DDH-78-80

INDEX

A L’HEURE DES SOLUTIONS D’ENSEMBLE

par Paul Rassinier 

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Défense de l’Homme, numéro 78, avril 1955, p.11-14 et 28

Chaque fois qu’une nouvelle équipe ministérielle accède au pouvoir, elle se trouve en présence d’une bonne demi-douzaine de problèmes, toujours les mêmes, dont chacun réclame une solution urgente par priorité : le vin, l’alcool, la betterave, le sucre, la viande, le lait, le blé, les pommes de terre, le charbon, etc…

En réalité, tous ces problèmes n’en sont qu’un : celui d’une production qui ne trouve preneur ni sur un marché extérieur qui se rétrécit sans cesse et où elle arrive, au surplus, à des prix inabordables, ni sur le marché intérieur faute de pouvoir d’achat. Comme on se refuse à la distribuer gratuitement, il n’y a aucune solution dans le cadre des structures traditionnelles et, non seulement, il n’y a pas de solution, mais encore, à mesure que le temps passe, le problème se complique dans ses données, s’aggrave de celui des salaires, des traitements, des impôts, du commerce intérieur, de la production artisanale et industrielle, etc. et chaque équipe ministérielle s’en trouve plus embarrassée que celle à laquelle elle succède. On comprend donc très aisément que, par ricochet, toutes les classes et, dans chaque classe, toutes les catégories sociales, aient fini par être intéressées à cette solution d’ensemble qui ne vient pas et ne peut venir.

La méthode gouvernementale étant de diviser pour régner tout en parant au plus pressé, par des demi-mesures, on satisfait plus ou moins et tour à tour, tantôt l’une, tantôt l’autre des catégories sociales, et on les dresse ainsi de plus en plus violemment les unes contre les autres dans un mécontentement général qui n’est — heureusement pour le régime ! — pas la somme des mécontentements individuels ou des catégories.

Comme il n’a, jusqu’ici, pas encore été possible de dégager — bien qu’il existe ! — un programme revendicatif commun aux ouvriers, aux paysans, aux fonctionnaires, aux boutiquiers, etc… et comme personne ne semble se soucier de le dégager, les gouvernements successifs ont beau jeu.

Mon propos ne vise cependant pas à dersser une monographie des intérêts communs à ces quatre catégories — les seules qui puissent retenir notre attention sur le plan militant — de victimes du régime : je me condamnerais à m’élever au-dessus des revendications purement corporatives de salaires, de traitements ou de marges bénéficiaires, et l’heure n’est pas venue où l’on pourra s’orienter dans cette direction sans risquer de les dresser toutes les quatre contre soi.

Je demande donc au lecteur d’en prendre son parti comme j’en prends le mien : un jour viendra, cela ne fait aucun doute…

Actuellement, une proposition de loi est déposée sur le bureau de la Chambre qui tend à obtenir du gouvernement l’achat de toute la production excédentaire d’alcool, soit un million d’hectolitres par an. Coût de l’opération, à 100 fr. le litre = 10 milliards à ajouter aux 60 milliards que coûtent actuellement, et chaque année, les soins nécessités dans les hôpitaux par les conséquences de l’alcoolisme et aux quelques 50 milliards absorbés par l’office des vins. Voilà 120 milliards qui sont « pompés » sur les impôts indirects pour être distribués aux distillateurs — betteraviers — exportateurs de vin et d’alcool et dont, à ma connaissance, aucun programme de revendication corporatives ne demande la suppression. Mieux : j’ai vu dans les environs de Grenoble, les syndicats de toutes les tendances, C.G.T., C.G.T.-F.O. et C.F.T.C. enlisés dans les revendications de salaires, protester contre la fermeture d’une distillerie !

Ma conviction est que, si la mentalité ouvrière permet encore des attitudes si paradoxales et si contraires aux intérêts de la classe ouvrière elle-même, il n’en saurait être ainsi longtemps encore.

Surtout, si on sait que le même phénomène se produit pour le blé, la viande, le lait, les pommes de terre et tous les produits agricoles ou industriels : en se généralisant, il finira par entraîner des conséquences si terribles qu’elles ne pourront manquer de tomber, finalement, sous les yeux des moins avertis.

Ces considérations m’amènent, tout naturellement, à parler de la catégorie sociale la plus virulente au moment où M. Edgar Faure a succédé à M. Mendès-France, de ses revendications, de l’accueil qui leur a été fait dans les sphères gouvernementales et de celui, qu’à mon sens, il eût fallu lui faire.

On m’a déjà compris : c’est du mouvement Poujade qu’il s’agit.

Le mouvement Poujade

Il y a deux Poujade : celui du rassemblement des petits commerçants et artisans à Paris le 25 janvier dernier et celui de la grève du 28 mars.

Entre les deux : le discours que M. Pflimlin, Ministre des Finances, fit à l’Assemblée nationale sur la question.

Le premier Poujade était surtout dressé contre les contrôles fiscaux et on avait l’impression que, s’il trouvait les impôts indirects trop lourds, c’était principalement parce qu’après les avoir perçus chez le particulier, il était dans l’obligation de les reverser dans les caisses de l’État.

Il se heurta donc, en tout premier lieu, au vrai contribuable qui est le consommateur et il fut tout de suite impopulaire.

Le fait qu’il se soit mis d’entrée de jeu à déblatérer contre les fonctionnaires, n’arrangea rien.

Et pas davantage ses idées en matières sociales qui se résumaient à ceci :

 « Prenons les magasins à succursales multiples, disait-il par manière d’organiser sa manifestation parisienne ; ils font 60 rayonnages différents : si on les remplaçait par 60 personnes vendant chacune un seul article, celles-ci paieraient 60 patentes alors que ces grands magasins n’en paient que deux. »

 Il allait sombrer dans le ridicule quand quelques députés — qui le renièrent d’ailleurs par la suite ! — le prirent au sérieux par souci électoral et parce que, contre M. Mendès-France à bout de course, tous les arguments étaient bons.

Fort de ces appuis, M. Poujade lança son mouvement de grève du 28 mars. Mais, entre temps, M. Mendès-France avait été renversé, les députés qui l’avaient soutenu avaient amorcé une marche arrière, le mot d’ordre de lutte contre le contrôle fiscal était passé de mode, — au Parlement du moins, — et il fallait donner une autre allure au mouvement menacé de dislocation dans l’hostilité générale.

Ainsi naquit le second Poujade qui axa son mouvement de grève sur deux mots d’ordre seulement et tout différents : égalité fiscale entre toutes les catégories sociales et perception des impôts indirects à la source de la production.

Si ces deux mots d’ordre pouvaient avoir quelque chose de suspect, — ce qui n’est pas exclu, — ce serait uniquement parce que M. Poujade ne dit plus rien de son ancien programme, ni dans le sens de l’abandon, ni dans celui de la reprise.

Mais, suspects ou pas, il y a quelque chose de sérieux dans ces deux revendications : en ce qui concerne la première, cela va de soi et, en ce qui concerne la seconde, si l’impôt à la source ne peut nous satisfaire, il est certain qu’il serait un pas en avant, et non des moindres, en direction de la suppression des intermédiaires par réduction à la famine de tous ceux qui, actuellement, ne survivent que grâce à la fraude fiscale. Car l’impôt à la source suppose la révision de toutes les marges bénéficiaires dans le sens de leur réduction et, peut-être, les divers syndicats de la classe ouvrière seraient-ils bien inspirés de le reprendre à leur compte avec les aménagements qui s’imposent, notamment ceux qui ne perdraient pas de vue sa suppression nécessaire.

J’attire l’attention des syndicalistes sur le désarroi que cette prise de position du chef a semé dans le mouvement Poujadiste : dans leur énorme majorité, les adeptes ont vu le danger et ne sont pas loin de l’accuser de trahison comme ils le firent jadis de son prédécesseur M. Gingemdre, aujourd’hui discrédité dans leurs rangs pour une infinité de raisons dont toutes ne sont pas honorables.

De toute façons, il y a là, matière à réflexion.

Le discours de Pflimlin

 A l’heure où j’écris, c’est tout ce qu’on sait des intentions du gouvernement relativement à la réforme fiscale.

En France, c’est le problème de la fiscalité indirecte qui est posé. On sait, en effet, que les ressources budgétaires y sont assurées dans la proportion de 64 % par les impôts indirects et de 36 % par les impôts directs. Dans un pays où on fit une Révolution parce que les gabelles représentaient les 3/5 des ressources du trésor royal, — c’est-à-dire pour bien moins — le phénomène ne peut manquer d’être sensible. Il l’est d’autant plus que le recours aux impôts indirects est beaucoup moins important dans la plupart des autres pays de régime semblable, ainsi qu’en fait foi le tableau suivant établi par Daudé-Bancel :

 

Directs

Indirects

États-Unis

91,20

8,80

Japon

68,28

31,72

Grande-Bretagne

61,97

38,03

Danemark

61,60

38,40

Suisse

60

40

Pays-Bas

51,50

48,50

Belgique

48

52

Allemagne

41

59

France

36

64

U.R.S.S

17,70

82,30

 

Comme on le voit, il n’y a guère que la Russie qui soit en retard sur nous dans ce domaine[1].

Or, de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis la fin de la guerre, aucun n’a envisagé le problème sous cet angle autrement que pour diminuer les directs et augmenter les indirects. M. Edgar Faure, l’actuel Président du Conseil, est même le théoricien le plus brillant et le plus dynamique de la diminution systématique des impôts directs, M. Mendès-France en sait quelque chose…

D’où l’étonnant discours de M. Pflimlin dans le débat sur les problèmes posés par le mouvement Poujade.

M. Pflimlin s’est borné à dire deux choses :

1. — Que la réforme de la fiscalité était nécessaire et que, avant de s’y atteler, le gouvernement qui la ferait par décrets avait besoin des pleins pouvoirs ;

2. — Que le bénéfice du forfait serait étendu à tous les commerçants qui font annuellement un chiffre d’affaires inférieur à 15 millions, soit à 1.200.000 d’entre eux sur 1.272.531.

Comme réforme fiscale, on conviendra que c’est assez mince.

Depuis ce discours, diverses déclarations ont été faites à droite et à gauche, soit par le Ministre des Finances, soit par le Président du Conseil lui-même : s’il a été parfois question d’aménagements des impôts indirects, jamais ni l’un ni l’autre ne parlèrent de leur nécessaire diminution et, cette fois, c’est inquiétant.

Si elle est prise par décret, comme tout donne lieu de le penser, la mesure annoncée par M. Pflimlin satisfera peut-être les 1.200.000 boutiquiers-percepteurs qui, à l’abri de tout contrôle, se trouveront ainsi dispensés de reverser dans les caisses de l’État les impôts qu’ils perçoivent chez les consommateurs.

Mais les autres, qui ne sont pas boutiquiers et qui, s’ils refusent de pratiquer le lapinisme mis à la mode par le M.R.P. avec la complicité d’un peu tous les partis, vivent dans des conditions de salaires ou de traitements qui frisent l’indécence ou la dépassent ?

De ceux-là, c’est M. Edgar Faure qui s’occupe personnellement et il leur parle de la réforme nécessaire des institutions — les structures économiques et sociales sont, depuis fort longtemps, bannies de son vocabulaires ! — ce qui est une manière de transposer tous les problèmes qui les concernent sur le plan de la réforme constitutionnelle seulement.

Et, de rendez-vous en rendez-vous, de leur poser… des lapins !

Ceci dit…

La révolte des marchands ne m’a pas tellement impressionné. Qu’elle soit un des multiples aspects du malaise social est indiscutable. Que ses mobiles soient nobles et les justifications qu’elle s’est données susceptibles d’indiquer une voie, je me refuse à l’admettre même dans le cas du Poujade seconde manière désavoué par ses troupes dont 90 % ont bien voulu mettre sur leur magasin qu’il était ” fermé pour cause de grève ” le 28 mars dernier, mais pas la seconde affichette parce que l’impôt reporté à la source y était revendiqué.

Au surplus, il y a des vérités que les chiffres mettent en évidence et qu’il n’est pas possible de passer sous silence.

Par exemple que, sur 1.272.531 petits commerçants, 1.032.581, soit quatre sur cinq, ont déclaré, en 1953, un bénéfice moyen de…… 33.700 fr. par mois, le cinquième consentant à avouer 96.000 fr.

Or, il n’est pas vrai que quatre commerçants sur cinq vivent avec 33.700 fr. par mois : les signes extérieurs de la richesse sont en contradiction avec de telles déclarations.

Il y a aussi, chez les commerçants, un état d’esprit à partir duquel il est impossible d’envisager quelque réforme de structure que ce soit et si nécessaire soit-elle. Cet état d’esprit consiste à réclamer le droit d’ouvrir une boutique n’importe où et le droit d’en vivre décemment, fût-ce en n’y vendant presque rien : il y a un volume d’affaires au-dessous duquel l’existence d’une boutique ne se justifie pas. Et c’est cela qu’il est impossible de faire admettre aux commerçants. Si les chiffres donnés par la Direction générale des impôts sont exacts, il y a, en France, une boutique pour 33 clients : on n’a pas le droit de réclamer le droit à la vie en distribuant dans une journée dont la durée est, jusqu’à nouvel ordre, fixée à huit heures, les marchandises nécessaires à la subsistance de 33 personnes seulement.

Il ne faut donc pas hésiter à dire que celui qui réclame du gouvernement des mesures de nature à consacrer un état de fait essentiellement caractérisé par un trop grand nombre de distributeurs est un ennemi du progrès. Tout comme l’aurait été, il y a 75 ans, un syndicat des porteurs d’eau qui, pour permettre à ses mandants de continuer à vivre de leur industrie aurait réclamé des gouvernements de l’époque l’interdiction d’installer l’eau sur l’évier à Paris.

Je réclame donc des boutiquiers en surnombre qu’ils aient la sagesse des porteurs d’eau d’il y a 75 ans.

[note 1] ; Et peut-être l’Italie et l’Espagne, mais ce n’est pas très sûr. Et, en l’absence de données…

OOOOOOOOOOOOOOOOOOO

 

Au service de la pensée non-conformiste

L’AMITIÉ PAR LE LIVRE

 

Autrefois, la pensée non-conformiste était militante et elle avait ses propres entreprises d’édition : la librairie du travail, la Mère Éducatrice, les Éditions Floréal, etc.

Aujourd’hui, la pensée non-conformiste s’est comme repliée sur elle-même, et ces entreprises sont mortes les unes après les autres.

Une seule subsiste grâce à la ténacité et au dévouement de Camille Belliard: L’Amitié par le livre.

L’Amitié par le livre, fondée en 1930, a publié des œuvres de qualité qui ont souvent retenu l’attention des jurys littéraires, et c’est en grande partie grâce à elle que l’œuvre de Han Ryner n’est pas tombée dans l’oubli.

Récemment, elle a sélectionné pour son public “Le Mensonge d’Ulysse”, de Paul Rassinier, et avec “Candasse ou le huitième péché capital”, du même auteur, elle vient de décider d’ouvrir une nouvelle collection : “Dits et contredits”, dans laquelle seront publiés des auteurs pleins de talent, à qui cependant les grandes maisons d’édition refusent d’ouvrir leurs portes, en raison de leur non-conformisme impénitent, ou de la virulence de leur plume.

Comme tout ce qui a jusqu’ici été publié par l’Amitié par le livre, cette nouvelle collection, sous présentation hors pair, peut être appelée au plus grand succès, si les non-conformistes, beaucoup plus nombreux que ne le laisse à penser leur apparente apathie, apportent leur soutient à cette initiative.

Voici comment on peut apporter son soutien:

1. En passant commande de “Candasse ou le huitième péché capital”, de Paul Rassinier, premier ouvrage de la nouvelle collection. (Un fort volume de 396 pages, illustré par l’artiste d’avant-garde, Pierre Allinéi, franco 810 fr., à adresser à Camille Belliard, Blainville-sur-Mer (Manche), C.C.P. Paris 6666.)

2. En devenant membre adhérant de l’Amitié par le livre, c’est-à-dire en adressant à Camille Belliard la somme de 1.900 francs, en échange de laquelle on recevra dans l’année six œuvres d’auteurs en renom, dont la valeur en librairie — quand on les y trouve ! — est de 2.800 fr. […]

 

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UN RETARD D’UNE CIVILISATION

par Paul Rassinier

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Défense de l’Homme, numéro 79, mai 1955.

— Un retard d’une civilisation, de P. Rassinier, p. 5-7.

 — «Candasse», de P.-V. Berthier, p. 39-40.

Un retard d’une civilisation

La détente internationale ramène régulièrement les problèmes intérieurs dans le champ de l’actualité.

Car la détente internationale est un phénomène saisonnier : tous les ans au printemps, quarante et quelques millions de Français s’occupent à se démontrer mutuellement que la Paix universelle est en vue et, à l’automne, sont persuadés que la guerre éclatera inévitablement dans six semaines.

Il en est ainsi depuis bientôt dix ans.

Exactement, depuis la conférence de Moscou de 1947 qui fut dite « de la dernière chance ».

C’est une occupation comme une autre.

Les historiens de l’avenir apprécieront l’état d’esprit qu’elle trahit.

Ceux du présent…

Ceux du présent sont quelque peu désemparés : tout au plus peuvent-ils chercher à en définir le mécanisme.

En gros, les choses se passent ainsi : un jour, quelques personnages importants s’aperçoivent que les affaires vont très mal, que les marché sont engorgés, que les uns ne peuvent plus rien vendre et les autres rien acheter ou peu, qu’il y a des difficultés de trésorerie partout et autant de sujets de mécontentements, etc. Dans la semaine qui suit, avec un ensemble touchant, tous les journaux découvrent de très graves dangers à l’extérieur des frontières et la tension monte au baromètre international. Des projets de conférences à trois, à quatre ou à cinq fusent d’un peu partout. On se réunit ou on ne se réunit pas mais, dans les deux cas, une décision en général anodine intervient qui est, unanimement elle aussi, présentée comme ayant sauvé la situation alors qu’on frisait la catastrophe. La tension baisse jusqu’à la détente : le temps de se réjouir voire de se congratuler et les problèmes intérieurs réapparaissent qui ramènent tout le monde au point de départ.

C’est un cercle vicieux.

Si on examine les choses au fond, très vite on s’aperçoit que dans les conditions objectives de vie des individus et des peuples aucun changement n’est intervenu qui ait été de nature à motiver de telles oscillations dans leur comportement.

Il n’y a, par exemple, aucune commune mesure entre la qualité de la paix ramenée en Indochine par M. Mendès-France et l’enthousiasme populaire qui l’a suivie. La solution donnée par le nouveau gouvernement aux problèmes de l’Afrique du Nord, ne justifie d’aucune manière l’apparente satisfaction d’une opinion en ébullition il y a quelques mois seulement. Et on ne voit qu’avec une loupe la différence qui existe entre les accords de Paris et la C.E.D. ou ce qu’il peut y avoir de si rassurant dans les déclarations échangées entre les différents hommes d’État du monde par-dessus les frontières.

D’ici peu de temps, lorsque la situation économique artificiellement dégorgée par les mesures que l’on sait sera de nouveau grosse d’une effervescence qu’on ne saura comment contenir, le vent, qui est aujourd’hui à l’optimisme, sera au pessimisme.

C’est un problème de journalisme.

Toujours est-il que la mode étant présentement à la détente internationale, on s’est une fois de plus occupé des problèmes intérieurs.

Les premiers, les politiciens ont pris la parole : M. Edgar Faure a tout de suite parlé de réforme électorale et de réforme constitutionnelle.

Les élections législatives devant avoir lieu en 1956, nous entrons en effet en période électorale.

Le beefsteak de ces messieurs avant tout !

Une réforme électorale pour le garder et une réforme constitutionnelle pour l’arrondir.

En second lieu est venu M. Wilfrid Baumgartner, gouverneur de la Banque de France ; au cours d’une conférence de presse qu’il a tenue le 28 avril, il a parlé de la situation économique très favorable dans laquelle se trouvait la France et, à cette occasion, assuré que cette situation pourrait durer longtemps encore si on prenait garde à ne pas augmenter le déficit budgétaire.

Pour manier la gaffe, M. Wilfrid Baumgartner, gouverneur de la Banque de France, n’a pas son pareil.

Car, le 28 avril, on venait d’en apprendre de belles sur le déficit budgétaire !

D’abord, il y avait une impasse résultant des exercices précédents et qu’à tout hasard, M. Paul Raynaud fixait à 1.184 milliards.

Ensuite, le déficit prévu pour l’exercice en cours au niveau de 316 milliards était, en un tournemain, passé à 950 par adjonction de :

Rendez-vous d’Avril 20 milliards1
État d’urgence en Algérie 20  milliards
Concessions aux Poujadistes 40 milliards2
Lettres rectificatives diverses 125 milliards
Budget militaire 60 milliards
Expansion économique 367 milliards
Total                           632 milliards

 

On peut donc s’attendre à ce qu’à la fin de cette année M. Paul Raynaud nous annonce une impasse budgétaire de l’ordre de 2.132 milliards.

M. Wilfrid Baumgartner a bonne mine après cela de nous expliquer en long, en large et en travers que le seul moyen d’arriver à un équilibre budgétaire est l’augmentation de la productivité : pendant que le budget de la Nation grimpait vers les 2.132 milliards d’impasse, l’indice de la production industrielle augmentait de près de 30 points ! On peut penser, bien sûr, que l’amélioration de l’indice de la production ne signifie pas l’amélioration de celui de la productivité, mais il ne dépend pas de nous qu’il en soit autrement puisque la productivité est obérée par les charges inutiles que les directeurs de conscience du régime font inconsidérément peser sur la production.

Mais M. Wilfrid Baumgartner n’est pas seul à avoir bonne mine : il y a M. Jules-Julien, vice-président de l’Assemblée nationale et agent du patronat textile lyonnais qui a, lui aussi, fait quelques découvertes économiques importantes.

M. Jules-Julien, lui, est un homme pratique et, bien entendu, c’est seulement le marasme de l’industrie textile qui l’intéresse.

Voici donc ce qu’il a découvert : les produits français sont plsu chers que les autres parce que, salaires et charges sociales comprises, la main-d’œuvre est plus chère qu’en Allemagne et en Belgique, notamment la main-d’œuvre féminine. La France est, paraît-il, le seul pays de l’O.C.D.E à payer le travail féminin autant que le travail masculin.

Le lecteur voit très bien où M. Jules-Julien en veut venir et je n’insiste pas.

Il est cependant remarquable qu’en l’an 1955, alors que le robot est appelé à remplacer un peu partout l’homme dont bientôt le seul effort consistera à prendre au distributeur automatique une nourriture qu’il n’aura plus qu’à porter à sa bouche, des économistes et des politiciens réussissent encore à retenir l’attention de l’opinion, voire à conquérir sa faveur, en l’entretenant de l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes.

C’est un peu comme si on discutait des prix des transports de marchandise en mettant en avant les innombrables avantages de la chaise à porteurs ou de la diligence.

En vérité, je crois que nous sommes en retard d’une civilisation.

Car ce qui est vrai des politiciens et des économistes de la classe au pouvoir, l’est aussi de ceux de la classe ouvrière : connaissez-vous dans l’un ou l’autre des partis ou des syndicats qui se réclament de la classe ouvrière quelqu’un qui n’accepte pas la discussion sur le terrain où elle est proposée et n’emboîte pas le pas ?

Que ce soit à la C.G.T.-F.O., à la C.G.T., à la C.F.T.C. ou à la C.G.C., au parti socialiste ou au parti communiste, on cherche un équilibre budgétaire qui est la quadrature du cercle, on discute de la productivité et du coût de la main-d’œuvre humaine sans tenir aucun compte de la gigantesque invasion du monde entier par le robot.

Si bien que, si elle est un jour réalisée, la suppression du salariat qui figure toujours dans la charte de la C.G.T. et de la C.G.T.-F.O. n’a plus guère de chance de l’être que par la machine qui supprimera le salaire en supprimant le travail, et le distributeur automatique qui mettra gratuitement toutes les richesses créées à leur insu à la portée de la main des hommes ébahis.

Et que se fera toute seule cette révolution qu’on n’aura pas su ou pas voulu faire, plus tôt.

A vous dégoûter de la station debout et de l’intelligence qui sont, paraît-il, les privilèges de l’homme.

 

OOOOOOOOOOOOOO

“CANDASSE”

Par P.-V. Berthier

Les lecteurs de Défense de l’homme sont accoutumés à voir surtout en Paul Rassinier un économiste. Non pas, bien entendu, un économiste “distingué”, puisque ce qualificatif, quand on l’accouple à ce substantif, perd sa signification commune et fort honorable pour acquérir un sens dérisoire et tourner en ridicule les prétentieux statisticiens et les sociologues pédants qui persistent à régir l’économie selon des principes médiévaux sans s’apercevoir que tout a changé autour d’eux. Un économiste non-conformiste et révolutionnaire, sans slogans, sans démagogie, sans préjugés et sans routine. Sans illusions aussi.

Tellement sans illusions qu’à l’heure où Mendès-France semblait incarner de légitimes espoirs il sut faire, ici même, une prudente mise en garde. Peut-être a-t-il paru un peu sévère, voire pessimiste, et il était bon que Lecoin donnât la parole, comme il l’a fait, à l’autre expression d’une opinion controversée.

Malgré cela, Rassinier n’est pas seulement un économiste. On sait qu’il a fait oeuvre d’essayiste dans des livres dont on a beaucoup parlé parce qu’il y rapportait, sans concessions ni fioritures, une expérience malheureusement vécue. Le voici aujourd’hui romancier.

Ce Candasse qui vient de paraître avec le sous-titre : “… ou le Huitième péché capital ” et une bande où il est dit : ” L’auteur du Mensonge d’Ulysse continue a déboulonner les statues” est, à n’en pas douter, une autobiographie à laquelle il a donné une affabulation historique et le tour d’un conte de Voltaire.

Pourquoi les démêlés de la France avec l’Allemagne sont-ils devenus, sous sa plume, ceux de la Franconie et de la Bulgarie germanienne? Lorsque les événements sont transparents à ce point, ce petit déguisement est un simple jeu littéraire ; sans doute était-il plus facile, en les schématisant ainsi, d’y placer des personnages qui sont à mi-chemin entre ceux d’une réalité trop connue et ceux de la fiction voltairienne.

Toujours est-il que ces personnages gardent toute leur humanité teintée d’humour à la Gabriel Chevalier et qu’ils évoluent parfaitement à l’aise dans le décor tracé à grands traits d’un demi-siècle d’histoire, tout au long de ce conte philosophique qui, comme il est de règle dans le genre, signifie et sous-entend beaucoup plus de choses qu’il n’en dit et, en plus d’un passage, voile d’un sourire aimable énormément de désillusion et d’amertume.

On nous permettra peut-être de reproduire une page de ce livre à la fois drôle et profond, une page que nos lecteurs ne sépareront que provisoirement du contexte, car ils ne manqueront pas de lire l’ouvrage entier, et qui leur donnera une idée de sa facture et de son atmosphère. La scène se déroule alors que Candasse milite contre l’envoi de troupes françaises dans le Riff et qu’il attend sa feuille de route pour aller faire son service militaire :

 Pour Candasse, l’octobre fatidique était arrivé, au plein de la bagarre : pendant toutes les vaccances, il s’était démené comme un diable en faveur des Bulgares marocains, organisant réunion sur réunion sur le thème du célèbre ” Pas un homme, pas un sou “, et, le 1er du mois, comme si de rien n’était, il avait repris ses fonctions dans son petit village perdu. Il n’avait, du reste, pas reçu la nouvelle affectation annoncée dans le décret présidentiel et il s’en étonnait un peu. Le 10, il ne l’avait pas davantage reçue et tous ceux de son âge partirent sans lui, chacun en direction de la caserne qui lui était assignée.
 Candasse soupçonna bien quelque sombre machination :
 – La bureaucratie, mon ami, lui dit un vieux paysan madré. Un ordre et un contr’ordre, ce n’est pas une difficulté si aisément surmontable pour un bureaucrate… militaire par-dessus le marché. Un simple retard.
 Le 10 novembre, toujours rien.
 Et rien encore le 10 décembre. Candasse s’était fait à cette idée que, si oubli il y avait, cet oubli équivalait à une dispense définitive. Et il se réjouissait déjà.
 Las ! Il fallut déchanter.
 Le 17 décembre, il était entrain d’expliquer les fantaisies du participe à deux douzaines de moutards quand, sans même prendre la précaution de frapper, deux magnifiques gendarmes en tenue de campagne, jugulaire et casque, s’encadrèrent dans le chambranle de la porte.
 Candasse comprit tout de suite, mais il ne s’attendait pas à ce que ce fût si expéditif.
 Ils lui expliquèrent que, n’ayant pas rejoint sa caserne le 10 octobre, il était considéré comme insoumis et qu’ils avaient ordre de le conduire sur-le-champ à la capitale où il serait remis aux autorités militaires et d’où il serait acheminé, immédiatement et sans délai, sur le … Régiment de Tirailleurs marocains, en garnison à Fez.
 Candasse essaya bien de leur faire comprendre que, n’ayant pas été convoqué, il ne pouvait avoir rejoint la caserne et que, pour l’instant, il ne faisait qu’attendre, c’est-à-dire exécuter un ordre qui lui avait été intimé par écrit et par la plus haute personnalité de la République.
 Et il leur montre son décret présidentiel.
 Peine perdue.
 – La consigne est la consigne. Notre rôle n’est pas de chercher à comprendre l’ordre que nous avons reçu, mais de l’exécuter, dit l’un.
 – Servir, servir toujours, les yeux fermés, la bouche close, chacun à son poste, quel qu’il soit, c’est le verbe fondamental de notre catéchisme du gendarme, enchérit l’autre.
 Une voiture, dont le moteur n’avait pas même été arrêté, attendait devant la porte
 A la capitale, on l’informa qu’il était mis en prévention de conseil de guerre, on lui enleva ses lacets de souliers et ses bretelles, puis, sans autre forme de procès, on le jeta en prison.
 L’affaire fit quelque bruit, tous les journaux en parlèrent et la gêne créée dans l’opinion par la crainte de la guerre s’en accrut. C’est très probablement pour cette raison qu’un beau jour on retrouva la convocation qui n’avait pas été envoyée.
 La bonne foi de Candasse était établie. On lui rendit ses lacets de souliers et ses bretelles. On y ajouta deux musettes et un bidon de soldat, un quart, une gamelle, une cuillère, une fourchette et un calot. ainsi paré et dans cet accoutrement, on l’achemina sur le… Régiment de Tirailleurs.

 Si j’ai fait porter ma préférence sur cette page, c’est qu’elle m’a rappelé des souvenirs personnels bien proches de ceux qu’évoque Rassinier. J’ai connu, moi aussi, la paire de gendarmes avec lesquels il n’était point question de discuter ; on m’a ôté, à moi aussi, mes lacets sans lesquels mes souliers ne me tenaient pas aux pieds et me quittaient à chaque marche d’escalier ; on m’a enlevé mes bretelles dont l’absence faisait, de minute en minute, tomber mon pantalon jusqu’à terre ; et l’on m’a jeté, comme Candasse, dans une cellule. Non point parce que je n’avais pas reçu de convocation – j’en avais au contraire reçu quatre! – mais parce que je n’avais déféré à aucune. Ne m’avait-on pas adressé plusieurs feuilles de routes successives pour m’incorporer alors que j’avais été exempté par le conseil de révision, et ne devais-je pas apprendre que j’avais été “pris bon sur pièces” par une commission qui examinait, révisait et, parfois, réformait (il en allait ainsi en ce temps là, paraît-il) les décisions du conseil.

Souvenirs lointains, souvenirs oubliés qu’a fait revivre, par analogie, une des meilleures pages de ce livre où chacun en trouvera de semblables qui lui rappelleront des heures vécues – et, le plus souvent vécues collectivement à l’échelle nationale ou universelle.

Signalons, pour finir, l’excellente présentation du livre. Les éditions de l’Amitié par le Livre se sont surpassées. Voilà un gros bouquin de trois cent pages dont la présentation laisse loin derrière elle celle de beaucoup de livres mis en vente par des éditeurs commerciaux, et non des moindres. Le papier est de bonne qualité, la typographie soignée et les dessins de Pierre Allinéi, à la recherche de lignes et de formes pures, enrichissent les belles pages et les fins de chapitres de bandeaux et de cul-de-lampe d’une simplicité originale.

Tout cela contribuera certainement à accroître encore le succès de cette « Histoire d’outre-temps » qui est en réalité une histoire d’hier et d’aujourd’hui.


[1]. Le lecteur ne sera sûrement pas indifférent au fait que le gouvernement ait accordé 20 milliards pour améliorer le sort de quelque 11 millions de salariés et 40 milliards pour améliorer celui de… 1.271.000 boutiquiers !

[2]. cf. ci-dessus, note 1

 

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LE DOIGT SUR LA DÉTENTE
 par Paul Rassinier

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Défense de l’Homme, numéro 80, juin 1955, p. 2-5 et 18-20. 

L’actualité diplomatique

Qu’il n’y ait pas de différences fondamentales entre la C.E.D. et les accords de Paris, n’est, maintenant, plus contesté par personne : un même événement peut donc, selon les circonstances, mettre l’opinion en émoi ou la laisser indifférente, porter Mendès-France ou Edgar Faure au pouvoir.

Tout est affaire de circonstance.

Or, dans un pays où la presse est payée et n’existe que pour les fausser dans l’esprit du pauvre monde, les circonstances, on ne les connaît jamais qu’après coup.

Encore n’a-t-on quelque chance d’arriver à les bien démêler, même longtemps après coup, qu’en commençant toujours par se demander qui paie la presse.

C’est le fil d’Ariane mais un fil très difficile à suivre, en ce sens qu’il est souvent coupé car, si ce sont toujours les mêmes qui reçoivent, ce ne sont pas toujours les mêmes qui paient.

Quand M. Pleven est au Pouvoir, cela signifie que les affaires des banques américaines vont mieux que celles des autres, qu’elles ont réussi à l’y installer et qu’elles « arrosent » pour que cela dure. Quand M. René Mayer y est, c’est le tour de Rothschild, un tandem Pleven-René Mayer signifiant une association Rothschild-Monnet sur le plan bancaire. Si M. Mendès-France « arrive », il faut le mettre au compte d’une combinaison Lazard-Gradis-Servan-Schreiber qui l’a emporté sur les autres dans les affaires et qui « arrose » à son tour. Dans un précédent numéro de cette revue, j’ai indiqué que M. Edgar Faure avait été porté au Pouvoir par une combinaison bancaire du type synarchique montée par les banques Worms, Lazard, Rothschild — les banques américaines s’y étant ralliées.

La politique du Pouvoir est donc, par l’intermédiaire de l’équipe qui l’assume, celle de la banque ou de la combinaison bancaire qui la soutient, la presse «  arrosée » ayant pour mission de lui gagner la faveur de l’opinion.

Corollaire à ce théorème : pour bien connaître la nature et les desseins d’une équipe au Pouvoir, il est nécessaire de bien connaître la banque ou la composition du groupe bancaire qui la soutient et surtout ses intérêts du moment.

∞∞∞∞∞∞∞∞∞

  De ce qui précède, le lecteur aura sûrement déduit que, sur la définition marxiste du capitalisme, je fais les mêmes réserves que, voici quelques mois, Lyg fit ici même sur la définition marxiste du prolétariat. Au vingtième siècle on ne sait pas plus ce qu’est exactement le capitalisme qu’on ne sait exactement ce qu’est le prolétariat, la seule chose dont on soit sûr c’est qu’à leur propos l’Histoire a donné à Marx un démenti éclatant.

C’est la Société anonyme qui a pris le Marxisme en défaut. Les couches les plus favorisées du prolétariat ont pu y placer leurs « économies » et devenir autre chose que des prolétaires tout en continuant à en revendiquer la qualité. Les autres couches s’y sont placées elles-mêmes à des salaires savamment hiérarchisés. Ainsi a changé la structure sociale de cette classe dans laquelle sont nées, au fur et à mesure, les oppositions d’intérêts les plus diverses qui en ont fait tout autre chose que ce qu’elle était à l’origine. Quant au capitalisme lui-même, la Société anonyme l’a orienté vers la structure bancaire par le canal du cartel, du trust, du consortium, etc. A la fabrique d’il y a cent ans, qui était entre les mains de son patron — ou tout au moins d’un très petit nombre de patrons associés — a succédé la grande usine dans la forme de la S.A. intégrée dans un cartel, un trust ou un consortium, dont une banque ou un groupe bancaire est, sinon toujours en droit, du moins toujours en fait, propriétaire par le jeu du crédit.

Proudhon rêvait d’un monde matériel enserré dans une toile d’araignée de petites communautés autonomes fédérées entre elles: moins de cent ans après lui, c’est l’Humanité qui est enserrée dans une toile d’araignée de banques dont les relations entre elles sont ce que seraient celles de pêcheurs qui se disputeraient des bancs de poissons sur une mer déchaînée.

Les grandes banques ont absorbé les petites et fini, après avoir conquis le pouvoir économique, par conquérir aussi le pouvoir politique à l’échelle d’un ou de plusieurs États.

Ainsi s’explique la naissance et le développement des Blocs dont les intérêts se heurtent en définitive sur le plan bancaire.

∞∞∞∞∞∞∞∞∞

  A une époque qu’on peut situer vers le milieu de la première guerre mondiale (« Lafayette, nous voici ! ») les États-Unis se sont élancés à la conquête des marchés mondiaux : cette nécessité résultant de leur extraordinaire développement économique était devenue une nécessité bancaire. L’Union des banques américaines fit un premier faux-pas pour avoir été trop goulue (Investissements massifs en Allemagne vaincue, tâtonnements en Afrique noire, hésitations en Asie, franc Poincaré en France en 1926, etc.) et ce fut le krach de Wall Street en 1929. Elle en fit un second en 1939 : pour mieux garder la mainmise sur l’Europe, elle perdit l’Asie qu’elle négligea. Au lendemain de cette guerre, elle crut tout récupérer par les accords monétaires de Bretton Woods mais l’Asie, seul client profitable possible et par ailleurs fort disputé, manquant de plus en plus, le calcul s’avéra faux.

Par ailleurs, malgré la perspicacité et l’adresse de M. Georges Monnet son représentant en Europe, elle se heurta aux intérêts de vieux groupes bancaires européens auxquels les tentatives d’absorption qu’elle esquissa contre eux n’échappèrent point. L’accession au Pouvoir de M. Mendès-France traduisit, c’est sûr, les oppositions d’intérêts des banquiers français entre eux mais aussi et surtout une hostilité des plus importants de ceux-ci à l’emprise croissante de l’Union des banques américaines, par lesquelles, en raison de leurs intérêts particuliers en Indochine, les Rothschild furent à peu près seuls à ne point se sentir offensés.

La démission sensationnelle de M. Georges Monnet de la direction du Pool charbon-acier signifia clairement aux banquiers européens que s’ils s’engageaient dans cette voie, ils n’auraient plus à compter sur le crédit américain.

Chose curieuse, c’est la banque Worms — réprouvée, mise à l’index et tenue à l’écart du Pouvoir depuis la Libération en raison de son attitude sous l’occupation — qui, la première, s’émut. Elle noua les contacts nécessaires. M. René Mayer se souvint des services qu’elle rendit aux Rothschild jusqu’en 1943 et M. Wilfrid Baumgartner, gendre de M. Mercier, de ses succès d’avant guerre dans le domaine de la synarchie. Forte elle-même de ses attaches en Angleterre, aux Pays-Bas et en Allemagne, des succès au Parlement de ses poulains réhabilités par de Gaulle et de sa prospérité que rien n’avait réussi à enrayer, elle n’eut point de peine à s’imposer. Elle en eut d’autant moins que la nature de la paix obtenue en Indochine et l’agitation croissante en Afrique du Nord disloquait lentement mais sûrement le groupe de banques dont M. Mendès-France avait un moment concrétisé les intérêts.

L’entente se réalisa en politique intérieure sur le plan d’expansion économique (sic) de M. Edgar Faure, en politique extérieure sur le texte des Accords de Paris.

Seuls refusèrent d’y entrer les Gradis et les Servan-Schreiber intéressés au Maroc, en Indochine et en Chine, donc décidés à faire des grâces à la Russie.

M. Mendès-France ayant perdu sa majorité bancaire, sa majorité politique devait s’effriter à son tour.

M. Edgar Faure le remplaça.

M. Pflimlin remplaça M. Edgar Faure.

Et M. Georges Monnet put offrir de reprendre sa place à la tête du Pool charbon acier, ce qui signifiait que le crédit américain était de nouveau acquis à la politique extérieure de l’Europe occidentale dont la France est le pivot. On lui préféra M. René Mayer qui vient de fonder à Paris une banque où les intérêts des Rothschild et des Lazard sont associés.

L’entente n’en est que plus solide. En tout cas, les assauts de politesses que se sont faits MM. René Mayer et Georges Monnet prouvent surabondamment qu’il ne s’agissait pas d’une compétition dans l’acception habituelle du terme. Et, si la direction du Pool charbon acier passe des banques américaines aux vieux groupes bancaires européens, il s’agit à coup sûr d’une concession que les Américains ont faite de très bonne grâce.

Comme celles dont il est question plus loin.

∞∞∞∞∞∞∞

  C’est sur ce point qu’il faut insister : l’entente réalisée autour du texte des Accords de Paris est, en effet, beaucoup plus solide qu’elle ne l’eût jamais été autour du projet de C.E.D. Par les Worms y sont entrés des groupes financiers qui étaient dans l’autre camp pendant la dernière guerre (Belgique, Hollande, Allemagne) ou qui jouèrent « la victoire de l’Allemagne au comptant et sa défaite à terme » (Worms eux-mêmes et leurs sous-comptoirs français). Le récent voyage de M. Pinay en Allemagne a mis ces choses en évidence.

Si l’esprit de Résistance et de Collaboration vit encore quoique singulièrement anémique chez les éternels jobards dont on fait de la chair à canon, on a, maintenant, à l’échelon de la finance, définitivement passé l’éponge : l’acuité qu’avait prise la lutte contre le bolchévisme et la nécessité de l’amener éventuellement, à se battre sur deux fronts obligeaient à ces réconciliations.

Pris au dépourvu par l’affaire Mendès-France, les Américains ont eux-mêmes fait des concessions importantes aux vieux groupes bancaires européens : ils sont allés jusqu’à ne plus se déclarer offusqués par la politique pétrolifère française qui les agaçait en leur faisant concurrence sinon sur le plan industriel lui-même, du moins sur le plan boursier et c’est sans la moindre hésitation qu’ils ont consenti à ce que M. Edgar Faure découvre du pétrole un peu partout sur le sol français, renoncé à l’absorption d’Esso et à transformer en véritable krach le fléchissement boursier du 13 mai dernier qu’ils avaient justement provoqué à partir des valeurs pétrolières françaises.

Qu’est-ce, en effet, qu’Esso en comparaison du marché asiatique ? Ils n’ont pas insisté.

∞∞∞∞∞∞∞∞∞

  A l’acharnement des occidentaux à se constituer en deuxième front a correspondu l’acharnement russe à les en empêcher après les y avoir acculés.

Tels sont les impératifs de la politique de la force.

Le bloc soviétique n’a pas moins que les États-Unis besoin du marché asiatique : il le dispute aujourd’hui aux Américains avec la même âpreté qu’il le disputait jadis aux Japonais.

Par des procédés identiques.

Comment ces procédés se traduisent sur le plan bancaire de l’autre côté du rideau de fer est un secret qu’il est pour longtemps encore impossible de percer. On sait cependant qu’il s’y traduit et la récente aventure du Consortium du Nord enfoncé comme un coin dans les services de propagande atlantique l’atteste.

De part et d’autre, ce fut donc une épreuve de force et il faut reconnaître que, dans le cadre de cette épreuve, la signature des Accords de Paris a été le premier échec de la diplomatie russe depuis dix ans.

Mais…

Mais la diplomatie russe qui, depuis dix ans avait l’initiative et qui ne perdait pas de vue son objectif numéro 1 : les discussions en tête à tête avec les É.-U. pour le partage du Monde sur le thème de la coexistence pacifique, était tout de même encore assez riche de ressources pour ne pas rester sur cet échec, et ce furent successivement le Traité de Paix autrichien, la Conférence de Bandoeng et la reprise des relations avec Tito qui furent autant de succès incontestables et qui placèrent à nouveau la diplomatie occidentale en situation délicate.

Ainsi est remonté au jour le dogme de la coexistence pacifique sur initiative soviétique dans le cadre de la politique de la force, ce qui n’est pas un paradoxe banal.

Les Occidentaux ne pouvaient pas ne pas entrer dans le jeu : il est indiscutable que, dans leur clan, l’opinion publique croit dur comme fer à la possibilité d’une coexistence pacifique entre tous les États ou blocs d’États et, d’autre part, avec le Traité de Paix autrichien et la Conférence de Bandoeng, les Russes ont mis en marche des idées-forces, dont le développement est susceptible de transformer complètement la structure du Monde à leur détriment sur le plan stratégique.

On parle donc d’une conférence à quatre, un cinquième étant dans l’antichambre.

Et on prépare activement cette conférence.

C’est la détente.

Une détente sur laquelle, ainsi que le conseillent tous les règlements militaires, tout le monde a le doigt.

Face à face.

Et, sinon dans la position du tireur couché ou debout, dans celle du lanceur de bombes atomiques.

 

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L’ACTUALITE ECONOMIQUE ET SOCIALE

 

Production en baisse

L’indice de la production industrielle qui avait atteint 171 en janvier dernier (contre 159 en janvier 1954) et y était resté jusqu’à fin mars est brusquement descendu à 169 en avril et a continué en mai, à tel point qu’on n’a pas encore osé le publier.

Le plus quinaud dans cette histoire est M. Edgar Faure dont le programme d’expansion économique est dans les choux.

C’était à prévoir, pourtant.

L’optimisme des politiciens était né de la reprise inespérée de 1954. Or, en 1954, trois causes aujourd’hui à peu près annihilées étaient à l’origine de la reprise : les commandes « off shore », les constructions de logements et deux hausses de salaires.

Les commandes « off shore » ont pratiquement cessé depuis six mois, la construction des logements d’habitation s’essouffle et quant aux hausses de salaires, celle du rendez-vous d’avril a été quasi-insignifiante.

Nous sommes donc une fois de plus dans l’impasse à laquelle nous condamnent tous les six mois des structures périmées que personne ne veut changer, ni dans le clan patronal, ce qui se conçoit, ni dans le clan ouvrier où l’on continue à palabrer sur les mesquines questions d’ajustements des indices de salaires.

 

Soyons optimiste cependant…

Le 14 juin dernier, M. Barseilhac, Directeur général, et M. Bret, Directeur des services financiers des charbonnages de France, ont tenu une conférence de presse.

Voici ce qu’a dit le Directeur général :

« Il y a deux ans à pareille époque, lorsque pour la première fois j’ai eu le plaisir de vous accueillir à l’occasion du lancement de l’emprunt 1953, je vous citais — comme indice et comme symbole des heureux effets de la politique de progrès et d’investissements menée dans les houillères françaises — le chiffre du rendement fond pour le premier trimestre 1953 : 1.4000 kgs à comparer aux 1.227 kgs de 1938. Il y a un an, à l’ouverture de l’emprunt 1954, je vous annonçais 1.493 kgs. Pour le premier trimestre de l’année 1955, un chiffre qui marque la même continuité dans le progrès : 1.500 kgs. Cet accroissement magnifiquement régulier est confirmé mois après mois ; en mai le cap de 1.600 kgs a été franchi. Les houillères françaises, malgré le handicap d’un gisement difficile, occupent désormais la première place dans la compétition européenne. »

Il est vrai qu’il s’agissait de lancer un nouvel emprunt et qu’en pareille occurrence, pour « pomper » l’argent de l’épargne, il faut toujours être très optimiste.

Mais nous aurions tout de même tort de ne pas utiliser les chiffres que produit la bourgeoisie.

Ainsi donc, la productivité est passée de 1.400 kilogs par jour à la fin de 1953 à 1.600 kgs en mai 1955, soit une augmentation de 15 % en 18 mois.

Question: la pouvoir d’achat des mineurs — je ne parle pas des salaires, mais du pouvoir d’achat, c’est-à-dire des salaires comparés aux prix — a-t-il été augmenté de 15 % pendant le même temps?

A cette question, il est encore prématuré de vouloir répondre, aucune statistique sérieuse n’ayant encore été publiée. En temps voulu, nous n’y manquerons pas. Dès maintenant, bornons-nous à dire que les plus optimistes des économistes distingués et des politiciens pour discours dominicaux, parlent d’une augmentation de la masse salariale de l’ordre de 6 % pendant le même temps — des salaires et non du pouvoir d’achat.

 

Et restons-le, surtout !

A fin mai, l’indice des prix de gros est passé à 137 (base de 100 en 1949) contre 134,8 en avril, soit une hausse de 1,6 %.

L’augmentation la plus sensible a porté sur les produits alimentaires (de 122 à 128,1 soit 5 %)

Comme toujours.

Sans commentaires : tout le monde sait bien que cette hausse des prix de gros se répercutera avec usure au détail.

Et les salaires ? On n’en parle pas.

On nous dit que les fonctionnaires s’émeuvent, qu’ils vont engager une action et que, peut-être, la classe ouvrière suivra.

Bataille en ordre dispersé, comme toujours aussi, — hélas !

Réédition d’août 1953, au mieux.

La baisse des prix

Sur les marchés mondiaux, le prix du café vert a baissé de 400 fr. par kg.

On était donc en droit de s’attendre à ce qu’il baisse aussi sur le marché intérieur français.

Las !

Du coup notre ministre des Finances a décidé que la taxe qui était de 60 fr. par kg. serait portée à 120 fr.

Et passez, muscade !

 

Un bon budget

C’est le budget militaire.

Il devait être déposé le 11 juin sur le bureau de l’Assemblée nationale (avec 6 mois de retard, déjà!) et, à notre connaissance, il ne l’a pas été.

A quoi bon d’ailleurs ? Les députés étaient en vacances en raison des élections sénatoriales. Pour ce qui est de la date à la quelle il sera déposé, personne n’en sait rien.

Ce qu’on sait, c’est qu’il sera rondelet : 996 milliards, soit 29 % du budget total, l’enseignement, la reconstruction, etc… devant se contenter d’un pourcentage oscillant entre 8 et 15 %.

En novembre 1954, on avait prévu une augmentation de 60 milliards par rapport à celui de l’année en cours. Puis il y a eu l’Indochine et les événements d’Afrique du Nord, alors on a prévu 400 milliards supplémentaires.

Le budget militaire de 1995, année de détente, sera donc en augmentation de 460 milliards sur celui de 1954, année de tension.

 

Explication

Les actionnaires du Crédit Lyonnais se sont réunis au début de juin et la direction assez pessimiste sur l’évolution économique prévue par Edgar Faure, leu a donné les raisons de sa prudence en affaires :

« Si le classement des principaux pays d’après les progrès accomplis en 1954 donne à la France un rang très honorable, il n’en résulte qu’une atténuation modeste du retard accumulé depuis vingt-cinq ans par rapport aux autres nations industrielles. Nous ne dépassons guère que de 20 % le niveau de 1929, alors que depuis cette époque l’Angleterre a augmenté sa production d’environ 70 % et les États-Unis ont plus que doublé la leur. »

 Parbleu !

En Angleterre et aux États-Unis — même en Hollande ! — le travail est fait par des machines.

En France, la curetaille du M.R.P. a réussi à convaincre à peu près tous les partis politiques que la main-d’œuvre était préférable à la machine.

Alors, tandis que les autres pays se montent en machines, nous achetons des enfants — au prix fort.

 

La convertibilité

C’est le retour à la possibilité d’échanger librement toutes les monnaies sur les marchés extérieurs. Naturellement, elle comporte automatiquement la libération des échanges, c’est-à-dire le retour à la libre concurrence.

On en parle depuis 10 ans et, au cours de ces 10 années, on a réussi à libérer les échanges dans la proportion de 75 %, ce qui a fait que le déficit de notre balance commerciale a été, pour l’année 1954, de 81 milliards de francs dans la zone dollars et de 241 milliards dans la zone sterling.

On explique ce phénomène en disant que les prix français ne sont pas compétitifs et que, s’ils ne le sont pas, il en faut rechercher la cause dans les charges sociales qui pèsent sur les salaires.

On se garde bien de dire que la première raison de cet état de fait se trouve dans les accords de Bretton Woods (1945) qui ont fixé la valeur du franc à un niveau bien supérieur à sa valeur réelle (environ deux fois). Placés pour acheter, nous ne le sommes pas pour vendre et, le serions-nous que nous n’aurions rien à vendre, tous les pays du monde produisant chez eux, tout ce que la France pourrait leur vendre ou à peu près.

Notre équipe dirigeante ne s’avance donc pas avec beaucoup de prudence en direction de la convertibilité des monnaies.

L’Allemagne, par contre y est très favorable : sa balance commerciale lui laisse bon an mal an 200 milliards de francs d’excédents, elle dispose d’une réserve d’or d’environ 2 milliards 1/2 de dollars ; elle va participer aux commandes « off shore » pour le volume équivalent à ce que perd la France, enfin sa trésorerie intérieure va s’alléger des frais d’occupation qui étaient jusqu’ici de 600 milliards de francs par an.

La Hollande dont le florin est une monnaie aussi forte que le mark est dans une disposition d’esprit analogue.

L’Angleterre, qui a pris toutes dispositions utiles pour protéger la livre, aussi.

Et même la Belgique.

Nous allons être en belle posture lorsque, de toute l’Europe occidentale, nous serons les seuls à opposer nos frontières à la libre circulation des marchandises !

En réalité, cette position ne sera pas longtemps tenable et, un jour ou l’autre, nous nous trouverons dans l’obligation de céder à la pression des autres qui ne voudront pas laisser circuler le peu que nous avons à vendre chez eux si nous ne leur rendons pas la politesse.

Alors, dans tous les domaines, nous serons acculés à des opérations onéreuses comme celles que nous faisons déjà depuis un certain temps sur le vin, l’alcool, la viande, le sucre, etc.

Le jour où nous ne pourrons pas éviter de la faire sur les produits industriels ce sera la débâcle.

A moins qu’une guerre ne vienne à temps pour la troisième fois sauver la situation !

 

Beau travail !

Selon Les Études sociales et syndicales (Directeur : Claude Harmel), de 1947, date de la reprise de l’action syndicale en France, à 1954, le nombre des grèves partielles est passé de 2.285 (englobant 6.561.000 grévistes) à 1.454 (englobant 1.308.000 grévistes)

Même en 1953, année des célèbres grèves d’août qui firent un instant penser à la grève générale, il n’y eut que 1.785.000 grévistes pour 1.761 grèves.

La combativité ouvrière s’émousse.

Telle est la vertu de la grève partielle dont on pouvait encore attendre des résultats substantiels avant la guerre de 1914 mais contre laquelle le Pouvoir a pris tant de précautions inscrites dans les lois qu’en 1955 il n’y a plus rien à attendre que de la grève générale.- P.R.

 

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Une conférence de militants syndicalistes

Des militants syndicalistes de différentes centrales se sont réunis à Paris en se fixant pour mission :

1° de faire le point de la situation sociale en France ;

2° de faire l’inventaire des situations régionales et professionnelles, le bilan des forces, des faiblesses et des possibilités du mouvement syndical ;

3° l’étude des problèmes essentiels :

a) de la revendication à la participation ouvrière ;

b) possibilités d’action des militants à la base ;

4° la définition d’une politique syndicale ouvrière ;

5° l’organisation du travail en commun entre les militants des différentes centrales.

A l’issue des débats, une résolution a été adoptée à l’unanimité. Le moins qu’on en puisse dire, c’est que, par sa substance, elle ne répond pas aux prétentions de l’ordre du jour.

Le dernier paragraphe est même d’une rare insuffisance dans la représentation qu’il donne de la destruction du mouvement ouvrier, et la terminologie marxiste qu’il emprunte pour caractériser l’évolution du capitalisme n’a rien de rassurant.

L’esprit dans lequel cette conférence avait été conçue, est toutefois excellent.

La multiplication des rencontres de ce genre est à encourager. Mais attention aux « vedettes » des mouvements déchus, qui ne manqueront pas de vouloir s’y infiltrer. — P.R.

 

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