Lettre à Paul Faure

INDEX CHRONOLOGIQUE DU SITE

Une étude des falsifications opérées à partir de cette lettre a été commencée ici

Parti Socialiste S.F.I.O.
Fédération de Belfort

Belfort le 1er octobre 1939

Citoyen Paul Faure
66, rue des Martyrs – Paris 9e

Mon cher ami,

Je viens de recevoir votre lettre du 27 septembre. Vous me demandez de continuer à vous tenir au courant de la situation dans notre région. Je n’y manquerai pas car je sais bien que ceux qui ont encore un droit si mesuré soit-il de parler, ont besoin d’une documentation sérieuse pour faire entendre la voix de ceux qui sont pour longtemps condamnés au silence.

Vous me dites : « Je ne cesse de poursuivre le but qui nous est cher à tous. Certes la tâche n’est pas aisée car il faut agir sur un terrain autre que notre terrain habituel… »

Je conçois que la tâche ne soit pas aisée. Mais, en même temps que votre lettre, j’ai pris connaissance du dernier n° du Pays socialiste. J’y ai trouvé votre article qui se défend sur la participation au gouvernement Daladier. Peut-être avez-vous raison. Peut-être Léon Blum n’a-t-il refusé de participer que parce qu’il se trouvait évincé. Peut-être le socialisme a-t-il le devoir de faire entendre sa voix dans les conseils du gouvernement. Mais rappelez vous Sembat, Guesde et A. Thomas. Après la guerre l’opinion socialiste les a rendus responsables d’une grande partie de ce qui s’était passé. Je suis persuadé que les avantages d’une participation dans les conditions présentes pèsent bien peu en regard des conséquences pour l’avenir. Ceci dit très amicalement.

J’ai également trouvé dans le Pays des articles de Paul Rives, de René Brunet et d’un certain L.L. dont je suppose pour l’honneur du journal qu’il est Lucien Laurat et non Louis Lévy. Prenez garde : par ces articles vous installez la pensée socialiste dans la guerre. Or , la pensée socialiste ne doit pas s’installer dans la guerre, elle doit lui résister n’avoir qu’un but la faire cesser à tout prix en vertu de cet adage qui veut que « le plus mauvais des arrangements vaille mieux que le meilleur des procès. » En vertu aussi de cet aphorisme qu’on doit à Bertrand Russel et selon lequel « aucun des maux qu’on prétend éviter par la guerre n’est aussi grave que la guerre elle-même ».

Depuis que le Populaire est devenu un torchon nationaliste et jusqu’au boutiste, j’ai peur que, voulant nous placer sur un autre terrain que celui de nos luttes traditionnelles vous ne vous laissiez entraîner dans l’économie de guerre. Ce n° du Pays socialiste n’est pas fait pour dissiper mes craintes.

Depuis que la guerre est déclarée, j’ai eu sous les yeux des articles de l’Heveder, Marcel Régis, Dubois, etc… D’Arnol aussi, je crois. J’ai eu beaucoup de peine à constater qu’eux aussi en étaient arrivés à légitimer l’état de guerre par les mêmes pétitions de principes qui sont le fort de Léon Blum.

J’ai lu aussi, dans Paris soir un article de Léon Blum, tentant de démontrer que l’Angleterre n’était entrée dans la guerre que pour obéir à de nobles mobiles et non pour défendre des intérêts matériels. J’avais déjà constaté par la lecture de « Le mariage » par certains discours des temps où Léon Blum était Président du Conseil, que celui que vous avez inconsciemment laissé devenir le leader du Socialisme en France était avant tout un esprit superficiel dont le pédantisme fut toujours interprété dans nos congrès comme une marque de supériorité. Cet article me confirme dans ce point de vue, car s’il est exact que l’Angleterre n’ait rien à conquérir dans cette guerre il ne l’est pas moins que nous ne nous battons que pour une seule raison : pour que l’Angleterre, (la City à plus proprement parler) garde tout ce qu’elle possède depuis Versailles. Cette guerre est la guerre du pétrole. Or, Hitler est l’ennemi de l’Angleterre parce [que?] le pétrole de Roumanie, de Transylvanie, menace d’échapper au contrôle des magnats de la City comme celui du Mexique. C’est cela dont Léon Blum ne tient pas compte, probablement parce qu’il ne le sait pas. De même qu’il ne voit pas que le parti de l’Angleterre n’a été pris, dans le monde entier que par une seule nation : la France. De même qu’il n’a pas vu en son temps que la politique de fermeté n’était pas de mise d’abord parce qu’elle était impossible. De même qu’il ne voit pas encore clair dans le jeu de la Russie, ses articles du Populaire en témoignent. Il y a longtemps que le socialisme de France paie les erreurs de Léon Blum, avant, pendant et après le passage au gouvernement.

Maintenant, voici un petit renseignement :

Je suis mobilisé dans un dépôt qui comprend une dizaine de milliers d’hommes attendant leur tour de partir en renfort. Voici cinq semaines que je vis parmi eux. Je les connais bien et je sais leurs sentiments. Ces grands rassemblements d’hommes auxquels on vient de procéder auront au moins permis aux militants de prendre la température.

Dans ces dix mille hommes, il y a un sentiment qui est à peu près unanime : l’antisémitisme. Il y a un homme qui est responsable de tout ce qui arrive, un homme, un seul : Léon Blum. Aussi bien par les partisans de la politique de fermeté que par ceux de la politique de conciliation et de négociations. L’opinion générale est que c’est parce que Léon Blum a fait depuis trois ans une politique essentiellement juive que nous sommes dans la guerre. Je ne suis pas antisémite, mais je suis obligé de constater ce fait.

Quant à la continuation de la guerre coûte que coûte, il y a au moins trois opinions.

Celle des Alsaciens qui veulent absolument abattre Hitler, à n’importe quel prix, et qui veulent faire la guerre même si la France restait seule contre le reste du monde.

Celle des vieilles classes, qui ont participé au drame de 1914, qui sont sûres de ne pas retourner au casse-pipe et qui sont plus fermes que jamais.

Celle des jeunes qui, à de rares exceptions près, ne demandent qu’une chose c’est qu’on en finisse le plus rapidement et avec le moins de casse possible. Il va sans dire que cette dernière opinion est celle du plus grand nombre. Pour la satisfaire il faudrait trouver un arrangement qui ne nous conduise pas à une nouvelle mobilisation dans 6 mois.

Croyez moi, la politique de fermeté n’est plus suivie que par les [forces?] qui, par entêtement ou par sénilité ne veulent absolument pas se rendre compte à la fois qu’ils se sont trompés et qu’une guerre où la France et l’Angleterre sont seules contre le reste du monde est une incompréhensible aberration.

Dans les civils non mobilisés, à l’unanimité ou presque les femmes sont pour la cessation des hostilités. Quant aux hommes qui ne risquent rien et qui ont trouvé le moyen de se rendre importants dans les services de défense passive et les divers comités de secours, ils ne demandent qu’une chose c’est que ça continue.

Je m’excuse de ce long laïus. De temps à autre j’ai la possibilité de venir chez moi et de continuer à maintenir quelques contacts. Aujourd’hui, en hâte je vous couche sur le papier ces quelques réflexions que je crois de quelque intérêt.

Pour le socialisme, il faut que la guerre cesse. Pour le socialisme il faut que la France se désolidarise de l’Angleterre dont le plus gros grief qu’elle fait à Hitler est de l’avoir écartée à peu près définitivement des affaires du continent. L’Angleterre qui possède tout, qui est la cause de la guerre depuis 1919, qui n’a de raisons de vivre et de prospérer qu’à la condition que le continent reste divisé, a peut-être des raisons de continuer la guerre. La France n’en a pas.

Cela, il faut que quelqu’un le dise.

Je suis comme beaucoup de jeunes d’une génération malheureuse. De ces obstinés qui ont voulu, après l’autre guerre, apprendre le socialisme dans Marx et Engels quand même. Qui ont cru au socialisme et qui lui ont consacré toute leur jeunesse. Qui lui ont donné comme buts essentiels de lutter contre la misère et contre la guerre. Or, la misère et la guerre sont hors de portée du socialisme de Léon Blum et de sa suite. Qu’il n’en soit pas ainsi du vôtre, je vous en prie, le monde le paierait trop cher.

Bien cordialement à vous,

Signé : Paul Rassinier

Cette lettre figure dans un lot d’archives de la S.F.I.O saisi durant la seconde guerre mondiale par l’armée d’occupation allemande et transféré à Berlin où il fut saisi à nouveau par l’armée russe pour être finalement transféré à Moscou… Ces archives concernant l’année 1939 ont été rappatriées à la fin des années 1990 et sont consultables à l’Ours.

TROIS PRISONS

INDEX


Nous avons jugé bon de reproduire dans la continuité de la publication d’origine aux pages 11-171 à 16-176 deux textes issus du n°328 de juin 1949 de la « Révolution Prolétarienne » l’un de Pierre Bernard, syndicaliste de Clermont-Ferrand et l’autre de Paul Rassinier.

Un passage du texte sur Riom sera reproduit dans le « Mensonge d’Ulysse » .

Est-il besoin, en dehors de la juxtaposition des deux articles dans la brochure, de souligner l’évidente proximité entre Bernard et Rassinier, à la fois sur le plan idéologique et dans l’approche du témoignage historique?

« …(d’autres témoignages peuvent être différents – je ne parle que de ce que je sais). »
Pierre Bernard
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Exclusion

Ensemble des lettres constituant le « dossier » d’exclusion de Rassinier de la S.F.I.O. tel qu’il a probablement été collecté dans les archives personnelles de l’intéressé par les rédacteurs du « Retour de Paul Rassinier  ».

En l’absence des courriers correspondants de Rassinier qui, soit n’ont pas été conservés, soit sont enfouis dans les archives des Fédérations du Parti Socialiste, certaines lettres comme la première de Brutelle sur la responsabilité des Nations perdent une grande part de leur intérêt.

L’échange de 1955 déjà publié sur l’éventualité d’une réintégration de Rassinier à la S.F.I.O soutenue par la base de son ancienne Fédération donne un contre-point à la sécheresse tout administrative des échanges ci-dessous.

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Parti Socialiste SFIO

Paris, le 9 juin 1949

GB/GF
A.25,281
D.32832

Camarade Paul RASSINIER

Cher Camarade,

Merci de ta lettre du 4 juin, relative à la parution de ton livre.

Je lis avec plaisir les idées que tu me dis t’être efforcé de développer, sur lesquelles il vaut la peine de s’arrêter.

Je suis d’accord avec toi et j’apprécie les quatre points que tu as mis en relief.

J’aimerais par contre discuter du dernier paragraphe de ta lettre.

Vois-tu, je suis encore de ceux qui n’acceptent pas que l’on considère uniquement la responsabilité individuelle, en ne tenant pas compte des responsabilités de la collectivité dans laquelle évolue l’individu.

Je n’accepte pas facilement de voir la presse crier « tue » quand le juge dit « assomme » et j’aimerais souvent que l’on mette en évidence les responsabilités de la société.

Cependant, je ne crois pas que l’on puisse exclure toute idée de responsabilité individuelle. C’est le sens de notre responsabilité individuelle qui nous amène à lutter de toutes les forces de notre individu contre la Société et pour une autre conception du monde.

Nous avons toujours le droit d’examiner les raisons qui font d’un individu un lâche qui refuse de se battre pour la justice et la liberté telles que nous les concevons, par exemple ; mais l’individu a le devoir de lutter pour sa propre bonification et contre les influences mauvaises du milieu, de la Société et peut-être de ce que, à tort ou à raison, on pourrait appeler sa propre nature et, dans ce sens, se trouve posé un problème de responsabilité individuelle. Peut-être d’ailleurs sommes-nous d’accord sur ce propos. Est-ce seulement une formulation un peu brutale et un peu catégorique qu m’a fait craindre une autre façon de voir de ta part ?

Je suis surtout d’accord avec toi sur le problème de la responsabilité de l’ensemble des Nations ; mais c’est la raison pour laquelle il me semble que le parallèle que tu voulais établir entre la responsabilité individuelle dans les collectivités et les responsabilités d’une Nation au sein de l’ensemble des Nations me paraît impossible à retenir.

Si nous considérons les Nations, il n’y a pas de doute, l’ensemble des Nations est responsable de ce que devient l’une d’entre elles ; mais à mon sens, la responsabilité de l’ensemble des Nations est beaucoup plus absolue que celle de la Société.

J’ai retenu tout à l’heure l’idée d’une certaine responsabilité de l’individu. Je ne retiens pas l’idée de la responsabilité d’une Nation. Le terme Nation se définit trop mal et on tend trop à confondre Nation et Peuple.

S’il s’agit d’une Nation soumise à un régime de dictature, les responsabilités d’un cataclysme international reposent, à la fois sur la collectivité des Nations et sur des individus parmi ceux qui composent la Nation mise en cause. Mais on ne peut, en aucun cas, poser un problème des responsabilités nationales : des individus ont soutenu le régime, d’autres l’ont accepté, certains se le sont laissé imposer et quelques uns encore l’ont combattu.

C’est commettre l’injustice la plus criante et la plus abominable que de vouloir juger une collectivité nationale. Il faut bien, ici, considérer l’attitude de chacun et, on n’a pas le droit de parler de responsabilité collective d’un peuple.

En deux mots, donc, pour moi, pas de dogme de la responsabilité d’une Nation, pas même de reconnaissance valable de la responsabilité nationale, quels que soient les cas envisagés.

Pas non plus de dogme de la responsabilité individuelle : conscience et affirmation des énormes responsabilités, à l’égard des individus, des Sociétés instituées.

Pas non plus de glissement vers le dogme de l’irresponsabilité individuelle auquel certains socialistes romantiques et les socialistes utopiques se sont laissés aller.

Nous en discuterons à l’occasion si c’est nécessaire. Ton bouquin m’intéresse, je voudrais que tu m’en fasse parvenir un exemplaire dès qu’il sera sorti de presse. Je ferai quelque chose pour la souscription. Je me propose d’un faire un commentaire le cas échéant, dans la presse du Parti.

Il est bien entendu que le Bulletin Intérieur annoncera sa parution. Je le signale à COMMIN à cet effet.

Amicalement à toi.

G. BRUTELLE
Secrétaire Général adjoint du Parti.

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Lettre du 21 juillet 1949 de Brutelle à Rassinier :

« (…) Suite à ton petit mot du 20 Juillet, je t’informe que j’ai demandé à notre camarade ROSENFELD, Directeur du « POPULAIRE DIMANCHE », d’insérer dans notre hebdomadaire, une note relative à la parution de ton livre (…) »

Lettre du 26 aôut 1949 de Gaby Cordier (en l’absence de Georges Brutelle) à Rassinier concernant l’envoi de 120 imprimés (annonce de parution du Passage de la Ligne)

Lettre du 31 aôut 1949 de Gaby Cordier (en l’absence de Georges Brutelle) à Rassinier accusant réception des imprimés qui « seront joints à notre prochain envoi de circulaires aux fédéraux, accompagnés d’une courte circulaire explicative. »

Lettre du 6 septembre 1949 de Gaby Cordier à Rassinier accusant réception du livre (Passage de la Ligne) dédicacé à Georges Brutelle. Confimation de l’information des Fédéraux « par l’imprimé et une circulaire particulière, partie en fin de semaine dernière. »

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Parti Socialiste SFIO
12, cité Malesherbes
Paris

Paris, le 31 AOUT 1949

SECRETARIAT GENERAL
Circulaire n° : 392 Aux SECRETAIRES FEDERAUX

Parution du Livre de notre Camarade
Paul RASSINIER « PASSAGE DE LA LIGNE »

Chers Camarades,

Nous pensons utile de vous informer de la parution du Livre de PAUL RASSINIER « PASSAGE DE LA LIGNE », premier ouvrage d’un Socialiste militant sur le Camps de Concentration.

Le « POPULAIRE-DIMANCHE » (du 31 Juillet) et le « BULLETIN INTERIEUR » (n°43, page 39) ont déjà attiré l’attention de vos Camarades sur ce livre qui est maintenant en vente soit à la Librairie du Populaire, 61, rue Lafayette, PARIS – 9° -, soit chez l’Auteur : Paul RASSINIER 31, rue de la Barre à MACON (C.C.P. LYON 724-98) au prix de 300 francs, franco de port.

Nous demandons à nos Camarades de se reporter aux commentaires qui ont été insérés dans notre presse, commentaires qui mettent en évidence l’intérêt de cet ouvrage.

Fraternellement,

Georges Brutelle
Secrétaire Général – Adjoint

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Parti Socialiste S.F.I.O
Paris le 12 décembre 1950

Cher Camarade,

Je vous informe que vous êtes l’objet d’une demande de contrôle de la part du Camarade DEBEAUMARCHE.

Cette demande se rapporte à votre livre « Le mensonge d’Ulysse » et plus particulièrement à la préface dont Mr PARAZ est l’auteur.

La Commission Nationale des Conflits a entendu DEBEAUMARCHE et pris connaissance de l’ouvrage.

Nous sommes prêts à vous entendre et à recevoir les explications que vous voudrez bien nous donner.

La Commission Nationale de Conflits se réunira à cet effet, le 21 Décembre prochain, à 21 heures, au « Populaire », 61, rue la Fayette, Bureau de JACQUE.

Voulez-vous me faire savoir si vous pourrez venir ce jour-là ?

Croyez, cher Camarade, à mes sentiments socialistes.

Rémy Sicard
Commission Nationale des Conflits

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Ministère de l’Intérieur
Cabinet du Secrétaire d’Etat
C.A.D. N° 301 ED/JP

Paris, le 11 DEC 1950

Mon cher Camarade,

Bien reçu votre lettre du 4 décembre et m’empresse de vous faire parvenir la copie de cette dernière que vous avez bien voulu me réclamer.

Je ne veux à aucun moment discuter les termes de votre papier, étant entendu que :

1° – je ne suis jamais intervenu auprès de Michelet car je n’ai pas rencontré ce dernier depuis le mois d’août dernier ;

2° – je ne connais pas Guérin et n’ai donc pu lui demander d’intervenir. Si je me suis élevé contre la parution de votre livre, ce n’est pas en mon nom personnel, croyez-le bien, mais en tant que Secrétaire Général de l’U.N.A.D.I.F. et de la F.N.D.I.R.

Les bureaux de ces deux organisations ont protesté en effet, à l’unanimité, contre la publication de cet ouvrage. Quant à moi, je ne puis souffrir que vous vous soyez fait le complice de tous ceux qui ne cherchent qu’à discréditer la Résistance et les Déportés en particulier, parce qu’ils n’ont pas su choisir, au moment de l’occupation, et surtout parce qu’ils ont été trop souvent les collaborateurs de l’ennemi.

Jamais vous ne pourrez me faire admettre qu’un déporté accorde son patronage à M. L.F. Céline, puisque la bande de présentation de votre ouvrage porte son nom ; pas plus qu’à M. Paraz qui, dans un style ordurier s’efforce d’imiter le style de son patron pour nous traîner dans la boue.

Jamais il ne me serait venu à l’idée qu’un Déporté, Membre du Parti Socialiste, ancien Député puisse prendre pareille initiative, et je puis me permettre cette remarque, car je ne suis pas un « jeune », étant entré au Parti en 1932.

Avec mes regrets,

E. DEBEAUMARCHE
Compagnon de la Libération

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Parti Socialiste S.F.I.O

Le 12.2.51

Mon cher Camarade,

La CNC examinera la demande de contrôle que vous connaissez dans sa séance du 22 février à 21 heures au Populaire.

Si vous avez quelque chose à ajouter aux explications verbales et écrites que vous nous avez déjà fournies, soyez assez aimable pour m’écrire avant le 22.

Nous sommes obligés de régler les dossiers et nous ne pouvons pas remettre indéfiniment les affaires.

Croyez, mon cher camarade à mes sentiments socialistes

Rémy Sicard

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Parti Socialiste S.F.I.O.

Paris le 8 mars 1951

Mon Cher Camarade,

BRUTELLE aurait voulu répondre à ta lettre du 3 Mars, dont il a pris connaissance avant son départ. Mais il n’a pu disposer du temps nécessaire à une réponse dans laquelle il tenait à examiner le fond de la question.

Son absence devant être d’assez longue durée, je voudrais vous livrer quelques-unes des réflexions qu’il a été amené à faire.

Il n’a pas lu le « Mensonge d’Ulysse ». Il en a vu quelques passages, et surtout la Préface. Il manifeste beaucoup de regrets quant à cette publication, et il pense au minimum que tu n’aurais jamais dû accepter une telle préface.

Il a d’ailleurs lu attentivement ton article dans la « Correspondance Socialiste Internationale ». C’est certainement ce qu’il accepte le moins, en définitive, étant donné que cet article est livré à tout lecteur. Très large dans sa façon d’apprécier les idées personnelles de nombreux Camarades, bien éloigné de tout conformisme, il a l’habitude de penser que trop généralement, des Camarades du Parti ne se conduisent pas, dans la vie publique, avec une conscience suffisante des devoirs qu’impose l’appartenance à un Parti organisé.

Il estime que de telles attitudes portent trop souvent un grand préjudice au Parti. Pour lui, en adhérant, ou en maintenant son adhésion au Parti, on prend une responsabilité et on accepte volontairement certaines limitations au droit de chacun d’exposer au public des positions particulières. Aucune organisation ne peut vivre et devenir puissante si les militants n’acceptent pas les sacrifices que leur impose leur appartenance. Mais les résultats que l’on obtient par l’action collective dans l’organisation et l’acception d’une « discipline » valent assez pour compenser le sacrifice de certaines possibilités d’expression personnelle.

Fraternellement

L’assistante de Georges Brutelle
Gaby Cordier

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Lettre de Rémy Sicard à Rassinier du 27 mars 1951 avertissant ce dernier de la réunion de la Commission Nationale des Conflits le 12 avril de la même année, au Populaire à 21heures.

Lettre du 6 avril 1951 de Rémy Sicard à Rassinier informant ce dernier de la nouvelle réunion de la CNC le 19 avril, à 21 heures au Populaire. « Si vous désirez faire entendre BARRE, voulez-vous avoir l’obligeance de le faire prévenir et de lui indiquer l’heure et le lieu. »

Lettre de Georges Brutelle à Rassinier du 2 mai 1951 accompagnant la « sentence rendue par la Commission Nationale des Conflits, le 19 avril 1951, dans le différend qui t’opposait au Camarade DEBEAUMARCHE. »

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Le 19 mai 1952

Mon Cher Camarade,

J’ai participé au Conseil National d’Asnières qui a rejeté votre demande de réintégration « à l’unanimité moins 3 voix pour et 11 abstentions. J’étais parmi les abstentionnistes car je me sentais trop mal informé pour prendre une position nette. En tout cas votre défense a été présentée en termes émouvants et je ne me sens pas le droit de vous refuser le titre de « cher camarade ». Votre désir d’être réintégré prouve bien que, de coeur et d’esprit, vous restez socialiste.

Je crois connaître assez bien la librairie Rivière pour vous dire que les possibilités d’édition de votre manuscrit sont très limitées, sauf si vous envisagiez de le faire à compte d’auteur. Il n’est pas utile que vous m’envoyiez votre manuscrit, car, étant fort pris en ce moment, je ne pourrais pas le lire avant les vacances. Cependant, je serais heureux de recevoir « Le mensonge d’Ulysse », ne serait-ce que pour me faire une opinion directe. Ce sera malheureusement après la bataille.. mais ils ne faut pas oublier qu’il y a parfois des révisions de procès.

Vous aviez raison de penser que je ne participe pas à certains préjugés a priori. Je ne répugne pas non plus à des positions nettes a posteriori c-à-d quand je suis suffisamment informé. Permettez-moi de rester dans une certaine réserve jusqu’après lecture de votre livre.

En attendant, je vous prie de recevoir, mon cher camarade, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Signé : Robert Mossé

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Récit des rédacteur du « Retour de Rassinier », p.p 9 et 10 qui ne semblent pas vraiment comprendre le contexte de la lettre de Robert Mossé, celle-ci ne signifiant en aucun cas la sentence d’exclusion de la S.F.I.O. mais faisant fort probablement suite à une approche de Rassinier pour la publication du « Discours de la dernière chance ». C’est en effet à la même époque qu’il soumet le manuscrit à Albert Camus.

«  Le comportement des camarades

Le 12 décembre 1950, un mois après l’attaque torve de M. Guérin, Rémy Sicard, de la dilligente commission des contrôles de la S.F.I.O., cite Pual Rassinier à comparaître comme suite à une demande de M. Deaumarché, membre du parti socialiste et agissant aux titres de Secrétaire général de deux associations de déportés (UNADIF et FNDIR).

La sentence d’exclusion fut prononcée le 19 avril 1952, « malgré le respect qu’impose sa personne », dit-elle. Cette sentence, tant l’on fut fier de l’exemplarité de sa justice, ne parut pas dans le Populaire.

Soutenue par 11 fédérations et Monsieur Marceau Pivert, une demande de réintégration fut présentée en 1952 au congrès d’Asnières. Sur intervention de MM. Guy Mollet et Daniel Mayer, le Conseil national repousse cette demande. M. Robert Mossé signifie ce rejet à l’intéressé par une lettre d’une suavité bouleversante. Ce socialiste va jusqu’à dire à la victime de son ignorance qu’il n’a pas lu son livre mais que, comme il ne répugne pas aux réhabilitations, elle peut le lui envoyer en prenant soin toutefois de ne pas le faire de suite, car, pour le moment, M. Mossé n’a pas le temps de lire !

Ce que nous enseignent ces turpitudes ruisselantes de mauvaise conscience est la position de pouvoir de Paul Rassinier à l’intérieur du parti socialiste (…) »


Lettres reproduites dans « Le retour de Paul Rassinier, Droits de l’homme et Histoire, Textes et documents soumis à la réflexion du congrès de Bourg-en-Bresse » par LES AMIS DE PAUL RASSINIER, 16, rue des Fossés St Jacques, 75005, PARIS

La Voix du Combattant


“S’il y a des A.C. À Belfort, il est à souhaiter que depuis longtemps ils ont botté les fesses de Mr Paul Rassinier (…)”

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6370190m.image.langFR.r=la%20voix%20du%20combattant%20paris

La Voix du Combattant et de la Jeunesse
Organe hebdomadaire de l’Union Nationale des Combattants
« Unis comme au front »
Samedi 10 juin 1939 page 3

De la liberté à la licence

Nous laisserons-nous salir sans réagir ?

La France est le pays de la liberté.

C’est aussi celui de la licence.

Chacun a le droit de professer et d’exposer la conception qui lui plaît, même si cette conception va à l’encontre des intérêts généraux du pays.

Il est cependant un certain nombre de gens à qui on aimerait botter les fesses.

Ce sont ceux qui, sous couvert de défendre des idées s’en prennent à des collectivités.

S’il y a des A.C. À Belfort, il est à souhaiter que depuis longtemps ils ont botté les fesses de Mr Paul Rassinier qui, dans le Territoire de mai 1939 – c’est une revue éditée à Belfort et dont le directeur est René Naegelen – c’est assez dire que cette revue est d’essence socialiste – ne craint pas, sous le titre « Les maquignons de la candeur et de la crédulité populaires » d’écrire ce qui suit :

Si demain quelqu’un se levait et déclarait qu’il faut sans délai mettre sac au dos, rejoindre la ligne Maginot et s’aligner en position de combat pour défendre la liberté par les armes, immédiatement, le « grand troupeau » se reformerait docile et résigné et se mettrait en marche, partant de toutes les capitales du monde.

Ce n’est déjà pas mal ; mais il y a mieux et qui nous concerne particulièrement nous, combattants :

Les vieux, les anciens combattants ont gagné la guerre selon Clemenceau et la Madelon mais il ont perdu la tête. Quand j’étais un gamin d’une douzaine d’années, je les ai vus revenir avec le fameux habit marron et de la paix plein la bouche.

Cinquante-deux mois de tranchées en avaient fait des pacifiques. Aujourd’hui, ils entretiennent le moral et si les jeunes hésitaient quelque peu, ils les pousseraient au massacre… Car eux, dans leur grande majorité, ils ne partiraient plus : tout au plus donneraient-ils un coup de main à l’autorité compétente pour la mobilisation de leurs fils dont après coup ils feraient ramener du front et enterrer décemment les restes le coeur gonflé de larmes de crocodiles… En somme, ils nous feraient à nous ce que leurs vieux et anciens combattants à eux leur ont fait en 1914.

Et pourtant, ils ont vu de leurs propres yeux, payé de leur propre chair. Et depuis vingt ans, on leur en a fait des proclamations, des films et des romans !

Ils ont tout oublié.

Ils sont prêts à nous faire partir comme ils sont partis.

Rien ne peut leur dessiller les yeux, les foules sont inéducables.

Et encore plus loin :

Et tout le monde marcherait, les cabotins des la politique à leur poste, c’est-à-dire à l’abri et les vieux, les anciens combattants, en queue, poussant le drapeau et ranimant les énergies défaillantes.

Est-ce que cela vous suffit combattants mes frères ?

Paul Rassinier vous a fait la part belle. Tout ce qui pouvait nous être le plus odieux, il nous l’a servi.

Il a aussi, par ailleurs, bien servi le roi de Prusse ou celui qui en tient lieu.

Si nous avions un ministère de la Sécurité nationale, il aurait très certainement des comptes à demander à l’auteur de ces lignes qui, sans se gêner – et sans être gêné – conseille pratiquement aux Français de rester chez eux quand les Fritz envahiront notre territoire.

Mais chacun sait qu’il n’y a pas de ministère de la Sécurité française, que chacun a le droit de démolir l’édifice, même éventuellement de se faire aider par l’étranger.

Car la liberté chez nous est devenue licence.

Le ministre de l’Education nationale aurait aussi son mot à dire, l’auteur de l’article étant instituteur. Le ministre craint-il qu’on lui rappelle certain fâcheux papier de jeunesse ?

A défaut, le président du Conseil, ministre de la Défense nationale n’interviendra-t-il pas ?

Si l’on veut que la France se relève, il faut en prendre les moyens. Avant d’entreprendre la guérison du malade – et pour obtenir celle-ci – le médecin commence par s’attaquer aux microbes.

Les microbes abondent en France. Quant à s’attaquer à eux, bernique. Politique, politique !

Nous en crèverons.

Gabriel BERTHAU »

avec la Fédération unanime (…)

“Mais je dois te dire que tous les copains sont pour la réintégration au prochain congrès.

Demande à la base d’une réintégration de Rassinier à la S.F.I.O. en 1955

Christian Caillieret (alors secrétaire administratif de la SFIO) fait parvenir le 3 mai 1955 à Georges Brutelle, alors secrétaire général adjoint, un florilège des demandes reçues des secrétaires de Fédération locales. Ici, extrait de la lettre de Roger Lagrange, secrétaire fédéral de Saône et Loire, reçue par Caillieret le 28 avril 1955 :

« Un dernier point sur lequel je te demande une réponse rapide : tu n’as pas oublié certainement l’affaire Rassinier. Or, ce camarade demande sa réintégration au Parti et la fédération a toujours été unanime pour le soutenir. Je suis sans doute un de ceux qui sont le plus fermement opposés à ses positions de principe (CORMIER se souvient sans doute d’une discussion que nous avons eue avec lui à MACON) mais je lui ai conservé toute mon estime et le revois, de temps à autre. Quand j’écris qu’il demande sa réintégration, j’exagère un peu : il accepte que la section de MACON et la Fédération représentent son ancienne demande qu’il considère toujours comme valable, et, avec la Fédération unanime, je pense, surtout après le règlement de la question des Accords de Londres, qu’il serait opportun de profiter du prochain Congrès où sera examinée la question des 17 pour revoir la question Rassinier et le réintégrer. Qu’en penses-tu ? Prévois-tu des difficultés insurmontables ? S’il en était ainsi, mon avis personnel est qu’il vaudrait encore mieux patienter. Mais je dois te dire que tous les copains sont pour la réintégration au prochain congrès. »

17 députés SFIO avaient été exclus du parti en février 1955 pour avoir refusé de voter les accords de Londres et de Paris instituant la Communauté européenne de défense (CED) et qui marquent la fin de l’occupation de l’Allemagne, son réarmement et intégration de l’OTAN.

Réponse de Georges Brutelle, directement à Lagrange, le 13 mai 1955 :

« (…) Je te donne franchement mon avis, puisque tu me le demandes : Il me semble qu’il est encore trop tôt pour envisager de poser la question au Congrès de cette année. Tu te rappelles sans doute l’émotion qu’a causée dans le parti – et particulièrement dans les milieux d’anciens déportés – la publication du livre de Rassinier.

L’affaire ne remonte pas si haut, et je craindrais des remous certains, et un refus du Congrès, si la demande de réintégration était posée en juillet. Mieux vaut donc patienter encore un peu pour éviter un réveil pénible des passions que nous avions connues alors. »

Eléments extraits d’un dossier « Rassinier » dans les archives de l’Ours. Ce dossier, étonamment maigre, ne contient pas les correspondances entre Brutelle et Rassinier précédant l’exclusion de ce dernier.

Ne s’y trouvent qu’un échange entre Rassinier et Brutelle au sujet de l’incompatibilité statutaire de l’appartenance aux comités des « combattants de la Paix et de la liberté » de Yves Farges (10 et 14 juin 1949), la photocopie d’une page du mémoire de Maîtrise d’histoire contemporaine de Noëlline Castagnez « Les Paul-Fauristes après la libération », l’interview donnée par Nadine Fresco à la Révolution Prolétarienne après la sortie de son livre et d’autres coupures de presse de la même époque. Egalement un autocollant « Rassinier avait raison » scotché sur une feuille A4 avec la mention « Métro Assemblée nationale » à la date du 26 octobre 1994…

Congrès de Reims, 1933

La Révolution Prolétarienne, 10 septembre 1933, pages 10-338, 11-339

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64661001/f3.image.r=r%C3%A9volution%20prol%C3%A9tarienne.langFR

« Le Congrès de Reims

L’EST

La région Est-Jura était fort bien représentée à Reims. Vous savez sans doute qu’elle édite un hebdomadaire Le Travailleur où communistes, socialistes, coopérateurs et syndicalistes font de l’excellente besogne révolutionnaire. Qu’importe leur étiquette ! Nos amis bisontins sont d’esprit libéral. Ils sont aimables et gais. Leur grand souci, à Reims, est de répandre Le Travailleur. Ils me font penser aux excellents militants autonomes du Rhône qui se foutent royalement de ce que dira ou ne dira pas le Parti.

A Bordeaux, Hérard avait été le porte-parole de l’ilôt de l’Est. Il n’était pas à Reims, mais Rassinier et Carrez pouvaient le suppléer. Ils ne l’ont pas fait, car leur sentiment est bien net : le Parti est gangrené jusqu’aux moelles. C’est déjà un demi-cadavre dont il faut se détourner. Au sujet de l’Unité, l’opinion de nos camarades de l’Est est très intéressantes. C’est pourquoi je la transcris d’après une de leur brochure : Le communisme rénové :

« Nous tenons pour nécessaire de travailler à la réalisation de l’Unité syndicale dans chaque pays. A cet effet, nous préconisons en France la rupture des syndiqués révolutionnaires conscients avec la Confédération du Travail domestiquée par l’Internationale communiste, c’est-à-dire par le pouvoir soviétique. Les conditions de cette séparation varient selon le cas, le critère décisif étant de soustraire le plus grand nombre de travailleurs à l’influence du néo-bolchevisme… La position d’attente de l’autonomie et le ralliement de la C.G.T sont également admissibles, vu le désavantage de fixer d’avance une ligne de conduite. En tout état de cause, les syndiqués révolutionnaires ont le devoir de garder le contact et de resserrer leurs liens à quelque organisation qu’ils appartiennent, sous peine de se dissoudre à bref délai dans un réformisme corporatif et conservateur. »