiciens et économistes de tous les pays s’effraient de la balance passive des paiements en ce qui concerne leur pays. Ils prétendent tous qu’ils doivent payer plus qu’ils doivent recevoir ou réciproquement et justifient leur politique financière par des absurdités. Il va de soi que ce qui est passif pour un pays est actif pour un autre. Si un pays A doit payer au pays B davantage que B doit payer à A, B doit payer à A moins que A doit payer à B. La balance des paiements qui résume tous les bilans explique comment l’actif et le passif des balances particulières se compensent entre eux et dans le total il n’y a ni actif ni passif.

D’où vient donc, pour un pays, cette hantise du déficit de sa balance commerciale ? Probablement de ce raisonnement petit bourgeois qui compare la balance des paiements au bilan d’un commerçant. Cette fausse comparaison est cause de la confusion. Chez le commerçant, il y a identité de l’acheteur avec le débiteur. Ce n’est pas le cas dans le commerce international tel qu’il fonctionne actuellement. Cette manière de voir laisse croire que l’excédent des importations sur les exportations est la cause de l’endettement des nations, et comme chacun croit qu’une nation qui a des dettes est dans une mauvaise situation économique, cela explique parfaitement l’hostilité des pouvoirs publics contre les balances déficitaires et leur action parfaitement stupide pour y parer. Or, il est totalement faux que les importateurs soient à l’origine des dettes internationales. A part quelques exceptions, négligeables en temps normal, ce ne sont pas les choses importées qu’on ne peut pas payer. L’endettement n’est jamais une conséquence des importations et toute politique prohibitive ne peut l’empêcher. En réalité, c’est l’inverse qui est vrai. Ce sont les dettes envers l’étranger, dettes contractées par les instituts financiers qui sont la cause de l’excédent des importations. Ce phénomène économique n’a d’ailleurs rien de nocif ; au contraire, il est une réaction bienfaisante d’une économie saine qui conduit précisément les pays endettés vers leur libération si tant est qu’ils cherchent à se libérer, ce qui n’est pas forcément avantageux.

On pourrait ainsi pendant des pages et des pages mettre en évidence cette erreur des dirigeants de l’économie qui restent attachés aux fausses doctrines du protectionnisme, alors qu’avec la formidable puissance de production et de distribution des biens, due à la science et au progrès de la technique, l’avenir est à la liberté : liberté de produire, liberté de circuler, liberté de consommer. Le rôle de l’État, si État il y a, étant, comme dans le code de la route, d’empêcher les chauffards d’écraser les piétons, c’est-à-dire, dans l’économie, de protéger les faibles contre la violence des forts, et de veiller au libre accès de tous à la consommation générale.

On peut affirmer que, sur le terrain économique et social règnent le désordre dans les esprits, la plus grande obscurité, signes précurseurs de grands changements à brève échéance. On ne sait plus, lorsqu’on échange, la valeur de ce qu’on donne ou de ce qu’on reçoit. L’homme d’aujourd’hui se refuse à comprendre les vérités les plus simples et tient pour vraies les affirmations les plus abracadabrantes. Par exemple, il ne voit pas qu’un bien qui n’a pas la possibilité de s’échanger est un bien dénué de valeur sociale ; il n’admet pas cette réalité aveuglante qu’à un moment donné, les machines, les agents naturels travaillent gratuitement et, par suite, donnent des produits qui n’ont presque plus de valeur d’échange, tout en conservant leur pleine valeur d’usage. La conséquence doit entraîner une modification profonde des rapports d’échange, sinon on aboutit au chômage partiel ou total des hommes et des machines. C’est bien ce qui arrive en ce moment. Les produits baissant de valeur et refusant de baisser de prix ne s’écoulent pas. J’entends le mot prix au sens absolu, c’est-à-dire traduisant la valeur réelle des objets, cette valeur étant mesurée par le temps minimum de production.

Qu’il s’agisse des échanges intérieurs ou extérieurs, chaque individu, chaque groupe, chaque pays veut vendre cher et acheter bon marché, c’est-à-dire avoir une balance créditrice, autrement dit recevoir plus et donner moins. Il paraît même que c’est la règle du jeu. Comme autrefois, au temps des famines, l’économie dirigée d’aujourd’hui maintient ce principe abominable que combattait déjà Montaigne : “le profit des uns est fait du dommage des autres”. En temps normal — et c’est le cas aujourd’hui où règne une certaine abondance — les échanges ne peuvent s’effectuer qu’à égalité de valeur. Toute dérogation à cette règle suppose le dol, la fraude, la ruse, la violence et fatalement amène la révolte, l’émeute et la guerre. La France en fait la triste expérience en ce moment avec ses colonies où elle a tant pris, tant reçu et si peu donné. Avec notre camarade Louzon, reprenant la thèse de Hegel et de Leibniz ( voir le dernier numéro des Etudes matérialistes ), on peut dire que tout cela est naturel parce que cela est ; mais on me permettra d’ajouter qu’ici, la fatalité est d’accord avec la morale et la justice.

Donc, vive la liberté des échanges qui aboutit à l’équilibre entre la production et la consommation, c’est-à-dire au bien-être maximum pour tous. Derrière tout dirigisme plus ou moins totalitaire, derrière tout système comportant des entraves à la libre circulation des biens et des personnes, il y a la volonté délibérée, pour un individu, une collectivité, une classe, une nation, d’instaurer une nouvelle forme d’exploitation de l’homme par l’homme, une nouvelle forme d’injustice sociale ou de tyrannie. Laissons donc l’activité des hommes s’exercer librement dans le respect de la liberté de chacun. Chacun sait, mieux que quiconque, ce qui lui convient, ce qui lui va, ce qui lui plaît, que ce quiconque soit un Dieu, un Etat, un Sauveur ou un César… Ce qu’il nous faut c’est le moins d’autorités possibles, et, j’ose le dire, le moins d’élites possible, mais, par contre, le plus possible de gens de bonne volonté qui produisent un peu plus qu’ils ne consomment et qui, à table, ne prennetn pas la plus grosse part, ou la part des autres.

 

 

OOOOOOOOOOOOOO

 

 

DES ARGUMENTS LEGEREMENT DIFFERENTS

 

par Paul Rassinier

 

 

I. — Il est exact que la décadence de l’Angleterre a commencé précisément au moment où elle est devenue protectionniste, mais si elle est devenue protectionniste, c’est justement dans l’espoir d’enrayer la décadence dont elle se sentait menacée. Il ne faut pas oublier que si, pendant près d’un siècle, le libre échange a amené la prospérité en Angleterre, c’est qu’elle était à peu près seule à pouvoir alimenter les marchés mondiaux, les autres nations n’ayant rien ou guère à y vendre. Quand, par suite du développement industriel des autres nations et notamment de la France, l’Angleterre s’est sentie vigoureusement concurrencée par des produits de la qualité des siens, elle est venue au protectionnisme pour défendre ses marchés. Ici donc, Fontaine confond la cause et l’effet : ce n’est pas parce qu’elle est venue au protectionnisme que l’Angleterre a décliné, mais parce qu’elle déclinait qu’elle est venue au protectionnisme. L’Espagne a vécu le même phénomène au siècle précédent — avec moins de bonheur !

II. — On ne peut pas affirmer qu’une nation qui “pratiquerait le libre échange unilatéral entrerait dans une sphère de prospérité sans précédent ” par la raison qu’on ne peut pas prédire l’avenir. Pour une autre raison aussi : le libre échange est un moment de la vie des nations, le protectionnisme aussi. Elles passent de l’un à l’autre selon les circonstances : assorti de l’autarcie qui est sa conséquence logique, le protectionnisme qui a protégé l’Angleterre d’une chute verticale a fait la richesse et la force de l’Allemagne à partir de 1933. De toutes façons, le raisonnement de Fontaine ne s’applique pas aux E.U., dont les produits sont à la fois si abondants et si peu chers qu’ils n’ont pas besoin du protectionnisme. En pratique, ils ne l’utilisent d’ailleurs que contre les dumpings : ils se trouvent au XXe siècle dans la situation qui était celle de l’Angleterre au XIXe et encore celle de l’Espagne au début du XVIIIe.

III. — On ne peut pas comparer les échanges entre particuliers et les échanges entre nations, — du moins dans leurs conséquences : le viticulteur riche de Fontaine bénéficie du crédit et il ne tient pas en son pouvoir le viticulteur pauvre. Mais il est lui-même dans la dépendance de son bailleur de fonds qui peut le ruiner, du jour au lendemain, en lui coupant les vivres. Entre nations, il n’est pas toujours question de se couper les vivres, mais… la France débitrice des E.U. par les voies du déficit de sa balance commerciale se trouve entièrement dans leur dépendance : quand Louzon disait qu’il était un citoyen américain, c’était à peine une boutade. Car ce sont les Américains qui commandent chez nous. Ils y sont même installés à demeure. Et parce que nous — pas moi, pas vous, pas Fontaine, bien sûr ! — leur devons de l’argent, nous sommes obligés d’épouser leurs querelles jusqu’au risque de faire sauter la planète. Entre un viticulteur et son créancier ou ses clients, ça ne va tout de même pas jusque là !

IV. — La vérité, dans cette affaire, c’est qu’on ne peut pas, sans danger, prendre parti entre les capitalistes quand ils ne sont pas d’accord entre eux : les uns veulent le libre échange, les autres le protectionnisme. Mais ce n’est pas une question de principe : c’est une question d’opportunité. Les deux doctrines sont également d’inspiration capitaliste parce qu’elles n’envisagent le problème de la production que sous l’angle de l’échange. Qu’avons nous à y voir, nous qui ne l’envisageons que sous celui de la production pour le plaisir de créer et la satisfaction des besoins ? Peut-être pourrait-on espérer que le retour au libre échange créerait dans toutes les nations du monde de telles perturbations sur tous les circuits économiques que les conditions objectives de la Révolution sociale seraient réalisées.

Espérer ou redouter, car il faudrait encore se demander dans quel sens elle irait et qui en profiterait.

Mais c’est le seul argument que Fontaine n’avance pas.

Et c’est dommage car, en dépit d’autres erreurs qui proviennent toutes de ce que, au départ, Fontaine a pris l’effet pour la cause, et sur lesquels je passe, “laisser l’activité des hommes s’exercer librement dans le respect de la liberté de chacun, etc.”, c’est aussi le but que nous poursuivons.

 

 

OOOOOOOOOOOOOOOOO

La Cour de Cassation donne raison à Rassinier

 

 

Elle vient d’annuler le jugement de la Cour d’appel de Lyon sur Le Mensonge d’Ulysse.

Nous n’avons pas le temps de commenter ce jugement qui va permettre à l’ouvrage de notre ami de reparaître aux vitrines des libraires.

Rappelons seulement qu’une seconde édition actuellement sous presse sortira dans quelques jours au prix de 855 frs l’exemplaire, port compris. Adresser les commandes, accompagnées de leur montant, à Mme Rassinier-Pons, 45, rue de Lyon, à Mâcon. C.C.P. Lyon 3046-71

 

 

++++++++++++++++++++++++++

Défense de l’Homme, numéro 74, décembre 1954.

— Explication d’une politique, de P. Rassinier, p. 9-12.

— Propos sur la liberté des échanges. de J. Fontaine, p. 44-47.

— Des arguments légèrement différents, par P. Rassinier, p. 47-48.

— La Cour de Casse…, p. 30

 

Advertisements