Simone Weil et Le Travailleur

INDEX

Lors du rapprochement entre la F.C.I.E. et le Cercle Communiste Démocratique de Boris Souvarine, Charles Rosen fut le principal correspondant de Paul Rassinier, en particulier pour toutes les questions pratiques de liaison et la coordination éditoriale entre Paris et l’Est.

Le contexte des lettres non datées de Rosen à Rassinier dont trois extraits sont transcrits ci-dessous les rapporte au début de l’été 1933. Elles s’inscrivent dans le cadre d’une polémique de tendances au sein du Travailleur et plus largement dans les milieux syndicalistes et communistes dissidents.

La présentation de Charles Jacquier au texte de Jacques Perdu « La Révolution manquée » (Ed. Sulliver, 1997), malgré sa complaisance marquée aux analyses consensuelles pour ce qui concerne Paul Rassinier, donne une idée des débats dans les milieux syndicalistes, anarchistes et dans la dissidence communistes quant à l’attitude à adopter face aux consignes antifascistes.

C’est la question de la pertinence d’un boycott des produits allemands qui lance le débat, avec un article de Rosen dans le numéro 51 du 6 mai 1933. Plusieurs articles exposant des vues plus ou moins divergentes (Souvarine, Soudeille…) suivront, dont un de Marcel Ducret semble avoir fait porter les échanges sur les choix nécessaires dans les efforts de solidarité entre les différents courants d’origine des réfugiés allemands.

On sait que Simone Weil apportait son soutient à des membres du Sozialistische Arbeiter Partei (S.A.P.) réfugiés en France. Il semble qu’elle ait réagi à cet article de Ducret au point d’envisager de se mêler aux débats.

S’il en était besoin, voici donc la preuve de l’intérêt porté par Simone Weil au Travailleur, du fait qu’elle en était lectrice attentive et a même envisagé d’y collaborer ponctuellement.

Par ailleurs, attitude de Charles Rosen donne à penser que le CCD « protégeait » ses auteurs et ne souhaitait pas que Simone Weil entre directement en relation avec Rassinier. Elle fera à cette même époque une tournée de conférences sans à notre connaissance passer à Belfort, Valentigney ou Besançon.

 

Rosen à Rassinier (répertoriée avec le n° 112 dans le dossier de P.R., ce feuillet porte des numéros de pages 5 et 6 sans qu’on puisse identifier avec certitude les premières pages de la lettre.)

« Je ne sais pas si je t’ai dit que nous sommes en bons rapports avec Simone Weil. Je l’ai invitée tout récemment à envoyer de temps en temps quelque chose au Travailleur (par ex. ce qu’elle ne peut destiner à l’Ecole Emancipée, etc…) Donc publie ce que tu recevras d’elle. Mais ne lui réclame rien si elle n’envoie rien ; laisse-moi faire (je la vois souv[en]t quand elle passe à Paris. »

 

Rosen à Rassinier, lundi 3 juillet (1933).

« Bien sûr, bien sûr, l’appel pour les cam[arades] du S.A.P. Sommes en rapport, parmi les réfugiés allem[ands] et ceux restés en Allem[agne]. C’est au S.A.P. qu’on trouve les meilleurs et les plus près de nous. Qui t’a envoyé l’appel ? Les « sapistes » eux-mêmes, ou un de n[os] camarades, ou Simone Weill [sic] ?

Qui est l’auteur de la note sur « Front commun » ? (simple curiosité de ma part.) »

 

Rosen à Rassinier, non daté

« Plusieurs cam[arades] que j’ai rencontrés, notamment S. Weil, étroitement en rapports avec les cam[arades] du SAP [Sozialistische Arbeiter Partei], s’attendaient à ce qu’il paraisse une nouvelle note dans le Trav[ailleur] à la suite de l’Appel (S.W. voulait même écrire à Ducret). De toute façon il vaut mieux, à mon avis, passer mon papier. Supprimes-en donc toutes les premières lignes faisant allusion à ta note aux « divergences profondes », aux membres du comité. Je n’ai pas en tête mon texte exact mais je crois que tu pourrais le passer en commençant par les lignes ci-jointes (remanie si nécessaire).

Solidarité pour tous. C’est vrai, il faut aider tout le monde, d’accord, et il ne s’agit pas de refuser son aide à un militant persécuté, sous prétexte qu’il est DP ou SD. Mais quand on n’a pas les moyens de donner à tout le monde, il faut bien choisir. Donnerais-tu au Secours Rouge, à [la] liste Wels, à la liste Naville (personnell[ement] je n’aurais d’ailleurs pas grande confiance dans l’emploi qui serait parfois fait de l’argent) alors que des cam[arades] plus près de nous nous sollicitent ? On est bien obligé de choisir.. »

 

Annexe : Lettre de Souvarine à Renard, Rassinier, Ducret et Rosen, 15 juillet 1933 au sujet du Congrès de la Fédération unitaire de l’Enseignement qui allait se tenir en août à Reims.

« La principale raison pour laquelle ma présence à Reims me semble indésirable et que j’ai donnée à Simone Weil quand elle a insisté pour que je fasse le voyage, c’est que je ne dois pas paraître tourner autour d’un Congrès où je ne suis ni délégué, ni invité. Ma présence serait vite connue, elle ferait inévitablement jaser, on chercherait des explications baroques ou interprétations compliquées. Si des incidents se produisent, quelque imbécile malveillant pourrait jeter mon nom dans le débat, et faire une diversion, sans profit pour votre tâche. »

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